Découverte historique de manuscrits de l'Opposition de gauche du début des années 1930

Par Vladimir Volkov et Clara Weiss
1 septembre 2018

En février 2018, une trentaine de documents manuscrits de membres de l'Opposition de gauche trotskyste des années 1932-1933 ont été retrouvés dans la prison de Verkhnéouralsk, dans l'Oural méridional en Russie. La plupart d'entre eux étaient écrits dans des cahiers. Les documents ont été découverts lors de travaux d'entretien sous le plancher de la chambre n° 312 de la prison.

Seule une petite partie de la littérature de l'opposition trotskyste écrite en Union soviétique à cette époque était connue jusqu'à présent. La police secrète stalinienne, l'OGPU-NKVD, a fait de son mieux pour détruire les documents produits par les trotskystes. Seuls quelques-uns d'entre eux ont franchi la frontière, où ils ont pu être publiés dans le Bulletin de l'Opposition, sous la direction de Léon Trotsky, le chef de l'Opposition de gauche, et son fils Lev Sedov.

Pages dans des cahiers écrits par les membres de l’Opposition de gauche soviétique

La découverte de ces documents revêt une importance historique et politique majeure. Le contenu des trois documents publiés jusqu'à présent est une puissante confirmation de la lutte de plusieurs décennies du mouvement trotskyste, qui a fondé la Quatrième Internationale en 1938, contre le stalinisme contre-révolutionnaire. Leur publication constitue frappe un dur coup contre les écoles de la falsification stalinienne et postsoviétique qui, depuis des décennies, cherchent à calomnier, à dénigrer et à faire taire le mouvement trotskyste.

Lev Sedov, fils de Léon Trotsky et chef de la rédaction du Bulletin de l’Opposition

Les documents confirment que l'Opposition de gauche, même après avoir été expulsée du Parti communiste et jetée derrière les barreaux, est restée une force formidable. Comme l’a remarqué l'historien Alexandre Fokin, qui enseigne à l'Université d'État de Tchéliabinsk et qui fait partie de ceux qui travaillent à la publication de ces documents:

Dans l'historiographie, l'opinion règne selon laquelle après 1927, après la défaite de Trotsky, l'Opposition de gauche en Russie avait de facto cessé d'exister. Mais cette découverte prouve que même la prison stalinienne n'a pas pu briser ces gens – ils ont organisé et poursuivi la lutte. Sur la base des manuscrits, on peut clairement voir qu'ils s'efforçaient en effet de créer un programme différent pour le développement de l'URSS.

L'Opposition de gauche est apparue à l'automne 1923, dans la dernière période de la vie de Lénine et au milieu de la révolution allemande avortée, alors que la croissance de la bureaucratie dans l'État soviétique et le Parti communiste suscitait déjà l'opposition au sein du parti et de la classe ouvrière dans son ensemble. Le caractère arriéré de l'économie russe, l'héritage du tsarisme et le retard de la révolution internationale, et surtout européenne, ont renforcé les couches conservatrices et nationales de l'appareil du parti et de l'État. Ils ont trouvé leur justification idéologique dans la théorie du «socialisme dans un seul pays», avancée par Boukharine et Staline à la fin de 1924 en opposition directe à l'esprit internationaliste et à la perspective de la Révolution d'octobre 1917.

Pendant la période de la Nouvelle politique économique (NEP) au milieu des années 1920, l'Opposition de gauche a critiqué la faction dominante au sein de la direction du parti, dirigée par Staline et comprenant des forces centristes et de droite, pour son adaptation aux petits-bourgeois et aux aspirants bourgeois Nepmen et aux koulaks (paysans riches), ainsi que pour avoir bloqué les propositions visant à accélérer l'industrialisation et à supprimer la démocratie au sein du parti. Dans la politique étrangère, les trotskystes ont condamné la ligne de plus en plus opportuniste du Comintern, qui a entraîné une série de défaites dévastatrices pour la classe ouvrière, y compris en Grande-Bretagne et en Chine.

Léon Trotsky avec les dirigeants de l'Opposition de gauche soviétique en 1927

À l'automne 1928, le cours de droite de la direction officielle du Parti bolchevique a été remplacé par un zigzag d’extrême gauche. L'une des raisons pour cette volte-face était une crise céréalière provoquée, comme l'opposition l'avait prévu, par le refus des koulaks de vendre des céréales à l'État à des prix défavorables. Après une période d'industrialisation lente et de dépendance croissante des mécanismes du marché, la direction stalinienne s'est déplacée vers l'autre extrême – une politique chaotique et aventuriste de super-industrialisation et de collectivisation violente de l'agriculture.

