Troisième mois du lock-out de National Grid au Massachusetts

Par John Marion
12 septembre 2018

Le lock-out de National Grid de quelque 1.200 travailleurs du gaz appartenant aux sections locales 12012 et 12003 du Syndicat des Métallos en est maintenant à son troisième mois. Les travailleurs ont passé tout l'été sans salaire, sans une assurance maladie, ou alors inadéquate et à coût exorbitant, et l'isolement d’autres sections de travailleurs, qui a été imposé par le Syndicat des Métallos.

Les tactiques des deux sections locales ont consisté en des manœuvres juridiques, des piquets de grève dispersés et des appels aux politiciens sous la gouverne des entreprises. Les seules protestations importantes jusqu'à présent ont été un rassemblement du 18 juillet à Boston, auquel se sont joints d'autres travailleurs syndiqués et qui a attiré environ 1.000 personnes, ainsi que la présence des travailleurs en lock-out au rassemblement de la fête du Travail de Boston.

Le jour de la fête du Travail à Boston, John Buonopane, président de la section locale 12012 du Syndicat des Métallos, l'une des deux sections locales en lock-out, a demandé au gouverneur républicain du Massachusetts, Charlie Baker, d'intervenir dans le lock-out en disant: «Le gouverneur Baker n'a pas dit un mot sur le lock-out des travailleurs de National Grid pendant 11 semaines.» Il a ajouté ce plaidoyer chauvin: «National Grid est une société étrangère, basée au Royaume-Uni. Nous sommes des travailleurs du Massachusetts exclus de nos emplois et le gouvernement Baker n'a rien dit à ce sujet. Ça ne devrait pas arriver dans le Massachusetts.»

La convention collective qui a expiré le 24 juin comportait une clause antigrève ou lock-out, et l’entreprise s’est précipitée après l'expiration du 24 juin pour mettre en œuvre le lock-out. Une semaine plus tard, le 1er juillet, elle a cessé de payer l'assurance maladie des travailleurs. Les personnes en lock-out ont été obligées de faire une demande d'assurance Medicaid ou d'assurance avec des primes allant jusqu'à 2.500 $ par mois.

Les demandes de National Grid pour le prochain contrat comprennent le remplacement de la pension à prestations définies par un plan 401(K), la réduction de la contribution de l'entreprise à l'assurance maladie en forçant les travailleurs à adhérer à des plans avec franchises, et la sous-traitance de travaux – y compris le remplacement des compteurs – à des tiers. National Grid offre une maigre augmentation salariale de 14% sur un contrat de cinq ans.

Les profits avant impôts de la société pour l'exercice financier se terminant le 31 mars s'élevaient à 3,66 milliards de dollars, en hausse de près de 25% par rapport à l'exercice précédent. Les réductions de l'impôt des sociétés aux États-Unis en décembre 2017 ont donné lieu à un crédit qui a fait passer les bénéfices après impôt à plus de 4,8 milliards de dollars. Alors que le Massachusetts Department of Public Utilities a émis une directive selon laquelle les entreprises de services publics transmettent une partie de cette réduction d'impôt aux clients, National Grid demande néanmoins l'approbation gouvernementale d'une hausse des tarifs de plus de 10 %.

De nombreuses infractions à la sécurité ont été signalées pendant le lock-out, et au moins 18 villes et municipalités ont refusé ou retardé l'obtention de permis pour de nouveaux projets. Les municipalités se sont dites préoccupées par la sécurité du travail des briseurs de grève, mais aussi par le mécontentement croissant des travailleurs.

Les infractions à la sécurité commises par les briseurs de grève comprennent l'excavation à moins de 60 mètres d'un régulateur haute pression sans la présence d'un inspecteur; avoir bloqué l’accès à des vannes d'urgence avec du sable; et la création d'une entrée arrière au bâtiment de Malden afin que les entrepreneurs puissent éviter les piquets de grève. Cette «porte dérobée» fait en sorte que les camionnettes roulent sur une conduite de gaz sous pression de plus de 300 kg qui n'est protégée que par une plaque d'acier.

Lors du rassemblement de la fête du Travail, les travailleurs ont parlé de l'impact du lock-out. Rocky Leo a dit à l'Everett Independent: «Ils espèrent que nous perdions nos soins de santé et nos hypothèques, pour que nous soyons forcés de rentrer [au travail]. C'est une lutte. Ça fait 11 semaines qu'on est en lock-out. C'est très difficile pour beaucoup d'entre nous et c'est leur stratégie. Ils pensent qu'on va céder.»

