Hal: Un documentaire sur le cinéaste américain Hal Ashby (The Last Detail, Shampoo, Coming Home)

Par David Walsh
29 septembre 2018

Réalisé par Amy Scott

Hal Ashby (1929-1988) était un réalisateur américain, généralement sous-estimé ou méconnu aujourd'hui, responsable d'un certain nombre d'œuvres de valeur ou, dans certains cas, provocatrices, dans les années 1970. Ses réalisations comprennent: The Landlord (Le propriétaire, 1970), Harold and Maude (Harold et Maude, 1971), The Last Detail (La dernière corvée, 1973), Shampoo (1975), Bound for Glory (En route pour la gloire, 1976), Coming Home (Le retour, 1978) et Being There (Bienvenue Mister Chance, 1979).

Hal est un nouveau documentaire, réalisé par Amy Scott, sur sa vie et son œuvre.

Ashby a connu une explosion de créativité et de critique sociale sous l'influence de la radicalisation populaire générale à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

Cette radicalisation, telle qu'elle s'est exprimée dans l'industrie cinématographique américaine, a permis à cette dernière de réaliser des films comme Bonnie et Clyde et Night Moves d’Arthur Penn, McCabe & Mrs Miller, The Long Goodbye et Thieves Like Us de Robert Altman; The Conversation, The Godfather et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola; Faces et Husbands de John Cassavetes, The Deer Hunter et Heaven's Gate de Michael Cimino, et Chinatown de Roman Polanski, entre autres.

Scott, dans son premier long métrage, examine la vie d'Ashby dans Hal à travers des interviews (Norman Jewison, Haskell Wexler, Cat Stevens, Lee Grant, Jon Voight, Louis Gossett Jr. et Jeff Bridges, ainsi que des réalisateurs contemporains, influencés par Ashby, comme Alexander Payne et David O. Russell) et des extraits de ses films. Il y apparaît comme un personnage généralement agréable et séduisant.

Hal Ashby dans le documentaire Hal

Ashby, d'une famille mormone, a abandonné l'école secondaire et s'est rendu à Hollywood, où il a finalement trouvé un emploi comme monteur de films. Selon ses contemporains, il était «obsédé» par son travail de montage. Sur un film, dit un collègue, il n'a pas semblé avoir quitté le studio pendant sept mois.

Il a été rédacteur en chef adjoint des films Friendly Persuasion (1956), The Big Country (1958) et The Children's Hour (1961) de William Wyler, The Diary of Anne Frank et The Greatest Story Ever Told (1965) de George Stevens et The Best Man (1964) de Franklin J. Schaffner, avant de monter The Loved One (1965) de Tony Richardson et plusieurs films de Norman Jewison, dont The Cincinnati Kid (1965), The Russians are Coming! (1966), In the Heat of the Night (1967) et The Thomas Crown Affair (1968).

Le film de Scott révèle qu'Ashby était une figure fermement anti-establishment, quelqu'un qui méprisait l'autorité, y compris ses patrons de studio, avec qui il a eu de nombreuses disputes.

Son œuvre la plus durable, à mon avis, demeure The Last Detail, l'une des visions les plus dures et les plus réalistes de l'armée américaine. Ashby s'est fermement opposé à la guerre du Vietnam, et son attitude généralement hostile envers l'armée apparaît dans ce drame au sujet de deux «soldats à vie», cyniques et endurcis, Buddusky (Jack Nicholson) et Mulhall (Otis Young), obligés d'escorter un jeune marin condamné à 8 ans de prison, pour avoir volé 40 dollars à un officier supérieur qui étaient destinés à son œuvre de bienfaisance préférée. Cette étude de «l'injustice militaire», selon Nicholson, est aussi l'une des plus belles performances de l'acteur.

Jack Nicholson et Randy Quaid dans The Last Detail (1973)

Dans une critique du récent film Last Flag Flying de Richard Linklater, une sorte de copie séquence par séquence de The Last Detail (les deux films sont basés sur des romans de Darryl Ponicsan), nous avons noté qu’«Il faut reconnaître, malheureusement, que The Last Detail d'Ashby avait un air et une saveur anti-militaires plus forts [que le film de Linklater]. Au moins implicitement et par les sentiments qu'il a générés, le conflit entre Buddusky, le plébéien intransigeant (la période la plus mordante et radicale de Nicholson) et le commandement naval était un conflit social, essentiellement un conflit de classes. Buddusky et Mulhall étaient des mercenaires envoyés pour faire le sale boulot que les pouvoirs en place leur avaient sous-traité, et ils le haïssaient et, dans une certaine mesure, se haïssaient pour l'avoir fait. Cette froideur et cette amertume, cette autorécrimination, malgré les moments amusants de l'œuvre, dominait largement l'écran. (The Last Detail n'était pas, comme un observateur l'a noté, un film qui vous donnerait envie de vous enrôler.)»

