Le gouvernement allemand célèbre le «Jour de l'unité» dans l'ombre d’un mouvement néo-fasciste renouvelé

Par Johannes Stern
5 octobre 2018

Mercredi, l'État allemand a célébré le 28e anniversaire de l'unification de l'Allemagne de l'Est et de l'Ouest le 3 octobre 1990. Les politiciens ont accueilli cet événement parlant d'une «Allemagne démocratique et unie». Mais ces propos ne pouvaient cacher le fait que le danger du fascisme est de retour en Allemagne 85 ans après la prise de pouvoir par Hitler.

Pour la première fois depuis la fondation de la République fédérale d'Allemagne d'après-guerre, un parti d'extrême droite est représenté au Bundestag (parlement fédéral), qui entretient des relations étroites avec des militants néonazis. Et lundi, le parquet fédéral a ordonné l'arrestation de sept membres d'un groupe terroriste d'extrême droite appelé «Révolution Chemnitz». En plus des attaques contre les étrangers et les gens de gauche, ils sont accusés d'avoir planifié une «action» armée pour le Jour de l’unité allemande et pour chercher à fomenter un soulèvement radical de droite.

Selon le parquet fédéral, les accusés ont déployé des efforts intenses pour se procurer des armes à feu. Il y a un mois, ils ont été impliqués dans les émeutes et les manifestations à Chemnitz, où des voyous néonazis ont pourchassé des étrangers dans les rues, ont fait le salut hitlérien et ont attaqué un restaurant juif. Une attaque sanglante contre des immigrants dans un parc de Chemnitz, le 14 septembre, était une mise à l'essai pour une «action» le Jour de l'unité allemande, a déclaré le procureur général.

Outre Chemnitz, des défilés néonazis ont eu lieu à Köthen et à Dortmund au cours des dernières semaines, rappelant la période la plus sombre de l’histoire allemande. Contrairement aux années 1930, les nazis d'aujourd'hui ne sont pas un mouvement de masse, mais plutôt une minorité haïe. Mais cela ne les rend certainement pas moins dangereux.

Surtout, ils tirent leur force du soutien qu’ils reçoivent d’en haut et avant tout de l’appareil étatique, des services de renseignement et de la police, mais aussi du gouvernement et de la politique des partis de l’establishment. Les actions agressives et provocatrices de néonazis violents sont le résultat d'un développement dangereux préparé politiquement et idéologiquement depuis plusieurs années.

Il y a cinq ans, dans son discours à l'occasion du Jour de l'unité allemande, le président allemand Joachim Gauck a annoncé, au nom de l'ensemble de la classe dirigeante, le retour à une politique étrangère allemande agressive et une politique de grande puissance.

L'Allemagne doit à nouveau jouer un rôle «en Europe et dans le monde», qui corresponde vraiment à sa taille et à son influence, a exigé Gauck. L’Allemagne était «très peuplée, au milieu du continent et la quatrième puissance économique du monde» et ne devait plus «se bercer d’illusions que nous pourrons être épargnés par les conflits politiques, économiques et militaires si nous ne participons pas à leur résolution.»

Au même moment, l’establishment politique allemand a lancé une vaste campagne visant à banaliser les crimes de l’impérialisme allemand. En février 2014, 100 ans après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, 75 ans après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et 25 ans après la chute du mur de Berlin, le journal hebdomadaire Der Spiegel soutenait que la question de la «culpabilité allemande» devait être réévaluée.

L'article «Première Guerre mondiale et culpabilité: la question de la culpabilité divise les historiens aujourd'hui» est basé sur des entretiens avec deux professeurs de l'Université Humboldt de Berlin: Herfried Münkler a qualifié de «légende» l'allégation selon laquelle l'Allemagne était coupable de la Première Guerre mondiale et Jörg Baberowski a défendu l'apologiste nazi Ernst Nolte et a affirmé que Hitler n'était «pas cruel» parce qu'il «ne voulait pas parler de l'extermination des Juifs à sa table».

