Manifestation du 2 octobre aux Pays-Bas

La lutte contre les coupes dans le secteur public a besoin d’une perspective socialiste

Par Le comité de rédaction européen du WSWS
3 octobre 2018

Cette déclaration est distribuée par les partisans du World Socialist Web Site lors de la manifestation le 2 octobre dans la capitale néerlandaise, La Haye.

Le World Socialist Web Site soutient la marche d’aujourd’hui à La Haye, à laquelle participeront des milliers de personnes employées dans le secteur public, la santé et l’éducation. La manifestation s’inscrit dans une lutte pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail et contre les années de compressions qui ont profité aux entreprises et aux riches.

La manifestation fait partie de l’opposition croissante à de telles attaques partout dans le monde. Depuis le début de l’année, des dizaines de milliers d’enseignants dans de différents États ont fait grève aux États-Unis. Le 15 août, près de 30 000 enseignants en Nouvelle-Zélande ont tenu leur première grève nationale depuis 1994. D’autres grèves des enseignants, impliquant parfois plusieurs centaines de milliers de participants, ont eu lieu au Mexique, en Argentine, au Bangladesh et en Inde.

La résistance se développe également dans d’autres sections de la classe ouvrière. Vendredi dernier, les personnels de cabine et les pilotes se sont mis en grève dans six pays européens contre la politique de bas salaires de Ryanair. Au premier semestre de l’année, il y a eu des grèves de travailleurs de la métallurgie en Allemagne, des cheminots en France, des chargés de cours universitaires en Grande-Bretagne et des travailleurs d’Amazon en Allemagne, en Espagne et en Pologne.

Depuis le début de l’année aux Pays-Bas, les grèves sont au plus haut niveau depuis 1989. La plupart de ceux qui se mobilisent sont les enseignants des écoles primaires qui ont débrayé à plusieurs reprises par milliers contre de minables salaires et contre la montée des pressions de travail.

Rompons avec les syndicats et créons des comités d’action indépendants !

Il y a un énorme fossé entre les travailleurs et les organisations et syndicats qui organisent la manifestation d’aujourd’hui. Alors que les travailleurs sont déterminés à lutter pour une amélioration de leurs salaires et de leur niveau de vie, les syndicats vendent ces luttes et les dirigent vers une impasse nationaliste.

Un appel commun d’une alliance de 22 organisations et syndicats proclame : « Nous appelons conjointement le cabinet à choisir la police, la défense, les soins de santé et l’éducation au lieu d’investisseurs étrangers ». Parmi les différents groupes concernés sont les différentes initiatives in Actie, l’alliance syndicale social-démocrate FNV, le syndicat de l’armée ODB et le syndicat de la police Malieveld 2.0.

Les affirmations des syndicats selon lesquelles le gouvernement libéral-conservateur du Premier ministre Mark Rutte (VVD) peut, sous pression, changer de politique par des manifestations sont fondamentalement fausses. La suppression par le gouvernement de l’impôt sur les dividendes pour les institutions financières et les grandes entreprises, tout en augmentant les taxes à la consommation sur les médicaments et la nourriture, montre que la classe dirigeante à l’intention d’imposer de force sa politique pro-grandes entreprises au détriment des travailleurs.

Les Pays-Bas sont l’un des pays les plus inégalitaires d’Europe occidentale. Il y a 112 000 millionnaires parmi les 4,8 millions de ménages hollandais contenant deux personnes ou plus. Les 10 % les plus riches de la population contrôlent 68 % de la richesse, soit 726 milliards d’euros, tandis que les 10 % les plus pauvres ont des dettes de 65 milliards d’euros. Plus d’un million de personnes vivent officiellement dans la pauvreté aux Pays-Bas. Les salaires réels stagnent ou baissent.

Les syndicats ne s’opposent pas à ce processus mais en son les pionniers. Toutes les coupes sociales, les coupes dans les emplois et les contrats de travail pourris au cours de la dernière décennie ont été organisés avec leur aide. Par exemple, la nouvelle convention collective des enseignants du primaire prévoit une augmentation insultante de 2,5 % et un paiement unique de 750 euros, ce qui équivaut à une perte de salaire réel. Les syndicats ont ignoré les revendications des enseignants du primaire pour une augmentation de salaire pouvant atteindre 30 % et une amélioration des conditions de travail.

Le nouveau contrat a également révélé la nature des initiatives in Actie. Elles ont aidé à négocier le contrat pourri et à le célébrer comme un succès. Après que le sale boulot a été fait, les dirigeants de PO in Actie, Thijs Roovers et Jan van de Ven, ont annoncé leur démission le 1ᵉʳ Octobre. Ni l’un ni l’autre ne représente les intérêts des enseignants ordinaires, mais ceux des syndicats et du gouvernement. Roovers a des liens étroits avec la FNV et la Confédération des syndicats chrétiens CNV et Van de Ven est membre du parti au pouvoir D66.