Mais il y a d'autres films d'Ashby à voir. The Landlord, qui serait inadmissible en cette période où la politique raciale règne en maître, suit un jeune homme blanc riche, Elgar Enders (joué par Beau Bridges), qui achète un appartement à Brooklyn à des fins égoïstes. Par la suite, il se lie d'amitié avec une de ses locataires noires, Fanny (l'électrisante Diana Sands, membre de la distribution originale de A Raisin in the Sun, qui est décédée tragiquement à 39 ans en 1973). Elle lui apprend la vie.

Harold and Maude est un film excentrique qui raconte une histoire d'amour entre un jeune homme (Bud Cort) et une femme de 79 ans (Ruth Gordon), qui se rencontrent d'abord parce qu'ils partagent le même passe-temps d'assister à des funérailles. Il y a de nombreux moments amusants, et Gordon est à son plus flamboyant dans son excentricité, mais l'attrait de Harold and Maude comme film «culte» témoigne de son caractère quelque peu forcé et tourné vers lui-même.

Shampoo a été un succès commercial, coécrit par Warren Beatty et mettant en vedette l'acteur – peut-être trop en évidence – en tant que coiffeur réputé de Beverly Hills. Le film se veut une satire sur les pratiques commerciales, la politique et la sexualité de l'époque de Richard Nixon. Jack Warden, Lee Grant et Julie Christie sont particulièrement mémorables dans le film. Bound for Glory est une biographie bien intentionnée du chanteur folk de gauche Woody Guthrie (David Carradine), qui, cependant, dilue la politique de l'époque de la Dépression.

Jane Fonda et Bruce Dern dans Coming Home (1978)

Le film primé et résolument antiguerre Coming Home (avec un scénario coécrit par Waldo Salt, anciennement sur la liste noire) est centré sur une femme de militaire conservatrice (Jane Fonda) dont le mari (Bruce Dern) est envoyé au Vietnam en 1968. En tant que bénévole dans un hôpital pour anciens combattants, elle rencontre un ancien combattant paralysé du Vietnam (Jon Voight), qui est devenu un adversaire déterminé de la guerre, et tombe en amour avec lui. Being There, avec Peter Sellers dans le rôle principal, est, entre autres choses, une satire brutale des médias et du vide de la culture émergente du vedettariat.

Ashby, qu'on entend dans le documentaire de Scott affirmer que «la classe supérieure est hypocrite... c’est ce que je ressens fondamentalement, s'est heurté à un mur de briques dans les États-Unis de Reagan durant les années 1980. Son inspiration artistique faiblissait et ses problèmes avec les dirigeants de studios s'aggravaient. Jeff Bridges note que le producteur du dernier grand effort d'Ashby, 8 Million Ways to Die (1986), a essentiellement «kidnappé» le film et congédié Ashby, justifiant le geste par la consommation de drogue du réalisateur.

Hal Ashby

«Je ne sais pas comment aborder les gens qui mentent», dit Ashby dans l’un de ses derniers commentaires cités dans le film de Scott. Il est décédé d'un cancer du pancréas en décembre 1988.

Scott écrit: «Au-delà de tous les moments d'amour et de compassion humaine dans les films de Hal, ce qui me frappe encore, c'est son refus de compromettre sa vision et son sens des responsabilités pour promouvoir la justice sociale. Il a réalisé des films extrêmement visionnaires qui remettent en question les stéréotypes raciaux et l’embourgeoisement; examinent l'autorité militaire; célèbrent l'amour sans couleur, âge ou race; explorent la politique sexuelle pendant une période de crise nationale; défendent un chanteur folk socialiste; illuminent le sort des vétérans et le coût des guerres; et révèlent le côté sombre du contrôle de la politique américaine par les grandes sociétés.»

Les films d'Ashby valent la peine d'être revisités, car ils sont le produit de l'une des figures les plus talentueuses et les plus antiétatiques de l'industrie cinématographique américaine des années 1970.

(Article paru en anglais le 18 septembre 2018)