« En Allemagne surtout, nous devrions être plus avisés »

Des dizaines de milliers de personnes protestent à travers l’Allemagne contre les violences néonazies à Chemnitz

Par nos reporters
4 septembre 2018

À la suite d’un déchaînement néo-nazi à Chemnitz dimanche et lundi dernier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans toute l’Allemagne contre l’extrême droite. Environ 10 000 jeunes et travailleurs sont descendus dans les rues dans le quartier de Neuköln à Berlin jeudi. Ensuite, vendredi, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant le bureau administratif de Saxe à Berlin. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans d’autres villes, dont Francfort et Chemnitz.

A Berlin, les journalistes du World Socialist Web Site ont parlé à Stefan, 29 ans, natif de Chemnitz, qui étudie à Potsdam. « Je n’étais pas là le week-end, mais je suis née à Chemnitz. Lorsque vous connaissez la ville et que vous voyez les scènes qui se sont déroulées dans les rues, et que vous savez ce qui se passe depuis deux ou trois décennies en Saxe depuis la réunification. Alors là cela touche le fond. Cela m’a vraiment sidéré, je me sentais désemparé. C’est pourquoi je suis venu aujourd’hui pour envoyer un message.

Stefan

Stefan a déclaré qu’il soutenait « un monde et un pays où les gens peuvent vivre ensemble, indépendamment de leur origine, de leur couleur de peau, de leurs croyances ; où les gens coopèrent pacifiquement, vivent ensemble en paix et n’ont pas à vivre dans un monde de haine ». C’est pourquoi « je suis ici aujourd’hui. Parce que je pense que si vous ne dites pas que cela suffit maintenant, il sera trop tard et je ne veux pas avoir une mauvaise conscience de ne pas avoir été présent ici, si cela devait arriver.

Stefan a déclaré qu’il voyait des « parallèles » inquiétants avec les années 1920 et 1930. « Si vous regardez l’histoire du NSDAP [le parti nazi], ils ont commencé comme un petit groupe et personne ne les a pris au sérieux. Ils furent conspués décriés comme une bande d’extrême droite et réprimés, puis il a fallu dix ans avant que le parti n’arrive au pouvoir […] Je pense que nous avons une chance de l’empêcher maintenant ». Stefan a dit qu’il était « profondément préoccupé par le fait que si nous ne nous y opposons pas de manière décisive maintenant, quelque chose de similaire pourrait se répéter. »

Interrogé sur les liens étroits entre les extrémistes de droite, la police et le gouvernement de Saxe en particulier, Stefan a déclaré : « J’étais aux contre-manifestations contre Pegida en 2015 et une chose était claire depuis le début : si vous regardiez comment la police agissait, vous saviez de quel côté étaient certains officiers. L’appareil d’État, la police et les autorités ont une attraction magnétique pour les personnes ayant cette vision. Je pense que les points de vue nationalistes et les institutions étatiques se complètent, précisément parce que les institutions de l’État travaillent pour défendre l’État-nation. »

Le public à Frankfurt

A Francfort, plus de 10 000 personnes ont pris part à un concert « Rock contre la droite » le 1ᵉʳ septembre.

Dennis, un étudiant d’Offenbach, a déclaré à propos de la marche nazie à Chemnitz : « On ne devrait pas laisser passer des choses pareilles. L’AfD [Alternative pour l’Allemagne] est clairement un parti inhumain ». Il a ajouté que la politique de la grande coalition était un facteur majeur de la montée des nazis. La participation du SPD [Parti social-démocrate] au gouvernement allemand était « une énorme déception » pour lui.