À la suite de l'intensification brutale de la lutte au sein du parti, Trotsky et Zinoviev, ainsi que quelque 8.000 opposants, ont été expulsés du parti lors du Quinzième Congrès du parti en décembre 1927. À partir de ce moment, la répression contre les membres de l’Opposition de gauche n'a cessé d'augmenter. La peine d'exil a été remplacée par des peines de prison, et les conditions de détention sont devenues de plus en plus cruelles. Comme l'historien sociologue Vadim Rogovine l'a souligné, «les fondements du régime politique bureaucratico-centriste, qui se protégeait de toute tentative de renouveau socialiste, ont été posés dans la lutte des factions dirigeantes contre l'Opposition de gauche.» (V. Z. Rogovin, Vlast' i oppozitsii, Moscou: 1993, p. 118)

Avec les prisons politiques de Iaroslavl et de Suzdal, la prison de Verkhnéouralsk, dont le bâtiment avait été construit dans les années 1910, devint un centre d'incarcération des dissidents expulsés, y compris des bolcheviques-léninistes, comme s'appelaient les opposants trotskystes.

Photo du bâtiment de la prison politique de Verkhnéouralsk, qui a été transformée en musée

Parmi les personnalités les plus connues de la prison politique de Verkhnéouralsk se trouvaient les anciens membres du Politburo Grigori Zinoviev et Lev Kaménev, l'ancien chef de la Gosbank (Banque d'État) et chef adjoint du VSNKh (Conseil supérieur de l'économie), Georgii Piatakov, l'ancien secrétaire du Comintern, Karl Radek, l'ancien rédacteur en chef du Komsomol'skaia pravda, Aleksandr Slepkov et son ami, l'écrivain Dmitrii Maretskii, frère de Vera Maretskaia, célèbre vedette de cinéma soviétique dans les années 1930. Les prisonniers comprenaient également de petits groupes de menchéviques, de socialistes-révolutionnaires et de représentants d'autres tendances politiques.

Une liste de 117 noms de bolcheviques-léninistes emprisonnés, publiée dans le Bulletin de l'Opposition en mars1931, comprenait certains des représentants les plus remarquables du trotskysme international de l'époque: Fedor Dingelstedt, théoricien éminent de l'Opposition de gauche; Viktor Eltsine, rédacteur en chef des Oeuvres de Trotsky en russe; Man Nevelson, mari de la fille cadette de Léon Trotsky, Nina Bronstein, et un opposant de premier plan à part entière, Musia Magid, et Igor' Poznansky, l'un des anciens secrétaires de Trotsky et l'un de ses plus proches collaborateurs.

Membres de l’Opposition de gauche en exil. En haut à gauche : Viktor Borisovich Eltsin. Au milieu à droite: Igor M. Poznansky. Tous deux étaient de proches collaborateurs de Léon Trotsky.

Parmi les documents publiés, les thèses des bolcheviques-léninistes sur le «Coup d'État fasciste en Allemagne» du 1er avril 1933 revêtent peut-être la plus grande importance. (Télécharger le texte en russe au complet.) Écrit tout juste deux mois après qu'Hitler fut placé au pouvoir par une conspiration aux plus hauts échelons de la bourgeoisie et de l'État allemands, il offre une fine analyse des origines du fascisme allemand et des tâches auxquelles la classe ouvrière est confrontée dans toute l'Europe. Le document commence par placer la montée du nazisme dans le contexte de la crise du capitalisme mondial:

Le coup d'État contre-révolutionnaire, organisé par l’élite dirigeante, qui vient de se produire en Allemagne, la contre-révolution de mars, est un événement de la plus grande importance historique. La guerre mondiale impérialiste n'a résolu aucune des contradictions de la société capitaliste. Au contraire, elle les a extraordinairement intensifiés et approfondis, les amenant à un niveau supérieur.... La crise économique mondiale a profondément ébranlé les fondements de la société capitaliste. Même un léviathan impérialiste comme les États-Unis tremble sous ses coups.

