Deuxième série d’allégations d’agression sexuelle contre Kavanaugh avancée par les démocrates

Par Eric London
26 septembre 2018

Le Parti démocrate a intensifié ses efforts pour retarder la confirmation de Brett Kavanaugh, le candidat du président Trump à la Cour suprême, après que Ronan Farrow et Jane Mayer ont publié dimanche soir dans le New Yorker de nouvelles allégations d’agression sexuelle contre le juge à la Cour de circuit.

La nouvelle accusation, qui fait suite aux allégations de Christine Blasey Ford contre Kavanaugh, a été portée par Deborah Ramirez, qui affirme que Kavanaugh lui aurait collé ses organes génitaux au visage pendant une fête alors qu’ils étaient tous deux étudiants au début des années 1980.

Il semble que la publication de la deuxième série d’accusations se soit retournée contre les démocrates. Les reportages de Farrow et Mayer font en effet l’objet de nombreuses critiques et sont traités avec un degré inhabituel de scepticisme par les journaux télévisés nationaux du soir.

Dans une déclaration au Sénat, le leader républicain de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a annoncé que le New York Times avait refusé de publier l’allégation de Ramirez. Dans un article paru hier dans le Times, on pouvait lire le paragraphe suivant au sujet de l’accusation :

«Le Times a interviewé plusieurs dizaines de personnes au cours de la semaine dernière dans le but de corroborer cette histoire, et n’a trouvé personne ayant des connaissances de première main. Mme Ramirez elle-même a contacté d’anciens camarades de classe de Yale pour leur demander s’ils se souvenaient de l’incident et a même dit à certains d’entre eux qu’elle ne pouvait pas être certaine que M. Kavanaugh était bien celui qui s’était exhibé.»

Les républicains et l’administration Trump ont tiré profit du scepticisme entourant la seconde allégation pour appeler à un vote rapide afin de confirmer le juge ultra-réactionnaire. Dans une autre démonstration du niveau dégradé prévalant en politique bourgeoise aux États-Unis, Kavanaugh est apparu lundi soir à Fox News pour déclarer qu’il était vierge au moment de ses crimes sexuels présumés.

«Je n’ai pas eu de rapports sexuels ou quoi que ce soit se rapprochant à cela à l’école secondaire et même pendant de nombreuses années par la suite», a-t-il dit, tout en niant l’accusation de Ramirez ainsi que les allégations du professeur californien Blasey Ford.

Les démocrates ont déclaré qu’ils rejetaient les démentis de Kavanaugh et demandaient une enquête du FBI sur ces deux allégations. Le sénateur du Connecticut Richard Blumenthal a dit au Hill: «Pourquoi Brett Kavanaugh n’a pas demandé [une enquête du FBI]? Les survivantes de ces agressions sexuelles ont réclamé une enquête du FBI, ce qui en dit long sur leur crédibilité. Le refus de la Maison-Blanche et de Brett Kavanaugh de demander ce genre d’enquête toutefois témoigne de leur manque de crédibilité.»

Les démocrates adoptent de plus en plus comme ligne de parti l’affirmation selon laquelle les allégations de Ford et Ramirez sont vraies, malgré l’absence de quelque enquête que ce soit permettant d’établir sur la base de faits et de preuves qui des deux femmes et de Kavanaugh dit la vérité.

Dimanche, la sénatrice Patty Murray, de l’État de Washington, a déclaré dans le cadre de l’émission Meet the Press que la «présomption d’innocence» devrait être appliquée en présumant que les femmes disent la vérité et que Kavanaugh ment. C’est là une inversion du principe démocratique selon lequel la présomption d’innocence doit être donnée à l’accusé et le fardeau de la preuve imposée à l’accusateur.

Lundi, le sénateur Chris Coons (démocrate du Delaware) a déclaré à CNN: «Je crois les deux femmes.» Il a ensuite demandé la tenue d’une «enquête intégrale», en dépit d’avoir déjà quasi déclaré Kavanaugh coupable des accusations portées contre lui.

Les démocrates ont sauté sur les allégations afin de transformer le vote de confirmation de Kavanaugh en un référendum sur les agressions sexuelles et de présenter les républicains comme des défenseurs du viol et des violences sexuelles. Ils espèrent ainsi renforcer leurs chances aux élections de mi-mandat dans moins de six semaines.

Le New York Times a rapporté lundi, «Alors que le juge Kavanaugh et son accusatrice, Christine Blasey Ford, qui doivent tous deux témoigner cette semaine devant le Comité judiciaire du Sénat, ainsi que les nombreuses femmes furieuses des attaques du président Trump contre Mme Blasey, cette nomination à la Cour suprême qui était autrefois considérée comme une victoire politique dans plusieurs États conservateurs pourrait, au contraire, venir galvaniser les électrices et les indépendants qui autrement se seraient peu intéressés à cette lutte de confirmation.»