Ceux qui veulent sérieusement lutter contre la dévastation sociale et pour des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail devraient former des comités d’action de base, qui soient indépendants des syndicats et des partis politiques capitalistes sur lesquels ils sont alignés. Ces comités, contrôlés démocratiquement par la base et responsables vis-à-vis d’elle, devraient nouer des contacts avec d’autres sections de la classe ouvrière aux Pays-Bas et à l’étranger et organiser des grèves, des protestations et des manifestations contre l’assaut des grandes entreprises et des banques mondiales.

Le World Socialist Web Site, la publication en ligne de la Quatrième Internationale, est publié quotidiennement en 20 langues et apporte son soutien à l’organisation de la résistance à l’échelle internationale.

Luttons pour un programme socialiste !

La lutte pour l’emploi, l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail exige une large mobilisation politique des travailleurs sur la base d’un programme socialiste révolutionnaire.

L’enrichissement d’une petite minorité alors que des millions de travailleurs et de leurs familles, manquent de quoi manger, est la preuve la plus évidente de l’échec du capitalisme. Ce n’est pas seulement le cas pour les Pays-Bas. À l’échelle mondiale, huit milliardaires possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,67 milliards de personnes. Dans le monde, huit milliardaires possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, quelque 3.67 milliards de personnes.

Le protectionnisme, le nationalisme économique et le militarisme dominent la politique mondiale. Partout, la classe dirigeante encourage les forces d’extrême droite à mener à bien sa politique de militarisme, de renforcement des pouvoirs de l’État et de réduction des avantages sociaux contre la résistance de la population.

Dans ces conditions, ceux qui prétendent que les acquis sociaux peuvent être défendus dans le cadre du capitalisme, comme les syndicats et leurs soutiens politiques, mentent. La lutte pour des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail nécessite un programme socialiste ayant pour objectif l’expropriation des banques et des entreprises et leur transformation en une propriété sociale sous contrôle démocratique.

L’affirmation du gouvernement Rutte selon laquelle il n’y a pas d’argent pour les dépenses sociales et l’éducation est un mensonge absolu. Le 18 septembre, le « Prinsjesdag », lorsque le roi a présenté au parlement le programme et le budget du gouvernement pour l’année à venir, une augmentation massive des dépenses militaires a été proposée. Le budget militaire total de 10 milliards d’euros pour 2018-2019 correspond à environ 1,3 % du produit intérieur brut (PIB). Étant donné que les Pays-Bas, comme tous les membres de l’OTAN, se sont engagés à consacrer au moins 2 % de leur PIB aux forces armées d’ici 2024, les dépenses de défense augmenteront encore de six milliards dans les années à venir.

Les travailleurs ont besoin de leur propre parti!

Partout en Europe et dans le monde, les sociaux-démocrates, les Verts et les partis officiels de « gauche » font désormais partie intégrante de la structure politique bourgeoise. Le PvdA social-démocrate s’est distingué en imposant des coupes sociales au cours des dernières années. À la suite de la crise financière internationale de 2008, le chef du parti et ministre des finances, Wouter Bos, a remis plus de 85 milliards d’euros aux banques néerlandaises. La classe ouvrière a été obligée de payer ce renflouement par une orgie de coupes.

Les sociaux-démocrates, dont le vote s’est effondré lors des dernières élections – perdant 29 de leurs 38 mandats parlementaires – ont joué un rôle actif dans cette contre-révolution sociale en tant que parti au pouvoir. Le dernier gouvernement Rutte contenait six ministres du PvdA, y compris le ministre des Finances Jeroen Dijsselbloem, qui en tant que président du Groupe Euro était responsable de l’organisation des mesures d’austérité brutales imposées à la Grèce et partout en Europe.

Alors que la classe ouvrière vire à gauche pour trouver un moyen de sortir de ce bourbier, tout l’establishment politique vire plus à droite. Cela inclut les Verts de GroenLinks, qui a eu des entretiens de coalition avec Rutte après les élections de 2017, et le Parti socialiste (SP) ex-maoïste, qui s’oriente de plus en plus à l’extrême droite nationaliste et xénophobe.

Comme dans tous les pays, la lutte contre la réaction sociale et politique requiert une chose par-dessus tout : la construction d’un nouveau parti socialiste et internationaliste de la classe ouvrière indépendant, une section du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI). Nous sommes dans la tradition de l’Opposition de gauche, qui, sous la direction de Léon Trotsky, défendait le marxisme et l’internationalisme socialiste contre les trahisons du stalinisme. 200 ans après la naissance de Karl Marx et 80 ans après la fondation de la Quatrième Internationale, le mouvement mondial trotskyste se bat que pour un programme socialiste qui unit la classe ouvrière internationale dans la lutte contre les inégalités sociales, la guerre et le capitalisme.

Nous appelons tous les travailleurs, les jeunes et les intellectuels progressistes à lire le site World Socialist Web et étudier l’histoire de la Quatrième Internationale. Mettez-vous en contact avec les sections européennes du CIQI en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France, et engagez-vous dans la lutte pour construire un Parti de l’égalité socialiste aux Pays-Bas !

Écrire à :

sgp@gleichheit.de

sep@socialequality.org.uk

(Article paru en anglais le 2 octobre 2018)