Le document souligne que la décision du capitalisme allemand de placer le fascisme au pouvoir marquait une escalade de la contre-révolution au niveau international. La bourgeoisie allemande, soutiennent les bolcheviques-léninistes, avait décidé de détruire toutes les concessions qu'elle avait été forcée de faire après la révolution trahie des travailleurs et marins allemands en 1918/1919.

Une partie importante du document traite de la trahison du Parti communiste allemand (KPD) et de ses conséquences historiques. Tout en critiquant sévèrement le KPD pour avoir semé des illusions dans les éléments soi-disant «socialistes» du programme du national-socialisme, pour avoir orienté davantage les travailleurs allemands vers le parti nazi, pour avoir glorifié la montée du fascisme comme une «radicalisation des masses de gauche», tout en s'opposant à un front unique avec les travailleurs du Parti social-démocrate, l’opposition de gauche a écrit que:

L'absence d'opposition de la part de la direction du Parti communiste allemand au coup d'État fasciste n'est que le maillon décisif et final de la chaîne de trahisons de la révolution mondiale que le stalinisme international a commises au cours des années précédentes. Cette trahison de la révolution mondiale... sera marquée à jamais dans l’histoire, comme la date du 4 août 1914 [lorsque la social-démocratie allemande a approuvé les crédits de guerre pour le gouvernement allemand].

… En rejetant la révolution internationale permanente, elle [la bureaucratie] nourrit la contre-révolution. La bureaucratie de l'URSS ne cesse d’ouvrir la voie à la réaction mondiale pour qu’elle écrase le mouvement communiste. L'URSS s'isole du prolétariat mondial tout comme ce dernier est isolé du prolétariat de l'URSS.

Les bolcheviques-léninistes n'ont pas seulement critiqué le KPD pour ses politiques. Ils ont condensé l'alternative qui avait été mise de l’avant pendant des années à travers les analyses et les déclarations de l'Opposition de gauche, et en particulier Léon Trotsky, sur la situation en Allemagne. Puis ils ont défendu sans ménagement la seule politique correcte qui, si elle avait été mise en œuvre par le Comintern au niveau international, aurait pu modifier la situation et l'équilibre des forces en faveur de la classe ouvrière:

À la lumière du danger croissant d'un coup d'État fasciste, la direction révolutionnaire des communistes avait pour devoir de:

Renforcer jour après jour le front antifasciste de la classe ouvrière;

Préparer soigneusement une grève générale pour sa réalisation immédiate en réponse à toute tentative de coup d'État fasciste;

Préparer soigneusement tout ce qui est possible pour l'armement des ouvriers au moment de l'assaut de la c[ontre]-révolution;

Mobiliser les meilleures forces du mouvement communiste mondial pour aider le prolétariat allemand;

Mobiliser l'Armée rouge de l'URSS pour le soutien actif d'un assaut antifasciste de la classe ouvrière allemande;

Déclarer ouvertement et courageusement à l'opinion publique prolétarienne en Allemagne qu'elle n'est pas seule dans sa lutte héroïque contre le fascisme, que le prolétariat de l'URSS l'aidera à écraser la c[ontre]-révolution avec toutes les ressources que le pays a [à sa disposition], y compris les forces armées, qui ont attendu ce moment historique, prêtes à être mobilisées, que le prolétariat russe remplira son devoir envers ses frères allemands avec la même détermination avec laquelle ces derniers ont rempli leur devoir envers la Russie en 1918.

En n'essayant même pas de remplir ces «responsabilités révolutionnaires internationales élémentaires», les bolcheviques-léninistes ont déclaré: «Le stalinisme international a préparé et conditionné cette gigantesque défaite mondiale du prolétariat.C'est ainsi qu’il a achevé sa propre trahison de la révolution. De cette façon, le Comintern s'est rayé de la liste des facteurs révolutionnaires, étant devenu la queue, la gauche de la social-démocratie». [Souligné dans le texte initial.]

Le document décrit sans détour les dangers auxquels la classe ouvrière est confrontée. «Les contradictions internes et externes pousseront le gouvernement de l'Allemagne fasciste sur la voie de l'agression externe, et sur le plan historique, contre l'URSS, car il n'y a et ne peut y avoir d'autre moyen pour la consolidation prolongée de la contre-révolution que la guerre.»