« Actuellement, ils se présentent à la campagne électorale [du parlement de Hesse] comme défenseurs de la protection sociale. Mais en réalité, ils n’appliquent jamais rien de ce genre, mais s’appuient plutôt sur les politiques de droite de la grande coalition. Ils sont donc conjointement responsables de ce qui se passe. » Dennis était particulièrement dégoûté par la politique de la grande coalition en matière de réfugiés. « Nous devons dire haut et fort : nous ne voulons pas que des centres d’Anker [centre de détention de réfugiés]soient établis partout. Nous voulons que les gens soient traités comme des personnes et non comme un problème. »

Aaron

Aaron, qui vient de terminer ses études secondaires, s’inquiétait de la réapparition des forces fascistes en Allemagne. « Ils ont exploité le meurtre d’un homme innocent pour répandre leur idéologie de droite. Mais nous ne pouvons laisser aucune place à cette agitation de droite. En Allemagne, surtout, nous devrions en être plus avisés, nous avons tous vu où cela mène. »

Aaron a déclaré que la police avait donné libre cours aux fascistes à Chemnitz : « On pouvait voir que ces forces avaient libres cours pendant des heures. La police n’a rien fait pour les dissuader. » En comparaison, il suffit de regarder « ce qui s’est passé l’année dernière lors des manifestations du G20 à Hambourg et comment la police a sévi contre la gauche. À Chemnitz, l’extrême droite était libre de faire ce qui lui plaisait.

Anne et Tim se sont rendus à Francfort. « Il est important de résister à la droite maintenant », a déclaré Anne, qui étudie à Mayence. Tim, originaire d’un petit village du nord de la Hesse, a également estimé important de « faire quelque chose contre les racistes. À la maison, dans le village, il y en a – malheureusement – de trop », a-t-il ajouté.

Anne og Tim

Anne et Tim craignaient que « notre État dépense tellement pour l’armée ». C’est « un scandale », a déclaré Anne. « Toutes les préparations pour de nouvelles guerres – c’est la mauvaise direction. Ils se préoccupent uniquement de contrôler les ressources. Personne ne peut me dire que ces guerres sont pour des raisons humanitaires. Si c’était le cas, la première chose à faire serait de sauver les réfugiés de la Méditerranée. Mais personne ne veut faire ça. »Tim a ajouté :« D’abord, ils vendent des armes mortelles dans le monde entier – et ensuite ils se plaignent quand il y a des réfugiés ».

À Chemnitz, samedi, des milliers de personnes ont bloqué une soi-disant « marche de funérailles » par l’extrême droite, au cours de laquelle de nouvelles attaques contre des journalistes et des manifestants de gauche ont eu lieu.

Les reporters du World Socialist Web Site et les membres du Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, Parti de l’égalité socialiste) se sont entretenus avec Herta, 50 ans, qui vit près de Chemnitz. « C’est une honte que l’extrême droite puisse marcher ici comme ça », a-t-elle déclaré. « Nous voulons montrer que beaucoup de gens y sont opposés ». Les partis traditionnels « ne font rien contre les nazis ». Interrogée sur la responsabilité de l’ascension de l’extrême droite, Herta a répondu : « La CDU adopte les mêmes politiques que l’AfD, ce n’est donc pas surprenant ».

Marvin, 18 ans, est venu avec des amis de Dresde à la manifestation. « Les nazis ne devraient pas être autorisés à chasser des gens à travers la ville. Je crains que ce soit comme sous Hitler ici », a déclaré Marvin. Beaucoup d’autres jeunes qu’il connaissait ressentaient la même chose. Il a été scandalisé par la police, qui ne fait rien pour protéger les étrangers et les réfugiés. « Bien que la manifestation de l’AfD soit importante, je pense que la plupart des gens ici sont contre l’AfD. »

Aujourd’hui (lundi), un concert de « rock contre la droite » est prévu à Chemnitz, avec les groupes Die Toten Hosen et Kraftklub. Selon Facebook, plus de 30 000 personnes ont déclaré qu’elles assisteraient à l’événement, alors que 100 000 autres ont manifesté leur solidarité. Des membres du SGP et de son organisation de jeunesse et d’étudiants, IYSSE, seront à Chemnitz et dans de nombreuses autres villes où d’autres manifestations contre l’extrême droite sont prévues pour discuter de la nécessité d’un programme socialiste contre le capitalisme, le fascisme et la guerre.

(Article paru en anglais le 3 septembre 2018)