La police démantèle le camp de réfugiés de Grande Synthe

Par Francis Dubois
13 septembre 2018

Dans une nouvelle attaque contre les réfugiés, le gouvernement Macron a fait évacuer jeudi dernier le camp de migrants installé depuis 2016 dans la ville de Grande Synthe qui jouxte Dunkerque. Lors d‘une vaste opération de police fortement médiatisée, des centaines de migrants ont été chassés de leurs tentes et cabanons. La police a entièrement démantelé le camp puis placé son emplacement sous surveillance.

Comme pour la destruction de la «jungle» de Calais en octobre 2016, on a hypocritement pris les prétextes d‘ «insalubrité» et de «troubles à l‘ordre public» pour nier les droits fondamentaux des réfugiés qui ont fui les guerres de la France et de l’UE au Moyen-orient, en Afrique et en Afghanistan. L‘attaque fait partie intégrante de la politique officielle de l‘UE sur les réfugiés, reprise des partis d‘extrême droite, qui est de les refouler hors d’Europe en foulant aux pieds le droit fondamental à l’asile.

«Les gens de Calais m’ont dit que les touristes sont revenus (...) Je veux que les Français puissent avoir une vie normale», a commenté le ministre de l‘Intérieur Gérard Collomb. Il ne voulait pas qu‘«une fixation» soit «en train de se faire sur Grande Synthe. … Nous ne voulions pas que cela se fasse, de manière à ce que ces régions puissent à nouveau se remettre sur pied.» Le sous-préfet de Dunkerque a rappelé que la politique de l’État était d‘éviter la constitution de «nouveaux points de fixation» et de «bidonvilles» sur les côtes françaises.

Contrairement à la municipalité de Grande Synthe qui a établi le camp en 2016 et l’avait à l‘origine financé conjointement avec l‘ONG Médecins sans frontières, le gouvernement Hollande avait rejeté dès le début l’établissement d’une zone humanitaire dans la ville. Macron visait lui aussi son démantèlement.

L’opération fut de style militaire. Plusieurs centaines de CRS lourdement armés, accompagnés des services d‘immigration ont cerné le camp où vivaient environ 700 personnes, au petit matin. Ils ont regroupés les réfugiés, en grande partie kurdes et afghans, dont une centaine de familles avec des enfants, et les ont dirigés sous étroite surveillance vers des bus réquisitionnés.

Une moitié des réfugiés a été emmenée vers des «centres d‘accueil» généralement disséminés sur tout le territoire français, l‘autre moitié vers les commissariats pour être déportée. Selon la préfecture, cette moitié a été «prise en charge par des policiers pour l’examen de leur situation, éventuellement placés en garde à vue et pourront se voir délivrer une obligation de quitter le territoire».

Cette opération est la troisième contre ce camp en quatre mois. Il avait déjà été évacué en septembre 2017. Il avait été presque entièrement brûlé en avril 2017, peu après une décision de démantèlement du ministre de l‘Intérieur du gouvernement Hollande Bruno Le Roux, dû à un incendie déclenché dans des conditions louches puis mis sur le dos des migrants. Avant son incendie, le camp recevait plus de 2.000 personnes.

L‘évacuation fut saluée par le président du groupe RN (ex-FN) de la région, Philippe Eymery. Celui-ci avait déposé une plainte la semaine dernière contre le maire EELV (Europe Ecologie-Les Verts) de Grande Synthe, Damien Carême, pour «aide à l’implantation illégale de migrants». Il a traité l’évacuation du site par le gouvernement Macron de «vraie victoire politique» pour le parti néo-fasciste.

Cette chasse aux réfugiés du gouvernement Macron démasque sa prétention à diriger une opposition «libérale» européenne à la politique fascisante de gouvernements comme ceux du Fidesz hongrois de Viktor Orban et de la Ligue de Matteo Salvini en Italie.

Après s’être vu qualifié, à tort, par Orban de leader «des forces politiques soutenant l‘immigration» début septembre, Macron avait répondu sans gêne: «Je ne céderai rien aux nationalistes et à ceux qui prônent ce discours de haine. S’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils ont raison.»

En fait, toute la classe politique capitaliste fait une politique répressive et xénophobe qui cible les plus vulnérables et les plus démunis, utilisant la répression des migrants pour préparer celle de la classe ouvrière européenne. C’est le résultat d'années d’incitation sans relâche du nationalisme par l'ensemble de la classe politique en France comme en Europe.

Une responsabilité écrasante incombe à toutes les partis politiques et syndicats ex-ouvriers qui ont prôné le nationalisme contre l‘union internationale des travailleurs. Le PCF stalinien et les divers partis anti-trotskystes — le NPA (ex-LCR), le Parti des Travailleurs/POID (ex-OCI) et Lutte Ouvrière — qui interviennent au sein de la CGT portent en particulier une lourde responsabilité.

Ce n‘est autre que la CGT qui a apporté en septembre 2016 son soutien aux manifestations d’extrême droite du Grand rassemblement du Calaisis contre les réfugiés, et ses encouragements au gouvernement PS juste avant le démantèlement du camp de Calais en octobre de la même année.

La manifestation de ce rassemblement à Calais regroupa sur une politique anti-immigrés des syndicats patronaux et néofascistes, le collectif d’entreprises et commerces de Calais, le syndicat de policiers FO, la Fédération nationale des transporteurs routiers et des agriculteurs de la FDSEA. Avec eux, la CGT réclamait le démantèlement de la «jungle» et la fin de la «pression migratoire».

Un tract CGT a circulé parmi les dockers et travailleurs portuaires appelant à la « mobilisation générale » pour sauver un port «en grand danger». Il proposait une chaîne humaine le long du port et le blocage des routes par des opérations escargot avec les agriculteurs, commerçants et transporteurs — des actions proposées aussi par l‘extrême droite.

Le maire de Grande Synthe, ville ouvrière dévastée par le chômage et la désindustrialisation a encore proposé la création d'un nouveau camp d'accueil au début de l‘année. Mais le ministre de l’Intérieur a pu s’y opposer catégoriquement, sachant qu’il aurait le soutien des syndicats. Dans cette ville limitrophe du centre industriel et portuaire de Dunkerque que dans les années 1970 dockers et sidérurgistes paralysaient sur un signe de la CGT, celle-ci et ses soutiens de la pseudo gauche sont à présent devenus la claque nationaliste de l‘aristocratie financière.

La défense des réfugiés et des droits démocratiques contre l’état d’urgence nécessite la construction d’un mouvement des travailleurs et des jeunes, organisé indépendamment de toutes les forces qui flirtent avec l’extrême-droite et les forces de l’ordre du président des riches, et sur une base politique internationaliste. Il s’agit de s’opposer à la politique xénophobe de Macron, qui à les mêmes objectifs que ceux d‘un Orban, d’un Salvini ou d’un Seehofer, le ministre de l‘Intérieur allemand qui a défendu la chasse aux immigrés organisée dans la ville de Chemnitz: de construire un état policier qui cible la classe ouvrière.