Cependant, le régime nazi ne durerait pas des décennies, mais des années, ont prédit les bolcheviques-léninistes, et la classe ouvrière entrerait dans des luttes révolutionnaires, y compris en Allemagne même:

La classe ouvrière allemande constitue la moitié du pays. Nous vivons à une époque de guerres et de révolutions, où l'expérience politique des masses croît rapidement, où tous les processus de la vie sociale se multiplient par sept, où les classes ne peuvent pas rester longtemps dans un état de confusion ou de passivité, quelle que soit la cruauté des défaites qu'elles ont subies.

Le document se termine :

La révolution mondiale entre dans l'une de ses phases les plus dramatiques. Expliquer cela aux travailleurs du monde entier, mobiliser les travailleurs, s'assurer que la classe ouvrière comprend les causes qui ont conduit à cette phase, qu'elle comprend que la victoire du prolétariat est impossible sous le régime stalinien, non seulement ici [en Union soviétique], mais qu'elle est aussi rendue plus difficile en Europe, que le stalinisme international est l'une des barrières décisives que la classe ouvrière doit écraser pour surmonter la vague géante de la réaction mondiale – c'est notre tâche principale. Et nous sommes obligés de l'accomplir avec toutes les possibilités et sous toutes les formes que nous avons à portée de main.

Ces thèses ont été signées par 30 trotskystes emprisonnés, y compris: Dingelstedt F., Kariakin M., Papirmeister P., Shinberg B., Novikov P., Abramskii A., Portnoi M., Bodrov M., Papirmeister Ya., Feldman, Nevelson M., Kessel, Borzenko, Blokh, Kugelev, Kozhevnikov N.., Zaraikin, Papirmeister S., Eltsin V. B., Danilovich L., Khugaev K., Brontman, Vashakidze, Gogelashvili, Topuriia, Efremov, Shiptalnik, Sasorov, Kholmenkin, Shvyrov.

Le cahier intitulé «La situation au pays et les tâches des bolcheviques-léninistes»

Le document est, à tous égards, extraordinaire. Coupés de l'Opposition de gauche internationale et emprisonnés, les trotskystes soviétiques ont offert une analyse qui, sur tous les points essentiels, coïncidait complètement avec celle de Trotsky, ajoutant des aspects et des accents qui sont importants pour une évaluation historique complète de 1933. Bien qu'il n’avait pas encore appelé à la fondation de la Quatrième Internationale – un appel que Trotsky lui-même ne fera que plus tard dans l'année – il ne fait aucun doute, à en juger par ce document, que les trotskystes soviétiques de premier plan auraient soutenu et contribué à la construction de la Quatrième Internationale. De plus, la distribution de tels documents en Europe et surtout en Allemagne, au milieu de l'effondrement total des anciennes directions, aurait eu un impact énorme sur la conscience de milliers, voire de millions de travailleurs.

Les documents publiés jusqu'à présent ne représentent qu'un dixième de ce qui a été trouvé. Parmi les manuscrits découverts se trouvent plusieurs carnets de notes sous le titre commun: «La crise de la révolution et les tâches du prolétariat.» D'autres documents portent des titres tels que: «Une révolution unifiée ou ambiguë?» «Sur les résultats de la discussion sur la révolution permanente», «La théorie de la révolution permanente et la théorie du socialisme dans un seul pays», «Sur les fondements théoriques de l'opposition léniniste et du national-socialisme stalinien», «Questions fondamentales de l'économie et de la politique de la période de transition», «Thèses sur la politique économique (pour une discussion générale et collective)».

Ces documents soulignent, illustrent et, dans un certain sens, concrétisent l'ampleur du crime historique que la bureaucratie stalinienne a commis en isolant d'abord ces cadres du prolétariat soviétique et international, puis en les assassinant dans le génocide politique de la Grande Terreur. C'est précisément parce que la bureaucratie stalinienne a reconnu que leur ligne politique résonnait avec les expériences vivantes de la classe ouvrière à l'échelle internationale et articulait clairement ses tâches historiques et politiques qu'elle les a réprimés avec une férocité sans précédent dans l'histoire.

À partir de 1933, les membres de l’opposition ont été emmenés dans des camps de travail et, à la fin de 1936, ils se trouvaient pratiquement tous dans les deux endroits les plus horribles – les camps de Kolyma en Sibérie orientale et les camps de Vorkuta près du cercle polaire au nord de l'Oural.

