Ocasio-Cortez et Sanders font l’éloge de McCain : une leçon de chose dans la politique de la pseudo-gauche

Par Joseph Kishore
5 septembre 2018

Parmi des éloges de toutes les sections de l’establishment politique du sénateur républicain John McCain, décédé samedi, deux déclarations se démarquent.

La première était celle du sénateur du Vermont et ancien candidat à la présidence, Bernie Sanders, qui a tweeté : « John McCain était un héros américain, un homme décent et honnête et un ami à moi. Il va nous manquer non seulement au Sénat américain, mais à tous les Américains qui respectent l’intégrité et l’indépendance. »

La deuxième a été envoyée par Alexandria Ocasio-Cortez, membre des Democratic Socialists of America (DSA, Socialistes démocrates d’Amérique) et candidate de New York au Congrès, qui a tweeté : « L’héritage de John McCain représente un exemple sans précédent de décence humaine et de service américain. En tant que stagiaire, j’ai beaucoup appris sur le pouvoir de l’humanité au sein du gouvernement grâce à sa profonde amitié avec le sénateur Kennedy. Il représentait tant, pour tant de personnes. Mes prières vont à sa famille. »

Ocasio-Cortez a joint à son tweet l’éditorial du Washington Post sur la mort de McCain, intitulé « John McCain, l’irremplaçable américain », qui a félicité McCain pour son travail sur « la défense nationale et la dissuasion de l’agression étrangère » et « pour s’être mis au-dessus de la politique partisane pour poursuivre ce qu’il considérait en toute honnêteté comme l’intérêt national. »

On est obligé de se demander, à propos de ces deux individus qui se présentent comme des figures de gauche et même socialistes, de quoi parlent-ils ? Quel est l’héritage de McCain en termes de « décence humaine et de service américain » ? Qu’est-ce qui fait de lui un « héros américain » ?

Est-ce que sa décence humaine était visible lorsqu’il larguait des bombes sur le peuple vietnamien ou lorsqu’il était l’un des premiers partisans de l’invasion de l’Irak en 2003, laquelle a entraîné la mort d’un million de personnes ? Son héroïsme a-t-il été exprimé dans son appel au bombardement de l’Iran, sa visite avec des organisations fondamentalistes islamiques à la tête de la guerre civile en Syrie, ou ses demandes, jusqu’à son dernier jour, d’une agression renforcée contre la Russie ?

La liste des pays dont McCain a préconisé le bombardement est longue et il n’y a pas de guerre lancée par les États-Unis qu’il n’ait pas soutenue. Les positions politiques ont des conséquences et McCain a le sang de plusieurs centaines de milliers de personnes sur ses mains. Un socialiste authentique ne vanterait pas sa « décence humaine », mais exigerait, s’il était encore en vie, des poursuites pour crimes de guerre.

Les louanges d’Ocasio-Cortez et Sanders pour McCain sont une décision politique calculée. Elles révèlent tout sur la politique du Parti démocrate et le rôle particulier joué par ces personnalités et les organisations qui les promeuvent.

Pour Sanders, sa déclaration de solidarité avec McCain s’inscrit dans la continuité de sa campagne électorale du Parti démocrate en 2016. Sanders a proclamé son soutien à la politique étrangère de l’administration Obama, notamment ses guerres au Moyen-Orient, et a déclaré qu’une administration Sanders utiliserait les forces spéciales et les frappes de drones – « tout ça et plus ». Après avoir perdu les primaires, Sanders a soutenu Hillary Clinton, cherchant à canaliser l’opposition sociale reflétée pour sa campagne dans les élections primaires derrière la candidate de l’establishment militaire et du renseignement.

Quant à Ocasio-Cortez, son évolution est un exemple de la règle générale de la politique bourgeoise : plus la crise est profonde, plus rapidement sont démasqués les tendances politiques et les individus. Cela ne fait que deux mois que Ocasio-Cortez a battu le démocrate sortant Joseph Crowley lors des élections primaires du 14ᵉ district du Congrès de New York.

Avec quelle rapidité cette « socialiste » a exprimé sa fidélité à la politique bourgeoise de l’establishment ! Elle s’est éloignée de toute association avec le socialisme, a fait marche arrière sur ses critiques antérieures d’Israël, a promis son soutien à la « sécurité frontalière », s’est rangée aux côtés de Sanders alors que ce dernier a approuvé la campagne anti-russe des démocrates et maintenant couvre d’éloges gratuits et serviles l’un des bellicistes les plus réactionnaires de la politique américaine. Et il reste encore deux mois avant les élections.

