Les pseudo-marxistes au sein de Québec solidaire se taisent sur son offre à la CAQ

Par Louis Girard
29 septembre 2018

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire, a récemment déclaré que son parti était prêt à appuyer un gouvernement non seulement du Parti québécois – un parti de la grande entreprise à qui il a déjà offert son soutien par le passé – mais aussi de la Coalition Avenir Québec, avec une réforme du mode de scrutin comme seule condition.

Le World Socialist Web Site a été le seul à expliquer la signification politique de cette déclaration, faite à l’ouverture de la campagne pour l’élection provinciale du 1er octobre au Québec. «Le fait que QS soit maintenant prêt à marchander avec les populistes de droite de la CAQ», écrivions-nous, «illustre la rapidité avec laquelle ce parti de la pseudo-gauche, basé sur les classes moyennes aisées, se tourne vers la droite dans ses efforts pour prouver à l’élite dirigeante qu’il ne pose aucun danger à l’ordre existant.»

Tous les groupes pseudo-marxistes (Gauche socialiste, La riposte socialiste, International Socialists, Alternative socialiste) qui se sont intégrés au sein de Québec solidaire pour le couvrir d'un vernis «de gauche», «socialiste» ou même «trotskyste», sont restés muets sur la question. Ils ne sont nullement perturbés par le fait que l’offre de QS s’adresse à un parti ultra-droitier qui réclame plus de privatisations, plus de baisses d’impôts pour les riches et plus de coupes dans les services publics, tout en attisant le chauvinisme anti-immigrants.

La CAQ a placé au coeur de sa campagne électorale l’engagement d'expulser tout immigrant qui, trois ans après avoir été accepté comme résident du Québec, échouerait un test de français et de «valeurs québécoises». Cela n’a pas empêché Manon Massé, en plein débat télévisé, de déclarer au chef de la CAQ, François Legault: «Je vous crois quand vous dites que vous n’avez rien contre les immigrants».

Quelques jours après que la dirigeante de QS ait protégé le chef de la CAQ des accusations méritées de xénophobie auxquelles il faisait face, ce dernier a montré à quel point il n’avait «rien contre les immigrants». À une «électrice» qui lui demandait s’il allait «se battre pour nous» face aux «immigrants» qui «nous effacent», Legault a aussitôt répondu: «Bien oui!», ajoutant que «c’est une question de protéger ce qu’on est comme Québécois».

Partout les populistes de droite, comme la CAQ au Québec, cherchent à blâmer les réfugiés et les immigrants pour la catastrophe sociale causée par le capitalisme et à mobiliser ainsi des couches arriérées de la petite-bourgeoisie contre la classe ouvrière, avec le plein soutien de la grande entreprise et de l’État capitaliste. Si Québec solidaire est prêt aujourd’hui à flirter politiquement avec de telles forces, c’est la logique de son adaptation de longue date à un chauvinisme québécois en pleine croissance depuis plus d’une décennie.

Lorsque l’élite dirigeante a visé les immigrants avec une campagne virulente contre les «accommodements» accordés aux minorités religieuses et culturelles, QS a déclaré que c’était un «débat légitime». Et lorsqu’un gouvernement péquiste minoritaire, cherchant à détourner l’attention de ses profondes coupes sociales, a introduit en 2013 une «Charte des valeurs québécoises» qui aurait interdit aux employés de l’État le port du voile islamique et d’autres signes religieux ostentatoires (mais pas la croix chrétienne jugée discrète), QS n’a pas dénoncé cette attaque flagrante sur les droits démocratiques et sur la communauté musulmane en particulier: il a seulement regretté que le PQ soit allé aussi loin.

Ce n’est pas surprenant non plus que les groupes pseudo-marxistes gardent un silence complice sur la main tendue de QS à la CAQ. Ils ont tous participé à la fondation de Québec solidaire en 2006 et servent depuis à couvrir le rôle central de Québec solidaire, qui est de raviver le projet réactionnaire de l'indépendance du Québec (c’est-à-dire la formation d’une république capitaliste du Québec) que défend une section de la classe dirigeante québécoise. Celle-ci y voit un moyen plus adapté pour faire valoir ses propres intérêts, y compris en menant un assaut accru sur les travailleurs afin d’améliorer la position des entreprises québécoises sur la scène mondiale et en divisant la classe ouvrière sur des lignes ethniques et linguistiques.

Tandis que le capitalisme entre dans une profonde crise qui suscite de plus en plus d'opposition parmi la classe ouvrière internationale, des forces similaires à QS, ancrées dans le nationalisme et hostiles aux travailleurs, serrent les coudes avec des partis anti-immigrants et d'extrême-droite.

En Allemagne, Sara Wagenknecht, dirigeante du parti de la pseudo-gauche Die Linke, a lancé le mouvement «Aufstehen» («Debout!»), qui prône le renforcement militaire de l'Union européenne et l'hostilité envers les réfugiés. Die Linke dénonce l' «incertitude» que créerait les réfugiés et voit dans «la libre circulation et l'immigration la principale source de concurrence accrue pour les emplois faiblement rémunérés». Un haut responsable de La France insoumise (LFI), que dirige l'ex-ministre du Parti socialiste Jean-Luc Mélenchon, a appuyé l'initiative xénophobe de Wagenknecht. Mélenchon avait été invité au dernier congrès de QS.

En Espagne, de hauts dirigeants de PODEMOS ont salué une initiative – le Décret Dignité – du gouvernement italien le plus à droite depuis le renversement de Mussolini, une coalition dans laquelle la Ligue du Nord néofasciste de Matteo Salvini joue un rôle de premier plan. Silencieux sur les mesures d'austérité, l'intervention militaire en Libye et les attaques contre les réfugiés que mènent ce gouvernement, les dirigeants de PODEMOS ont salué le décret comme un «tournant dans la politique sociale mise en place en Italie depuis l'éruption du néo-libéralisme».

Dès qu'il a pris le pouvoir en 2015 sur la base d’appels anti-austérité, SYRIZA, le parti grec de la «gauche radicale», a fait une alliance avec les Grecs indépendants, un parti nationaliste de droite ayant des liens avec l’armée grecque. SYRIZA a vite renié ses promesses et imposé des coupes sociales encore plus drastiques que ses prédécesseurs, tout en étant à l’avant-plan des attaques de l’Union Européenne contre les réfugiés.

Die Linke, LFI, PODEMOS et SYRIZA sont tous considérés par QS comme des «modèles» et des «alliés».

Le silence des groupes pseudo-marxistes sur l'offre de collaboration de Québec solidaire avec la CAQ constitue un sérieux avertissement pour la classe ouvrière. Malgré leur verbiage «révolutionnaire», ces forces sont vivement opposées à la construction d'un mouvement socialiste parmi les travailleurs et se préparent à jouer un rôle plus direct dans l’imposition de nouvelles attaques anti-ouvrières.