Un groupe néo-nazi allemand arrêté après l’émeute d'extrême droite de Chemnitz

Par Johannes Stern
4 octobre 2018

Les procureurs des Lands allemands de Saxe et de Bavière ont ordonné lundi l'arrestation de sept personnes soupçonnées d’avoir formé une organisation terroriste de droite. Une enquête policière a révélé que ces hommes, âgés de 20 à 30 ans, auraient fondé, avec Christian K., arrêté le 14 septembre à Chemnitz, le groupe « Revolution Chemnitz ». Outre des attaques contre les étrangers et les adversaires politiques, ils envisageaient de lancer une opération armée le 3 octobre, jour de l'Unité allemande, et un soulèvement d'extrême droite.

La porte-parole du procureur, Frauke Köhler, a déclaré que les communications des extrémistes de droite avaient confirmé «leur union pour mener non seulement des attaques violentes et des attaques armées contre des étrangers, mais encore contre des opposants politiques en particulier». Ces communications avaient aussi montré que «les accusés s’occupaient déjà de manière intensive à obtenir des armes à feu [et] procédaient selon un plan élaboré».

On savait donc que «l'attaque du Schlossteichinsel [à Chemnitz] le 14 septembre avait été un essai pour une action prévue pour le 3 octobre.» Le bureau du procureur ne serait pas encore averti de ce que les extrémistes de droite prévoyait de faire le 3 octobre, mais les enquêtes étaient toujours en cours. Les accusés «faisaient partie du milieu des hooligans du football, du milieu néonazi et du milieu skinhead en Saxe» et se considéraient «comme des personnalités de premier plan du milieu d'extrême droite en Saxe».

Après un rassemblement du mouvement extrémiste de droite Pro Chemnitz le 14 septembre, une milice citoyenne autoproclamée avait attaqué des immigrants et des individus de gauche avec des bouteilles en verre, des coups de poing américains et un tazer électrique, blessant à la tête un Iranien de 26 ans.

Des appels téléphoniques interceptés et les chronologies de ‘chats’ indiquent ce que le groupe avait prévu de faire le 3 octobre.

Selon le magazine Der Spiegel, les extrémistes de droite échangeaient leurs points de vue au sein d'un groupe sur Telegram appelé « planification d'une révolution », où ils se vantaient d'une « transformation » violente « du système ». Pour atteindre cet objectif, « seules les personnes prêtes à commettre des actes de violence » devaient être recrutées. Ils auraient aussi apparemment cherché à se procurer des armes semi-automatiques. Selon Der Spiegel, les néo-nazis avaient déclaré sur le chat que l'action du 3 octobre représenterait un « tournant » dans l'histoire allemande.

Le fait que le groupe terroriste préparait une opération majeure se montrait selon le quotidien Süddeutsche Zeitung dans son « désir d'accomplir plus que le NSU (Nationalsozialistischer Untergrund), le groupe terroriste le plus dangereux de l'histoire de la République fédérale ». Les membres de «Revolution Chemnitz» auraient «discuté non seulement de répandre l’effroi et la terreur comme les criminels du NSU, Uwe Mundlos, Uwe Böhnhardt et Beate Tzschäpe, mais de transformer la société dans son ensemble. Ils ont dit que le NSU n'était qu'un groupe d'amateurs, de novices complets ».

Des représentants du gouvernement fédéral et du Land de Saxe ont exprimé hypocritement leur horreur et ont même tenté de se présenter comme les leaders d'une lutte contre l'extrême droite. «Le terrorisme de droite constitue une menace réelle et majeure. Les hooligans, les néonazis et les skinheads s’unissent au sein de groupes dangereux pour semer la peur et la haine par des actes de violence », a déclaré la ministre de la Justice du SPD (Parti social-démocrate), Katarina Barley.

Le chef du SPD en Saxe et vice ministre-président des Affaires étrangères, Martin Dulig, a déclaré: « L’État doit agir rapidement et de manière décisive face aux menaces terroristes. » La réaction rapide à Chemnitz avait montré que l'État de droit en Saxe et au niveau fédéral fonctionnait, a ajouté Dulig.

