Un maire du Parti de gauche allemand ordonne la déportation de réfugiés

Par Markus Salzmann
1 octobre 2018

Le maire de Francfort sur l’Oder en Allemagne, René Wilke du Parti de gauche, a lancé un ordre d’expulsion contre sept réfugiés en provenance de Syrie, du Pakistan et des territoires palestiniens.

Le prétexte de Wilke est une rixe à la fin août dans la discothèque Le Frosch de la ville impliquant des réfugiés de Syrie. Il utilise ce cas pour inciter la xénophobie et pour contourner la réglementation en vigueur qui interdit la déportation de Syriens vers leur patrie en raison de la guerre qui fait rage dans le pays. Son action est une autre démonstration de l’adoption par le Parti de gauche de la politique d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Elle a lieu quelques jours seulement après que les néo-nazis ont saccagé les villes de Chemnitz, Köthen et Dortmund, encouragés par le mesures anti-immigration du gouvernement de la grande coalition et de son ministre de l’intérieur, Horst Seehofer. Commentant la position du Parti de gauche à Francfort-Oder, le président de l’AfD dans l’État de Brandebourg, Andreas Kalbitz, qui est à l’extrême droite du parti, a déclaré : « Nous nous sentons confortés dans nos revendications. »

Des représentants du gouvernement du Brandebourg, une coalition du Parti social-démocrate (SPD) et du Parti de gauche, y compris le premier ministre Dietmar Woitke et le ministre de l’Intérieur Karl-Heinz Schröter, ont tenu à exprimer leur soutien à Wilke, des membres du Parti vert l’ont également fait.

Wilke est considéré dans le Parti de gauche et sa périphérie comme un jeune atypique, une

« étoile filante ». Il fait tout son possible pour porter le blâme de l’incident pas encore claire dans le club de Francfort-Oder aux « réfugiés violents ».

Les « méfaits graves » des auteurs présumés nuisent aux réfugiés et aux efforts des citoyens de la ville pour leur proposer de l’aide et de l’hospitalité, a dit Wilke. « D’autre part, » a-t-il ajouté,

« nous voulons montrer l’exemple et utiliser pleinement le cadre juridique. La haine et la violence, peu importe de qui, n’a pas sa place dans notre ville. »

Ses déclarations sont sans rapport avec ce qui est connu de l’incident dans la discothèque. Jusqu’à présent, il n’a été rapporté que le fait qu’il y a eu une rixe dans la discothèque entre un client et deux Syriens. Ces derniers auraient appelé une douzaine d’amis à venir au club, qui a été endommagé dans la mêlée qui a suivie.

De tels incidents violents chez les jeunes ne sont pas rares dans ces clubs. Ce qui a causé exactement le différend reste inconnu.

Mais pour le responsable du Parti de gauche Wilke, les coupables sont déjà identifiés. Il n’attend pas la fin de l’enquête et le lancement d’une procédure judiciaire. Il ignore des principes juridiques de base.

Il s’est déjà mis d’accord pour « engager le processus administratif d’expulsion de la République fédérale d’Allemagne » avec la police, le procureur et le ministère de l’intérieur à Potsdam. Un passage introduit dans à la Loi de résidence de 2016 qui, jusqu’à présent n’a été utilisé que dans des situations exceptionnelles telles qu’une « menace terroriste ». Selon cette loi, un étranger peut être expulsé « si son séjour nuit à la sécurité et l’ordre public ou d’autres intérêts importants de la République fédérale d’Allemagne « (§ 55 du Code discrétionnaire).

Wilke a affirmé sur une radio locale allemande que les jeunes hommes qui ont été impliqués dans l’incident étaient coupables de beaucoup plus de crimes, mais n’en a donné aucune preuve. « Les interrogatoires ont révélé une absence totale d’aveux qu’ils aient fait quoi que ce soit de mal. Rien du tout ! » Dit Wilke. « Ils ont dit que ce qu’ils ont fait était correct et qu’ils le feraient encore. »

Il aurait apparemment reçu des informations des autorités chargées de l’enquête. En réponse à une question, il a écrit à la station de radio : « Il y a eu une coopération et une coordination étroite entre la ville et les autorités de régulation et de sécurité en relation avec les événements des dernières semaines. »

La radio a déclaré que Wilke n’a pas été autorisé à examiner les dossiers d’enquête. Il a néanmoins rendu publique le contenu des enquêtes préliminaires. Thomas Bode, avocat à l’Université Viadrina à Francfort-Oder, soutient que cela constitue une violation de la protection des données. De telles informations ne devraient être rendues publiques et ne devrait pas être transmises à des tiers, a déclaré Bode.

