Le gouvernement allemand accepte de livrer des armes à l'Arabie saoudite en guerre au Yémen

Par Sven Heymann
29 septembre 2018

Le Conseil fédéral de sécurité allemand (BSR) a récemment autorisé d'importantes livraisons d'armement vers l'Arabie saoudite et d'autres États du Golfe. Ceci a été confirmé dans une lettre du ministre de l'Économie Peter Altmaier (Union chrétienne-démocrate, CDU) à la Commission parlementaire des Affaires économiques.

Le BSR est un sous-comité du cabinet fédéral, qui comprend la chancelière Angela Merkel et huit autres ministres. Ses réunions sont secrètes, de sorte qu'en général rien ne transpire dans le domaine public. La décision prise lors de sa récente session signifie que l'Allemagne alimente directement la guerre brutale au Yémen, menée par une coalition dirigée par l'Arabie saoudite.

Selon les médias, le BSR aurait accepté de livrer à l'Arabie saoudite quatre systèmes radars de reconnaissance pour pièces d'artillerie. Ces systèmes de détection sont montés sur véhicule et conçus pour déterminer la source exacte du tir ennemi. Ils permettent ainsi des contre-attaques précises, comme l'explique la Deutsche Welle.

Les Émirats arabes unis (EAU), l'un des États clés dans la guerre contre le Yémen, pourront également recevoir à l'avenir des armes allemandes. Plus précisément, le BSR a donné le feu vert pour la livraison de 48 ogives et 91 missiles guidés pour des systèmes antiaériens installés sur des navires.

Parmi les autres destinataires d'armes de fabrication allemande figurent des régimes réactionnaires similaires tels que la Jordanie et le Qatar. Le Qatar attend avec impatience la fourniture de 170 ogives et moteurs allemands pour les missiles air-air «Meteor». Avec la permission du gouvernement, la société Dynamite Nobel va maintenant livrer 385 armes portables antichars en Jordanie.

Le BSR a également approuvé les ventes au régime militaire du général Abdel Fatah al-Sisi en Égypte. Sept systèmes de défense aérienne de Diehl Defence pourront être livrés. Ils seraient équipés du missile «IRIS-T SLM», l'un des missiles à courte portée les plus modernes au monde, équipé d'un système de détection infrarouge. Les avions de chasse dotés de ces missiles pourront abattre des cibles de côté (au lieu de l’arrière), ce qui réduit considérablement l'angle mort du pilote.

L'octroi d'importantes autorisations de livraison d'armes modernes aux régimes réactionnaires du Moyen-Orient signifie que le gouvernement allemand poursuit sa politique d'exportation d'armes vers la coalition dirigée par les Saoudiens, se rendant ainsi complice de l'un des plus graves crimes de guerre des dernières années.

Le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, a récemment déclaré que le Yémen serait confronté à une «grande famine» si la guerre dans la péninsule arabique n'était pas immédiatement interrompue. Aujourd'hui encore, sur les 18 millions d'habitants du Yémen, les deux tiers ne savent pas comment ils pourront obtenir leur prochain repas. Cette famine est causée par le blocus et les batailles pour la ville portuaire d'Hodeïda, qui est le seul point de débarquement du pays pour les secours. Selon les chiffres de l'ONU, au moins 10.000 personnes sont déjà mortes dans la guerre civile, qui dure depuis 2014.

L'industrie d’armement allemande bénéficie de cette politique de guerre depuis des années. La décision du BSR démontre clairement que l’inclusion dans l’accord de la grande coalition avec la CDU/CSU, sur l’insistance du Parti social-démocrate (SPD), d’une interdiction d'envoyer des armes aux États participant à la guerre au Yémen, ne vaut rien. Elle n'a servi qu'à prêter une mince couverture humanitaire à la militarisation massive de la politique étrangère allemande.

Déjà lors de la dernière législature, la Grande Coalition avait autorisé l'exportation d'armes et de matériel de guerre d'une valeur d'environ 1,3 milliard d'euros vers l'Arabie saoudite et ses alliés dans la guerre au Yémen.

Pour la Grande Coalition, fournir des armes pour alimenter la guerre au Yémen n'est pas seulement une question d’assurer et d'augmenter les profits des entreprises d’armement allemandes. Plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la poursuite des livraisons d'armes au Moyen-Orient et dans la péninsule arabique fait partie des plans stratégiques de la classe dirigeante allemande, qui veut poursuivre ses objectifs géopolitiques par des moyens militaires. Les expéditions d'armes constituent la première étape pour amorcer et justifier une participation future à des opérations militaires de combat, y compris des guerres majeures.

Rien ne saurait mieux illustrer ce lien que la visite de la ministre de la Défense Ursula von der Leyen en Irak le week-end dernier. Von der Leyen y a rencontré des membres du contingent militaire allemand Counter Daesh/Capacity Building Iraq. Depuis le mois de mars, les contingents allemands jusqu'alors séparés en Irak et en Jordanie travaillent ensemble sous ce nom. À Erbil, dans le nord de l'Irak, von der Leyen a ensuite visité un site de la Peshmerga kurde et le camp multinational Stephan. Dans le nord du pays, 100 soldats allemands sont actuellement stationnés dans le cadre d'une mission d'entraînement pour les Peshmerga.

En Irak aussi, l'engagement militaire de l'Allemagne a commencé par la livraison d'armes, avant que les attentats terroristes de Paris en novembre 2015 ne servent de prétexte à l'intervention de la Luftwaffe (armée de l'air). Comme l’a écrit le SWS à l'occasion du nouveau mandat militaire en mars, la fusion des missions en Irak et en Jordanie sert à «former l'armée irakienne en tant qu'armée mandataire et laquais des intérêts impérialistes».

Avec le déploiement de soldats allemands, Berlin poursuit un autre objectif: «La mission contribue également à jeter les bases du retour des personnes déplacées et des réfugiés», écrivent la CDU/CSU et le SPD dans le projet de mandat. Alors que la Grande Coalition étend massivement sa zone d'intérêt au Moyen-Orient, elle se prépare simultanément à expulser des milliers de réfugiés vers les pays où elle fournit encore des munitions.

(Article paru en anglais le 28 septembre 2018)