Le Parti de l'égalité socialiste (SGP) avait alors déclaré: «La propagande d'après-guerre – selon laquelle l'Allemagne avait tiré les leçons des terribles crimes des nazis, était “arrivée à l'Ouest”, avait adopté une politique étrangère pacifique et s'était développée en une démocratie stable – s'est révélée être un mensonge. L'impérialisme allemand affiche une nouvelle fois sa vraie nature, telle qu’elle est apparue historiquement, avec toute son agressivité à l'intérieur du pays et à l'étranger.»

Cela a depuis été confirmé. Le discours de Gauck et les tentatives de révision de l'histoire allemande ont annoncé une campagne systématique en faveur d'un retour au militarisme et à la politique de grande puissance, préparant ainsi le terrain idéologique de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) d'extrême droite et des néonazis. Dans les années 1930, les milieux dirigeants avaient réagi à la crise profonde du capitalisme en amenant Hitler au pouvoir pour détruire le mouvement ouvrier et renforcer la puissance militaire de l'Allemagne. Ils vont dans la même direction aujourd'hui.

La marche néonazie à Chemnitz fut défendue ouvertement par Hans-Georg Maassen, alors chef des services secrets, et par le ministre fédéral de l'Intérieur, Horst Seehofer. Alors que Maassen a nié que des étrangers aient été traqués dans les rues, Seehofer a affirmé qu'il aurait défilé à Chemnitz s'il n'avait pas été ministre. La «question de l'immigration» est la «mère de tous les problèmes politiques de ce pays», a-t-il ajouté, rappelant la démagogie de l'AfD.

L'AfD est courtisée au Bundestag. En décidant de poursuivre la grande coalition discréditée avec les chrétiens-démocrates (CDU / CSU), les sociaux-démocrates (SPD) ont confié à l'AfD le rôle de tête de l'opposition officielle, alors qu'elle n'avait obtenu que 12,6% des voix aux élections législatives. Au Parlement, tous les partis travaillent en étroite collaboration avec l’AfD, à qui ils ont confié la présidence de comités importants.

La raison n'est pas difficile à comprendre. Le SPD fait partie de ceux qui militent pour une politique étrangère plus agressive. L'ancien ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, et son successeur, Heiko Maas (tous deux du SPD), ne cessent d'insister sur le fait que l'Allemagne doit comprendre le conflit avec les États-Unis comme une «opportunité» pour reprendre à nouveau la politique de grande puissance.

Les Verts et le Parti de gauche ne se laisseront pas surpasser par le SPD. Les Verts sont devenus un parti du militarisme allemand depuis qu’ils ont assuré le premier effort de guerre de la Bundeswehr (Forces armées) en 1999 en Yougoslavie contre une féroce résistance populaire. Et le Parti de gauche abandonne ses phrases pacifistes dès qu’il s’agit de faire valoir les intérêts de l’Allemagne contre ses rivaux économiques et, surtout, contre les États-Unis.

Parce que le militarisme est détesté et trouve peu de soutien dans la population, la politique officielle prend de plus en plus la forme d'un complot permanent. Pour défendre sa richesse contre l'opposition croissante de la classe ouvrière, pour construire un État autoritaire et pour reconstruire l'Allemagne en une force militaire de premier plan capable de défendre ses intérêts impérialistes en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, la classe dirigeante a besoin de l’extrême droite.

Il n'y a qu'un moyen d'empêcher le retour du militarisme et du fascisme en Allemagne: la mobilisation de la classe ouvrière internationale basée sur un programme révolutionnaire et la construction du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l'égalité socialiste, SGP) et de la Quatrième Internationale en tant que partie de masse socialiste. Nos demandes sont:

* Arrêtez le complot de la grande coalition, de l'appareil d'État et des extrémistes de droite!

* Pour de nouvelles élections et la mobilisation de la classe ouvrière sur la base d'un programme socialiste international!

* Plus de guerre! Arrêtons le retour de l'Allemagne à la politique agressive de grande puissance!

* Abolition des services secrets et arrêt immédiat de la surveillance du SGP et des autres organisations de gauche!

* Défendre le droit d'asile! Non aux pouvoirs et à la surveillance accrus de l'État!

* En finir avec la pauvreté et l'exploitation: pour l'égalité sociale! La richesse de l'oligarchie financière, des banques et des grandes entreprises doit être expropriée et placée sous contrôle démocratique!

(Article paru en anglais le 4 octobre 2018)