Le radiodiffuseur soupçonne un effort délibéré pour alimenter le racisme contre les réfugiés. « Le maire René Wilke a-t-il été correctement cité en parlant de « Syriens indisciplinés ? » Si c’est le cas, le politicien du Parti de gauche aurait pu tirer des conclusions sur un groupe entier en s’appuyant sur le comportement d’une seule personne. De telles hypothèses sont souvent formulées en ce qui concerne les groupes à l’autre bout du spectre politique. »

Au tabloïd BZ, Wilke a fait des déclarations gonflant l’incident de la discothèque Le Frosch, affirmant : « Je ne veux pas attendre jusqu’à ce qu’il y ait des morts. » Il a réitéré ses propos au magazine Cicero et plus précisément a appelé à l’expulsion des Syriens, qui bénéficient d’un statut de protection. Il s’est plaint des « obstacles majeurs » de la loi de l’immigration.

« Les principaux coupables sont de Syrie », a-t-il dit, « un pays actuellement considéré comme problématique. Par conséquent, ils ne peuvent pas être expulsés pour le moment. Mais je veux prendre une décision maintenant, afin que nous puissions aller de l’avant lorsque la classification changera. »

Pour pouvoir expulser « rapidement », M. Wilke exige un renforcement supplémentaire des forces de l’État. « Le pouvoir judiciaire et la police ont un besoin urgent de matériel adéquat », a-t-il déclaré. « L’état de droit doit pouvoir agir rapidement à tout moment ».

Il a exprimé son mépris pour la procédure légale et exigé l’établissement de camps. Il doit y avoir quelque chose « entre un danger potentiel et une incarcération », a-t-il déclaré. Par exemple, les « centres de traumatologie » dans lesquels il est clair que « les personnes dangereuses ne sont pas autorisées à circuler librement jusqu’à ce que quelque chose de pire se produise. »

Wilke a adhéré au précurseur du Parti de gauche, le Parti du socialisme démocratique, à l’âge de 16 ans. En 2014, il est entré au parlement de Brandebourg et a occupé plusieurs postes au sein du groupe parlementaire. Il a été parrainé par l’ancien dirigeant du Parti de gauche, Gregor Gysi, qui a encouragé Wilke à devenir maire lors des élections de 2017 à Frankfurt-Oder. Il a rejoint la liste « Francfort s’améliore », une alliance du Parti de la gauche, des Verts et de personnalités non alignées.

En mai de cette année, il fut investi en tant que maire. Francfort-sur-l’Oder est ainsi la première ville du Brandebourg et la plus grande ville d’Allemagne avec un maire du Parti de gauche.

Wilke n’est pas le seul membre de premier plan du Parti de gauche à s’acharner contre les réfugiés à la manière de l’AfD et, de toute évidence, à publier des dossiers de police secrets pour poursuivre une campagne xénophobe.

L’ancien représentant d’Osnabrück AfD, Tanja Bojani, a récemment clairement établi un parallèle entre le programme politique du Parti de gauche et celui d’extrême droite. Elle a rejoint le groupe du Parti de gauche après avoir démissionné de l’AfD.

La coopération entre le Parti de gauche et les forces d’extrême droite est déjà un fait dans plusieurs municipalités d’Allemagne de l’Est. L’État de Thuringe, dirigé par le dirigeant du Parti de gauche, Bodo Ramelow, a été à l’avant-garde en ce qui concerne les déportations.

Le mouvement Aufstehen (Debout) récemment lancé par la dirigeante du groupe parlementaire du Parti de gauche, Sarah Wagenknecht, et Oskar Lafontaine, amis de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise en France, ont également recours au programme réactionnaire du nationalisme, dirigé contre les étrangers et les réfugiés. Ce n’est pas un hasard si l’initiative de Wagenknecht a été saluée par le président de l’AfD, Alexander Gauland.

Dans des conditions où de plus en plus de personnes protestent contre l’AfD et les marches néo-nazies, le Parti de gauche se tourne ouvertement vers les politiques nationalistes d’extrême droite.

(Article paru en anglais le 29 septembre 2018)