Seehofer, ministre allemand de l’intérieur, soutient les bandes fascistes

Par Peter Schwarz
10 septembre 2018

Dix jours après qu’un défilé fasciste, sans être dérangée par la police, a parcouru les rues de Chemnitz, en Allemagne, pourchassant les personnes ayant une couleur de peau différente et donnant le salut hitlérien, il ne fait plus de doute qu’ils ont de l’appui au plus haut niveau de l’état.

Les politiciens de toutes les allégeances – du chef de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) Alexander Gauland à la dirigeante de la fraction du Parti de gauche Sahra Wagenknecht – ont propagé le mythe selon lequel ce défilé était composé de « citoyens inquiéts » poussés dans les rues par la peur de la concurrence sociale et d’une supposée vague de crimes causés par des étrangers, citoyens qui devaient être « pris au sérieux ». En réalité, les néo-nazis et leur milieu n’osent se comporter de façon si éhontée que parce que les services gouvernementaux et de sécurité les appuient pleinement.

Ces derniers jours, le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, n’a laissé aucun doute à ce sujet. Il avait gardé le silence sur les événements de Chemnitz, mais il s’est finalement exprimé mercredi lors d’une réunion à huis clos de l’Union chrétienne-sociale (CSU), où il a défendu la manifestation d’extrême droite. Il a exprimé sa compréhension de la bande de droite dont la marche, que l’on peut voir dans de nombreuses vidéos, a choqué le monde entier.

Seehofer a dit qu’il comprend « que la population est troublée, qu’elle est en colère contre ces

crimes. » Il a ajouté que les gens doivent savoir « que l’on comprend un tel sentiment d’outrage suite à un tel crime brutal. » Dans un entretien le lendemain avec le Rheinische Post il a été encore plus ouvert dans son soutien aux fascistes. « Si je n’étais pas ministre », a-t-il dit, « je serais descendu dans la rue en tant que citoyen ».

Seehofer ne s’est pas arrêté là. Il a cherché à être encore plus à droite que la propagande xénophobe de l’AfD. « La question de l’immigration est la mère de tous les problèmes politiques dans ce pays », a-t-il déclaré. « Je le dis depuis trois ans. De nombreuses personnes associent désormais leurs préoccupations sociales à la question de l’immigration. »

La plupart des réfugiés ont fui des guerres et des catastrophes dont l’Allemagne et l’OTAN se partagent la responsabilité. Maintenant, Seehofer cherche à en faire des boucs émissaires pour les conséquences des coupes sociales de tous les gouvernements allemands. De la même manière, les Nazis ont jadis proclamé que les Juifs étaient la cause de tous les problèmes sociaux et politiques. Le dirigeant de l’AfD, Alexander Gauland, a pleinement fait l’éloge du ministre de l’intérieur. « Seehofer a absolument raison dans son analyse », a-t-il déclaré au Neue Osnabrücker Zeitung.

Auparavant, le ministre président de la de Saxe, Michael Kretschmer (Union chrétienne-démocrate CDU), s’est lui-même solidarisé avec les manifestations d’extrême droite à Chemnitz. « Il n’y a pas eu de foule d’émeutiers, il n’y a pas eu de poursuites, il n’y a pas eu de pogrom à Chemnitz », a-t-il déclaré devant le parlement de Dresde.

Seehofer n’est pas une figure politique marginale, mais un acteur central de la politique allemande. Il a été ministre de la santé pendant six ans sous Helmut Kohl dans les années 1990. Sous Angela Merkel, il a été chef du ministère de l’agriculture pendant trois ans. Il a ensuite été ministre président de Bavière pendant dix ans. Depuis mars de cette année, il est responsable de la police et de la sécurité intérieure en tant que ministre de l’intérieur. De plus, depuis 2008, il est président de la CSU bavaroise, le troisième parti au pouvoir.

Que Seehofer maintenant se range ouvertement avec les émeutiers de Chemnitz justifie tout ce que le Parti de l’égalité socialiste (SGP) de l’Allemagne a écrit sur le caractère de droite du gouvernement de la Grande Coalition. Il poursuit un programme de réarmement militaire et de coupes sociales. Il ne se passe presque pas une semaine sans qu’il dévoile de nouveaux projets visant à accroître les dépenses militaires et à intervenir au Moyen-Orient, en Afrique et à la frontière russe.