«C'est la concrétisation de notre principe de tolérance zéro à l'égard des extrémistes et des radicaux de droite. Et c'est pourquoi il est normal que le pouvoir judiciaire et la police interviennent de manière décisive dans cette affaire,» s'est vanté le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer (Union sociale chrétienne, CSU).

De qui Seehofer se moque-il? Le dirigeant de la CSU incarne, plus que quiconque, les politiques de droite et anti-réfugiés du gouvernement fédéral qui encouragent l'extrême droite et l'incitent à planifier des actes terroristes. Suite au déchaînement de l'extrême droite à Chemnitz il y a un mois, qui avait vu des nervis néo-nazis lancer des chasses à l’étranger et attaquer un restaurant juif, Seehofer avait déclaré que « la question de l'immigration » était « le père de tous les problèmes de ce pays ».

Seehofer a pleinement soutenu les bandes fascistes, déclarant: «Si j'étais un citoyen et non un ministre du gouvernement, je serais également descendu dans la rue. »

En réalité, les derniers événements révèlent une fois encore les liens étroits entre le gouvernement, l'appareil d'État et les militants de l’extrême droite. Les services de renseignement allemands, en particulier, ont des racines profondes dans le milieu néonazi et ont été impliqués dans une série d'actes violents d'extrême droite. Des dizaines d’informateurs des services secrets et de la police ont opéré à la périphérie du groupe terroriste NSU, qui a assassiné neuf immigrés et un policier. Un employé du service de renseignement de l'État de Hesse était même sur les lieux lors de l'un des meurtres. Le groupe Heimatschutz de Thuringe, dont est issu le NSU, a été créée avec le soutien financier des services secrets.

L’émergence du groupe «Revolution Chemnitz» soulève de nouvelles questions sur le rôle des services secrets. À la suite des manifestations de Chemnitz, Hans-Georg Maassen, qui demeure président du service de renseignement intérieur, a nié la perpétration de toute attaque contre des journalistes, des immigrés et des sympathisants de gauche. Il a qualifié de manière provocante les vidéos documentant la chasse à l’étranger de Chemnitz, de « fausses nouvelles ». Le WSWS a décrit les déclarations de Maassen dans un article comme « une provocation politique délibérée visant à renforcer les éléments de l’extrême droite au sein du gouvernement et de l'appareil d'Etat ». La question de savoir si Maassen a voulu détourner l'attention des liens entre les services secrets et les terroristes de droite à Chemnitz est maintenant posée directement.

Maassen lui-même entretient des liens étroits avec les cercles d'extrême droite. Il est partisan de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), dont l'aile néo-fasciste a défilé aux côtés des néo-nazis à Chemnitz. Maassen a rencontré à plusieurs reprises les dirigeants politiques de l'AfD pour s'assurer que le parti d'extrême droite et nombre de ses partisans extrémistes de droite ne soient pas surveillés. Ceux qui cherchaient à lutter contre la montée de l'extrême droite, en revanche, étaient criminalisés dans le dernier rapport des services secrets en tant qu’« extrémistes de gauche ».

Peu d’information pour l’instant circulent quant à l’identité des membres de «Revolution Chemnitz». Toutefois, selon les médias, au moins un de ses membres, un certain Tom W., aurait comparu devant un tribunal il y a une décennie comme membre dirigeant de la ‘Kameradschaft’ d'extrême droite « Sturm 34 ». Comme la chaîne régionale de télévision SWR l’avait rapporté en 2009, Matthias Rott, l'un des cofondateurs de « Sturm 34 », était un agent des services secrets basé à Chemnitz.

Les liens étroits entre l'appareil d’État et les forces extrémistes de droite étaient également visibles lors de la visite d’État du président turc Recep Tayyip Erdogan le week-end dernier. Les policiers d'une unité des forces spéciales de Saxe ont utilisé de façon provocante le nom d'Uwe Böhnhardt, l'un des membres du NSU, comme pseudonyme lors du déploiement de police organisé pour assurer la sécurité de la rencontre avec Erdogan.

(Article paru en anglais le 3 octobre 2018)