Au moment de la première victoire d’Ocasio-Cortez, le World Socialist Web Site a écrit qu’« On devrait dire en termes clairs « à toute personne qui suggère que sa victoire marque un changement vers la gauche dans le Parti démocrate, il faut dire ‘freinez votre enthousiasme !’ Le DSA ne se bat pas pour le socialisme, mais pour renforcer le Parti démocrate, l’un des deux principaux partis capitalistes aux États-Unis." »

Les commentaires d’Ocasio-Cortez ont attiré les critiques de nombreux partisans de sa campagne. Cependant, ceux qui pourraient avoir été attirés par le DSA parce qu’ils avaient l’impression que c’est une organisation socialiste ou anti-guerre devraient en tirer les conclusions nécessaires.

Le Parti démocrate est engagé dans une campagne férocement droitière dans son conflit avec l’administration Trump. Il ne s’intéresse pas à la politique fascisante de Trump ni à son propre bellicisme à lui, mais plutôt à l’affirmation que Trump est insuffisamment engagé dans la guerre au Moyen-Orient et dans l’agression contre la Russie. Les démocrates ont utilisé la mort de McCain dans le cadre d’une stratégie calculée, l’élevant, avec des personnalités telles que l’ancien directeur de la CIA, John Brennan, au rang de héros politiques.

Avec les médias capitalistes et l’establishment du Parti républicain, ils cherchent à utiliser la mort de McCain comme une occasion de changer l’opinion publique en faveur de la guerre et de la réaction politique.

Au cours des élections de mi-mandat de 2018, comme le WSWS l’a démontré, les démocrates ont présenté un nombre sans précédent de candidats qui sont d’anciens agents de l’armée et des renseignements. La promotion de groupes tels que le DSA fait partie intégrante de cette stratégie. « La politique des “Démocrates de la CIA” », comme l’a noté le Parti de l’égalité socialiste dans la résolution adoptée le mois dernier à son Congrès, n’est pas en conflit avec la politique de pseudo-gauche de la classe moyenne exprimé dans des organisations telles que les Democratic Socialists of America (DSA) et l’International Socialist Organization (ISO).

Le rôle d’Ocasio-Cortez, de Sanders, du DSA et de l’ISO est de donner une étiquette « socialiste » à une politique qui s’inscrit parfaitement dans le caractère de droite, militariste et impérialiste du Parti démocrate.

L’élévation du DSA ne représente pas un mouvement vers le socialisme, mais plutôt une réaction défensive de la classe dirigeante contre ce qu’elle perçoit comme un danger existentiel. L’élite des grandes entreprises et des sociétés financières est bien au courant des sondages qui montrent un soutien croissant pour le socialisme et l’opposition au capitalisme chez les travailleurs et en particulier chez les jeunes. Le DSA est donc promu par les médias (le New York Times a publié un autre article important dimanche sur Ocasio-Cortez et le DSA) alors même que de véritables publications de gauche et anti-guerre, surtout le World Socialist Web Site, font face à des formes toujours plus directes de censure sur l’Internet.

La politique du DSA et de la pseudo-gauche en général a beaucoup plus de points communs avec la politique de McCain qu’avec le socialisme authentique. Le rôle que joueraient ces organisations si elles étaient mises en position de pouvoir ne fait aucun doute. Un chemin similaire a déjà été franchi par le Parti de gauche en Allemagne, qui a mis en place des mesures d’austérité et promu la politique anti-immigrés de l’AfD d’extrême droite, et Syriza (Coalition de la gauche radicale) en Grèce. en 2015, a mis en œuvre les mesures d’austérité brutales exigées par les banques européennes.

Le Parti de l’égalité socialiste se bat pour organiser les travailleurs et les jeunes sur la base d’un programme socialiste. Cela ne signifie pas des revendications réformistes modérées et insincères afin de fournir une couverture au Parti démocrate militariste de droite, mais pour la mobilisation de la classe ouvrière, aux États-Unis et dans le monde, pour le renversement révolutionnaire du capitalisme. La construction d’un tel mouvement doit être fondée sur la lutte pour démasquer et s’opposer à des personnalités comme Ocasio-Cortez et Sanders et la politique traîtresse qu’ils prônent.

(Article paru en anglais le 28 août 2018)