« Il n’y a pas de soutien à cette politique dans la population », avons-nous écrit dans un tract au début de la semaine, « Voilà pourquoi la politique officielle prend la forme d’une conspiration au plus haut niveau de l’État, où les partis d’opposition – Les Verts, le Parti de gauche et le Parti libéral démocrate (FDP) – sont également impliqués […] dès que la classe dirigeante allemande se lance dans une politique de grande puissance impérialiste et sent une résistance d’en bas, elle se déplace à nouveau vers l’extrême droite. »

Ce qui inquiète le gouvernement, c’est l’opposition massive à la marche de la droite. À Chemnitz, 70 000 personnes ont assisté au concert « Rock Against the Right », soit dix fois le nombre de personnes mobilisées par les extrémistes de droite, et des milliers d’autres ont manifesté contre la droite dans d’autres villes. À Hambourg, seules 178 personnes ont participé mercredi à une manifestation d’extrême droite à laquelle ont participé des représentants de haut rang de l’AfD et de Pegida. En revanche, 10 000 personnes ont répondu à l’appel pour une contre-manifestation.

Le gouvernement répond à cette opposition croissante en renforçant l’AfD et en renforçant l’État. Seehofer a déclaré au Rheinische Post, « Si nous n’arrivons pas à changer de cap et mettre l’ordre de l’humanité sur un pied d’égalité, nous perdrons encore de la confiance ». La majorité en Europe veut « l’ordre, le contrôle et les frontières », a-t-il ajouté. Comme exemple, il a désigné l’Autriche et l’Italie, où l’extrême droite est au pouvoir. Seehofer a déclaré qu’il se battrait chaque jour pour « la mise en œuvre rapide du plan directeur sur l’immigration ».

Ce plan directeur, auquel la Grande Coalition a souscrit, prévoit le bouclage brutal de la « Forteresse Europe », assorti de mesures nationales de contrôle des frontières, de la création de camps fermés pour les réfugiés en Allemagne et dans toute l’Europe et des déportations massives vers l’Afrique et les zones de guerre du Moyen-Orient. Il est lié à une expansion spectaculaire des pouvoirs des autorités de sécurité et à l’abolition des droits démocratiques fondamentaux.

Le nouveau « Rapport sur la protection de la Constitution », paru à la fin du mois de juillet, qui comprend l’avant-propos de M. Seehofer, porte également les empreintes digitales de l’AfD. Il ne fait aucune mention de ce parti ni de son milieu extrémiste de droite, mais qualifie toute opposition au nationalisme, à l’impérialisme et au militarisme d’« extrémiste de gauche » et d'« anticonstitutionnel ». Pour Seehofer et l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), ce ne sont pas les néonazis, mais leurs opposants, à savoir la grande majorité de la population, qui sont les véritables ennemis.

Aucun des partis représentés au Bundestag [parlement] ne s’oppose à ces développements dangereux. En tant que membre de la Grande Coalition, le Parti social-démocrate (SPD) leur apporte son plein soutien. Le dirigeant du FDP, Christian Lindner, a dit que les déclarations de M. Seehofer étaient « certainement vraies, mais trop étroitement conçues ». Les Verts sont longtemps des militaristes convaincus, pour lesquels la politique étrangère du gouvernement fédéral n’est pas suffisamment agressive. Et Sahra Wagenknecht, dirigeante du groupe parlementaire du Parti de gauche, vient de lancer le mouvement « Stand Up », salué par l’AfD pour sa politique nationaliste et anti-réfugiés.

La seule force sociale capable de lutter contre ces évolutions et d’arrêter la droite est la classe ouvrière internationale. Le Parti de l’égalité socialiste appelle à l’expansion de la lutte des classes à travers l’Europe. En tant que section allemande du Comité international de la Quatrième Internationale, elle construit un parti socialiste qui unit la lutte contre la guerre et le fascisme avec la lutte contre le capitalisme.

(Article paru en anglais le 8 septembre 2018)