Syriza emprisonne la nageuse syrienne Sara Mardini pour avoir aidé des réfugiés en Grèce

Par Kumaran Ira
11 septembre 2018

Le gouvernement grec dirigé par Syriza a emprisonné Sara Mardini, nageuse syrienne de 23 ans, et trois autres membres de l’association Emergency Response Center International (Centre d’intervention d’urgence international – ECRI) pour des accusations manifestement inventées. Ils sont accusés de trafic de personnes, d’espionnage et d’appartenance à une organisation criminelle. Cette arrestation qui fait froit dans le dos vise à empêcher l’aide aux réfugiés fuyant la guerre de l’OTAN en Syrie en criminalisant l’aide humanitaire.

Cette dernière attaque montre à nouveau le caractère réactionnaire du parti populiste petit-bourgeois Syriza (la « Coalition de la gauche radicale »), qui dirige la Grèce dans une coalition avec les Grecs indépendants (Anel) xénophobes. Tout en supervisant les mesures d’austérité draconiennes menées par l’UE, ils ont mis en place des camps de concentration soutenus par l’UE pour accueillir les réfugiés fuyant les guerres de l’OTAN au Moyen-Orient et en Afrique dans des conditions horribles.

En août 2015, Sara et sa jeune sœur olympienne, Yusra, sont devenues mondialement connues lorsqu’elles ont risqué leur vie pour sauver 18 autres réfugiés qui traversaient la mer Égée de la Turquie à l’île grecque de Lesbos. Lorsque le moteur du bateau est tombé en panne, laissant l’embarcation à la dérive et prenant l’eau, Sara et Yusra ont tiré le bateau à la nage pour l’emmener en sécurité. Après une marche de 25 jours en Allemagne à pied et en train et en bus, Sara et Yusra y ont obtenu l’asile.

Un an plus tard, Mardini a accepté de rejoindre ERCI en tant que volontaire pour aider les réfugiés et est retourné à Lesbos en décembre dernier. Le mois dernier, en attendant à l’aéroport de Mytilini de retourner en Allemagne, elle a été arrêtée. The Guardian a rapporté que « peu après, la police a également arrêté le directeur de terrain d’ERCI, Nassos Karakitsos, ancien officier des forces navales grecques, et Sean Binder, un volontaire allemand qui vit en Irlande. Tous trois ont protesté de leur innocence. »

Mardini est détenu dans la prison grecque de haute sécurité de Korydallos. En vertu de la loi grecque, elle peut être détenue dans l’attente d’un procès pendant 18 mois. Les quatre volontaires de l’ERCI sont accusés d’avoir créé ou rejoint une organisation criminelle, de blanchiment d’argent, d’espionnage, de violation de secrets d’État, de contrefaçon et d’infractions au code de l’immigration et à la législation sur les communications électroniques.

La police n’a fourni aucune preuve pour étayer ces accusations. L’avocat de Mardini, Harris Petsikos, a déclaré au WSWS qu’elle « a rejeté toutes les accusations… Ces accusations très graves ne sont en aucun cas étayées par les preuves contenues dans le dossier de la police. Les accusés sont totalement innocents. La police ne peut rien prouver de concret, mais les tribunaux auront besoin de temps pour entendre nos arguments. »

Il a ajouté : « Mes clients et les autres accusés sont accusés d’avoir commis des crimes en Grèce à des dates précises alors qu’ils n’étaient même pas en Grèce. Nous avons fourni des preuves spécifiques en Allemagne et en Angleterre, montrant qu’à ces dates, ils étaient en Allemagne ou en Angleterre. »

Petsikos a noté : « Ces accusations sont presque incroyables […] Ils avaient des radios pour se parler, et sur cette fréquence radio publique, ils pouvaient aussi entendre ce que la police disait. Maintenant, ils sont accusés d’avoir entendu des transmissions radio de la police qui seraient des secrets d’État. Mais ce n’est évidemment pas le cas. »

Réfutant les accusations selon lesquelles le rassemblement d’eau et de couvertures pour les réfugiés à Lesbos est un trafic de migrants, Petsikos a ajouté : « La police va trop loin. Ils affirment que les pratiques communes à tous les groupes d’aide humanitaire qui sont légales et normales, afin d’aider les réfugiés qui sont arrivés à Lesbos, sont des crimes. La police a combiné les faits de manière très spéculative. Ils ont ensuite rassemblé un dossier qu’ils ont donné aux tribunaux pour essayer de faire croire qu’il s’agissait de crimes très graves : espionnage, participation à des organisations criminelles, entrée illégale en Grèce, etc. ».