Il a ajouté: «Après cinq jours, ils nous ont pris nos soins de santé. Quelqu’un venait de se faire amputer la jambe, et des personnes atteintes de diabète qui avaient besoin de soins et des enfants qui sont traités pour le cancer. C'est ce qu’on vit ici.»

Alors que les travailleurs et leurs familles font face à un avenir d’augmentation des frais pour les soins médicaux, ou un avenir sans soins, le Syndicat des Métallos est assis sur un fonds de grève d'une valeur de plus de 500 millions de dollars. Selon le site web du syndicat, le fonds du Syndicat des Métallos ne verse que 200 $ par travailleur des sections locales chaque semaine.

Depuis le début du lock-out, les dirigeants syndicaux entretiennent le faux espoir que le gouverneur Baker et le maire de Boston, Marty Walsh, interviendraient au nom des travailleurs. Aujourd'hui, près de trois mois plus tard, cette approche n'a donné lieu qu'à la promesse d'une rencontre le 11 septembre entre Baker et le président de la section locale 12003, Joe Kirylo. La page Twitter de Kirylo ne contient guère plus que des appels à Baker et une photo de lui-même avec Elizabeth Warren.

Une lettre du 26 juin du Boston City Council à National Grid est plus révélatrice: «Toutes les parties, les travailleurs et la direction, [devraient] aborder ces négociations contractuelles dans un esprit d'équité et de compromis. Nous craignons que tout retard dans le processus de négociation collective puisse entraîner des arrêts de travail, des lock-out ou d'autres mesures liées au travail qui réduiraient le service dans de larges sections du Commonwealth».

Il va sans dire que si les travailleurs en lock-out se joignaient à leurs frères et sœurs de classe dans une grève générale, le conseil municipal de Boston ne se soucierait plus de «l'équité et du compromis».

Au sujet du piquetage symbolique organisé par les sections locales 12003 et 12012, un travailleur de National Grid frustré a dit au Independent que «ce n’est pas par hasard que la nouvelle ne se répand pas... Ils sont en train de gagner parce qu'ils ont plus d'argent et plus de publicité, et que nous sommes ici en train de tourner en rond. Il y a plus de policiers ici que nous.»

Le Syndicat des Métallos compte quelque 850.000 membres en Amérique du Nord, mais il étrangle et isole la lutte au National Grid. Pour illustrer le militantisme croissant de la classe ouvrière aux États-Unis, les travailleurs de la base des aciéries américaines de tout le pays ont voté à l'unanimité pour la grève la semaine dernière.

Le Syndicat des Métallos a tenu des votes d'autorisation de grève après avoir annoncé qu'il prolongerait les conventions collectives actuelles au-delà de leur date d'expiration tout en poursuivant les pourparlers avec US Steel et ArcelorMittal. Les contrats, qui devaient expirer le 1er septembre, couvrent 15.000 travailleurs US Steel et 16.000 travailleurs ArcelorMittal dans les usines et autres installations de Pennsylvanie, Indiana, Illinois, Alabama, Minnesota et d'autres États.

La semaine dernière, les sections locales de tout le pays ont annoncé que les membres de la base avaient voté à l'unanimité en faveur de la grève dans les aciéries américaines, malgré la tentative de l'entreprise de convaincre les travailleurs à signer en échange de primes valant des milliers de dollars.

Au lieu d'unir les luttes des métallurgistes chez US Steel, ArcelorMittal et National Grid, le syndicat cherche à saboter les grèves des métallurgistes et à isoler les travailleurs du National Grid en lock-out. Le Syndicat des Métallos a fait appel à ce que le National Labor Relations Board déclare le lock-out illégal.

Le Parti de l’égalité socialiste exhorte les travailleurs de National Grid à former des comités de la base pour mener la lutte indépendamment du syndicat. Ces comités devraient tendre la main aux autres métallurgistes, aux enseignants, aux travailleurs d'UPS, aux travailleurs de l'automobile et à d'autres sections de la classe ouvrière pour préparer une contre-offensive commune contre l'élite patronale et financière.

(Article paru en anglais le 11 septembre 2018)