Ici, beaucoup sont morts de faim, de maladie ou de travail forcé, ou ont été exécutés. Craignant qu'une recrudescence de la classe ouvrière à l'échelle internationale ne profite au mouvement trotskyste, la bureaucratie stalinienne a décidé d'escalader ses répressions et a lancé la Grande Terreur, dans laquelle non moins de 20,000 à 30,000 trotskystes soviétiques et des centaines de milliers, voire des millions, d'intellectuels communistes et socialistes ont été tués. Presque tous les membres qui étaient en isolement politique à Verkhnéouralsk ont été assassinés.

Une des brochures manuscrites du Verkhnéouralsk

Il ne fait aucun doute que la direction détruite par Staline aurait joué un rôle central dans la direction des mouvements révolutionnaires contre le fascisme qui ont éclaté au sein de la classe ouvrière européenne à la veille de la Seconde Guerre mondiale et au début des années 1940. La terreur de masse du stalinisme contre le mouvement trotskyste et communiste, bientôt encouragée par l'horreur meurtrière du nazisme, a créé les conditions dans lesquelles ces mouvements pouvaient être manipulés politiquement et placés sous le contrôle du stalinisme.

Ces documents donnent du poids à la lutte trotskyste contre la bureaucratie stalinienne contre-révolutionnaire. Chaque élément de leur analyse a été confirmé par les événements. Personne, après avoir lu ces documents, ne peut prétendre que l'Opposition de gauche était une force politique insignifiante en Union soviétique. Chaque ligne de ces documents est imprégnée d'optimisme révolutionnaire, de ténacité et de prévoyance, et d'un esprit de combat fier et endurci.

Le mouvement trotskyste était et a toujours été, comme l'ont souligné les bolcheviques-léninistes, une tendance avant tout internationale. C'est pourquoi, malgré les crimes horribles de Staline et les pertes extraordinaires que le mouvement trotskyste a dû subir, il ne pouvait être ni vaincu ni détruit en tant que tendance politique.

La Quatrième Internationale a été fondée en 1938 à Paris, au milieu de la plus grande vague de terreur contre-révolutionnaire de l'histoire. Elle représentait, comme David North l’a écrit dans The Russian Revolution and the Unfinished Twentith Century, la victoire de Trotsky sur Staline. En fin de compte, ce sont les bureaucraties staliniennes, leurs partis et appareils de masse, qui se sont pathétiquement effondrés en 1989-91, tandis que le mouvement trotskyste, le Comité international de la Quatrième Internationale, a procédé à la construction de ce qui est aujourd'hui le site socialiste le plus lu sur Internet, le World Socialist Web Site.

Il faut souligner que la découverte de ces documents a été largement couverte par les médias russes, les principaux organes d'information, y compris le quotidien économique Kommersant et le Komsomol'skaia Pravda. Kommersant, l'un des journaux les plus lus en Russie (en 2013, son tirage quotidien se situait entre 120.000 et 130.000 exemplaires), a publié deux des documents en entier dans son édition en ligne (les deux premiers dont il est question dans cet article) et a interviewé une série d'historiens à leur sujet.

La société russe a le sentiment profond que ce matériel historique et les questions qu'il soulève sont importants, non seulement pour les archivistes, mais aussi du point de vue de la politique contemporaine. Des centaines et des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes en Russie auront déjà lu ces documents. Beaucoup d'entre eux seront impressionnés en les lisant par le degré de clarté historique et politique, la finesse et la clairvoyance dont les trotskystes ont fait preuve.

Nous exhortons les lecteurs de ces documents à contacter le World Socialist Web Site et à discuter de ces questions avec nous. Le Comité international de la Quatrième Internationale représente la seule continuation de la lutte héroïque de l'Opposition de gauche soviétique et internationale. Elle s'est battue pendant des décennies pour défendre la perspective trotskyste du socialisme international et son analyse du rôle contre-révolutionnaire du stalinisme, comme ces documents l’illustrent si puissamment.

Plus tôt cette année, le CIQI a publié la traduction russe de Défense de Léon Trotsky de David North, une contribution majeure à la compréhension des questions historiques et politiques fondamentales liées à la trahison stalinienne de la Révolution d'Octobre, à la lutte pour le trotskysme et à l'école postsoviétique de falsification historique.

Achetez ce livre et aidez-nous à le distribuer le plus largement possible !Contactez-nous si vous souhaitez travailler avec nous sur ces questions historiques sur une base de principe!

(Article paru en anglais le 27 août 2018)