Il s’agit d’une tentative flagrante de la part de la police, du ministre de l’intérieur Syriza, Alexis Haritsis, et du gouvernement Syriza de faire taire quiconque qui offre une assistance humanitaire aux réfugiés. Jonathan Cooper, avocat spécialiste des droits de l’homme, a déclaré au Guardian : « C’est un autre exemple de fermeture de la société civile par l’État [­…] Ce que nous voyons vraiment, ce sont les autorités grecques qui utilisent Sara pour envoyer un message très inquiétant : si vous vous portez volontaire pour un travail en faveur des réfugiés, vous le faites à vos risques et périls. »

Le caractère cruel et anti-ouvrier de Syriza a été révélé depuis son élection en 2015, après s’être engagé à mettre fin à l’austérité et à réviser les politiques anti-réfugiés de droite. Il a depuis lors trahi toutes ses promesses électorales et capitulé devant l’Union européenne (UE), réduisant considérablement les retraites, les soins de santé et d’autres services sociaux essentiels et piétinant le vote « non » obtenu à une écrasante majorité lors de son référendum de juillet 2015 sur l’austérité européenne. Elle a également renié ses promesses concernant les réfugiés, acceptant l’accord conclu en 2016 entre l’UE et la Turquie pour empêcher les réfugiés d’atteindre l’Europe.

Cet accord stipule que tous les réfugiés arrivant de Grèce en provenance de la Turquie seront internés en Grèce jusqu’à ce que leurs cas soient traités et qu’ils soient finalement expulsés avec le soutien de la Turquie. Plus de 60 000 réfugiés et migrants se seraient retrouvés bloqués en Grèce en raison de cet accord et de la fermeture des frontières à travers les Balkans. Jusqu’à présent, plus de 19 000 réfugiés sont arrivés en Grèce par voie maritime cette année, contre environ 14 000 en 2017. Plus de 100 personnes sont mortes pendant le voyage en 2018.

Les réfugiés sur les îles grecques font face à des conditions horribles, car des milliers de personnes sont entassées dans des camps de concentration de l’UE surpeuplés. Sur l’île de Lesbos, plus de 8000 personnes sont entassées dans le camp de Moria, qui devait accueillir 2000 personnes. Certains de ses détenus y sont restés pendant des années.

Les journalistes de la BBC qui ont eu un accès exceptionnel au camp ont rapporté que des enfants tentaient de se suicider là-bas, dans des conditions sanitaires déplorables, la surpopulation et la violence mortelle. « Certaines personnes vivent dans des cabines mobiles, mais entre elles se trouvent des tentes et des bâches – qu’occupent ceux qui ne peuvent obtenir aucun espace de vie officiel. Le camp s’étend maintenant dans la campagne environnante. Une tente abrite 17 personnes – quatre familles sous une seule toile. »

Le camp empeste les eaux d’égout non traitées. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), il y a environ 70 personnes par toilette. « Une maman décrit les excréments sur le sol du refuge où elle vit avec son petit bébé de 12 jours », a noté la BBC.

Sara Khan, une réfugiée afghane, a déclaré : « Nous sommes toujours prêts à nous échapper, 24 heures par jour, nos enfants sont prêts. La violence signifie que nos tout-petits ne dorment pas ». Elle a dit que sa famille passait toute la journée à faire la queue pour se nourrir et toute la nuit prête à courir, craignant des bagarres au camp.

Les membres de MSF ont déclaré : « Les enfants qu’ils traitent ont des problèmes de peau causés par une mauvaise hygiène à l’intérieur et des maladies respiratoires causées par les gaz lacrymogènes lancés dans le camp par la police pour réprimer les combats. Les problèmes de santé mentale sont nombreux […] Malgré le fait que nous poussons à déplacer ces enfants à Athènes, le plus tôt possible, cela ne se produit pas. Ces enfants sont toujours là. »

Luca Fontana, qui a travaillé dans des zones de conflit, notamment lors d’épidémies d’Ebola en Afrique, a déclaré à la BBC que les camps grecs de l’UE étaient « le pire endroit » qu’il ait jamais vu. « Je n’ai jamais vu le niveau de souffrance auquel nous assistons chaque jour […] Même les personnes touchées par le virus Ebola ont toujours l’espoir de survivre ou ont le soutien de leur famille, de leur société, de leur village et de leurs proches. Ici, l’espoir est confisqué par le système. »

(Article paru d’abord en anglais le 10 septembre 2018)