Bernie Sanders défend Jeff Bezos alors que la fraude qu’est l’augmentation des salaires à 15 dollars de l’heure chez Amazon est révélée

Par Tom Hall
8 octobre 2018

Il y a à peine une semaine, le sénateur Bernie Sanders du Vermont s’est présenté comme l’ennemi juré du géant de la vente au détail en ligne Amazon et de son PDG Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète. Après qu’Amazon a annoncé qu’elle augmenterait le salaire de base de ses travailleurs de 12 à 15 dollars de l’heure, Sanders a parlé de Bezos comme si les deux étaient des amis proches et des admirateurs l’un de l’autre.

Pendant des mois, Sanders a posté sur ses pages Facebook des vidéos et des articles dénonçant les abus commis par l’entreprise à l’encontre de travailleurs faiblement rémunérés dans ses centres de distribution, où les travailleurs sont surmenés jusqu’à l’épuisement et l’incapacité physique de travailler.

Sanders a également critiqué la richesse obscène de Bezos, notamment dans l’une de ses vidéos Faces of Greed (les Visages de l’Avidité). Au Sénat, il a porté un projet de loi intitulé « Stop BEZOS Act » qui n’avait aucune chance d’être adoptée. Le projet de loi aurait créé un taux d’imposition pour les employeurs à bas salaires tels qu’Amazon, prenant en compte le niveau d’aide sociale que touchaient leurs employés.

Sanders a fait tout ce qui était en son pouvoir pour se présenter comme le représentant de l’indignation populaire croissante face aux révélations sur les abus et l’exploitation des travailleurs chez Amazon, y compris ceux révélés par le WSWS.

Cependant, après que Bezos a augmenté le salaire de ses employés à 15 dollars de l’heure, un niveau toujours au seuil de la pauvreté, Sanders s’empressait d’accueillir Bezos comme un réformateur altruiste.

« Aujourd’hui, je tiens à saluer un geste qui le mérite et à féliciter M. Bezos d’avoir pris précisément la bonne décision », a déclaré Sanders dans un discours prononcé devant le Sénat. Il a ajouté sur Twitter : « Ce que M. Bezos a fait aujourd’hui n’est pas seulement extrêmement important pour les centaines de milliers d’employés d’Amazon. Il se pourrait bien, et je le pense bien que ses répercussions soient entendues dans le monde entier. »

« De plus, M. Bezos a indiqué son soutien à l’augmentation du salaire minimum national », a ajouté Sanders. « Et en tant que personne qui a introduit le salaire minimum fédéral de 15 dollars de l’heure, j’ai très hâte de travailler avec lui dans ce domaine. M. Bezos et Amazon ouvrent la voie maintenant. »

Bezos a tweeté son appréciation à Sanders pour ses paroles aimables. « Merci @SenSanders. Nous sommes enthousiasmés par cela et espérons que d’autres y participeront. »

L’augmentation de salaire par Amazon est un exercice de relations publiques cynique. Une augmentation à 15 dollars de l’heure laisserait toujours les travailleurs en difficulté pour payer leurs factures et pourrait même réduire leur revenu en les poussant au-delà du seuil d’éligibilité pour des programmes d’aide sociale tels que les bons d’alimentation et les aides personnalisées au logement.

En outre, l’entreprise associe l’augmentation du salaire horaire à la suppression des intéressements liés à la productivité, des primes et des stock-options. Les analystes financiers ont également souligné qu’Amazon récupéra sa mise en double grâce à une accélération des cadences de travail et à une baisse des taux d’embauche.

Sanders travaille maintenant activement pour protéger Amazon de la conviction répandue chez les travailleurs que l’augmentation de salaire annoncée est un simulacre. « Nous croyons comprendre que la grande majorité des travailleurs d’Amazon vont connaître des augmentations de salaire, y compris des augmentations très importantes, le salaire minimum atteignant 15 dollars de l’heure », a déclaré Sanders dans une déclaration à Fox Business Channel. « J’espère que, grâce à la nouvelle politique d’Amazon, aucun travailleur, en particulier les employés de longue date, ne verra une réduction de la rémunération totale. Amazon peut se permettre d’indemniser tous les travailleurs et devrait le faire. »

L’utilisation par Sanders de phrases telles que « notre compréhension est » et « j’espère que » équivaut à un aveu indirect que les choses qu’il nie sont en réalité vraies.

Le revirement soudain de Sanders montre ce de quoi retournait sa campagne contre la société Internet depuis le début : une tentative de se mettre à la tête de la colère croissante de la classe ouvrière contre Amazon et d’autres employeurs à bas salaires pour l’étouffer. Cela rappelle son strip-tease politique à la Convention nationale démocrate de 2016, lorsqu’il a voté à deux mains pour la nomination de Hillary Clinton après l’avoir critiquée pendant des mois comme étant vendu aux banques et après que Wikileaks eut révélé que le Comité national démocrate avait conspiré avec Clinton contre sa propre campagne électorale.

Selon le récit de Sanders, la pression populaire exercée par des campagnes syndicales telles que « Fight for 15 $ » et par des démocrates « progressistes » tels que Sanders lui-même, a non seulement réussi à faire céder Amazon, mais a transformé l’entreprise et Jeff Bezos en défenseurs des travailleurs qu’ils exploitent sans pitié.

Cela résume la malhonnêteté fondamentale de la politique de Sanders, qui prétend que les démocrates, un parti de Wall Street, les militaires et les classes moyennes privilégiées peuvent être transformés en un véhicule de « révolution politique » contre les milliardaires mêmes qui contrôlent ce parti. Mais aucune pression populaire ne peut changer les intérêts sociaux de la classe capitaliste, qui repose sur l’exploitation de la classe ouvrière.

Sanders, qui prétend être un « socialiste démocratique », travaille sans relâche dans l’intérêt de ces mêmes milliardaires auxquels il prétend parfois s’opposer afin d’obscurcir et dissimuler cette vérité fondamentale, élémentaire pour tout socialiste authentique, et de promouvoir des illusions sur la possibilité d’une réforme capitaliste.

Comme pour sa campagne présidentielle de 2016, la campagne de Sanders contre Amazon était motivée par la crainte que les travailleurs qui luttent contre l’exploitation ne parviennent à un véritable socialisme. Sans doute la croissance du lectorat de la Voix des travailleurs internationaux dAmazon du World Socialist Web Site était une source d’inquiétude pour le camp Sanders, qui avait tenté en vain de coopter Shannon Allen, une travailleuse sans abri d’Amazon, après que le WSWS eut révélé son histoire plus tôt cette année.

Maintenant que tout semblerait rentrer dans l’ordre chez Amazon, Sanders passe à la prochaine campagne, cette fois-ci sur McDonald's, qui a également été ciblée pour des actions coup de poing de protestation par « Fight for 15 $ ».

« Aujourd’hui, McDonald's paie des salaires si bas que bon nombre de ses travailleurs ont besoin de bons d’alimentation, de Medicaid (l’assurance maladie des défavorisés) et des logements HLM pour survivre », a déclaré Sanders dans un récent message publié sur Facebook. « Si McDonald's augmentait le salaire minimum à 15 dollars de l’heure et respectait les droits constitutionnels de leurs travailleurs de former un syndicat, cela donnerait l’exemple à suivre dans l’ensemble du secteur de la restauration rapide. »

Les travailleurs ne devraient pas se fier davantage à cette dernière mascarade qu’à sa campagne contre Amazon.

(Article paru en anglais le 6 octobre 2018)