Le Times a ajouté que «les femmes des banlieues jouent un rôle central dans la campagne de cette année» et que les républicains «risquent de provoquer des réactions encore plus vives aux urnes» s’ils sont «trop durs dans leur questionnement de Mme Blasey», un sujet que le journal qualifie de «dynamite politique» et de bénéfique pour les démocrates.

Dans un effort pour couvrir leurs manigances d’un vernis populaire, les démocrates ont appelé à des protestations lundi pour s’opposer à la confirmation de Kavanaugh. Cet appel n’a suscité qu’une réponse des plus négligeables. Plusieurs dizaines de personnes, dont des étudiants en droit de Yale – l’alma mater de Kavanaugh – ont participé à une manifestation à Washington DC., et un certain nombre d’actrices d’Hollywood ont affiché des photos connexes sur les médias sociaux.

Cette opération du Parti démocrate contre Kavanaugh a permis de noyer tout débat sur le bilan pro-monde des affaires, pro-torture et pro-guerre des décisions du juge.

Hier, Amnistie internationale a publié une lettre ouverte aux sénateurs dans laquelle l’organisation déclare qu’elle «estime que l’examen du bilan de Brett Kavanaugh en matière de droits de l'homme est insuffisant». La lettre demande «toute information pertinente sur l’implication possible de Kavanaugh dans des violations des droits de l'homme, notamment en ce qui concerne le recours par le gouvernement américain à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements, comme pendant le programme de détention de la CIA.»

Cette lettre est tombée dans l’oreille d’un sourd et n’a pas été rapportée dans la presse bourgeoise.

Alors que moins d’un tiers des électeurs inscrits soutient la confirmation de M. Kavanaugh, la campagne des démocrates sur les allégations d’agression sexuelle n’a pas suscité d’appui populaire significatif. Selon un récent sondage national effectué par Fox News, seulement 36 % des électeurs inscrits croient les allégations de Christine Blasey Ford, tandis que 30 % croient le démenti de Kavanaugh, et plus du tiers – 34% – disent qu’ils ne savent pas quel côté croire.

De toutes les questions que les électeurs suivent à la veille des élections de mi-mandat, la nomination de Brett Kavanaugh et les allégations d’ingérence russe aux élections américaines sont parmi deux des moins importantes. Contrairement aux divisions au sujet de Kavanaugh, une nette majorité d’électeurs sont hostiles au bilan de Trump en matière d’immigration et de soins de santé. Les difficultés économiques et les salaires demeurent particulièrement préoccupants pour les électeurs de la classe ouvrière.

L’humeur véritable qui règne parmi les masses des travailleurs a bien été caractérisée dans les premières lignes d’un éditorial du New York Times publié lundi par un dirigeant de l’AFL-CIO: «Lorsque nous avons demandé à 4035 électeurs de la classe ouvrière de nommer un représentant élu qui se battait pour eux, la première réponse n’a été ni un républicain ou un démocrate, mais bien "personne".»

Des groupes comme International Socialist Organization (ISO) jouent un rôle clé en cherchant à détourner l’opposition sociale croissante en la liant à la campagne du Parti démocrate contre les agressions sexuelles. Dans une déclaration de son comité de rédaction intitulée «She speaks for us and we’ll stand with her» («Elle parle en notre nom et nous sommes à ses côtés»), Socialist Worker ne fait aucune référence à l’historique politique droitiste de Kavanaugh, se contentant plutôt d’appeler ses lecteurs à soutenir les allégations d’abus sexuels du Parti démocrate contre lui.

Exprimant clairement son soutien aux démocrates, l’ISO angoisse qu’un Congrès contrôlé par les démocrates «pourrait faire obstacle à d’autres propositions républicaines, mais pourrait bien se heurter à des obstacles majeurs lorsque viendrait le temps de réparer les dommages que l’administration et ses alliés républicains ont causés au niveau législatif.» L’éditorial déplore le fait que «même avec une victoire démocrate, le prochain Congrès n’entrera en fonction que dans quatre longs mois.»

Il s’agit là d’une opération de droite visant 1) à soutenir la campagne électorale des démocrates, 2) faire taire les critiques de gauche à l’encontre de Kavanaugh et 3) saper le droit démocratique à la présomption d’innocence – un droit essentiel pour les opprimés, notamment les immigrants et les millions de personnes pauvres qui languissent dans les prisons aux États-Unis.

(Article paru en anglais le 25 septembre 2018)