Le vice-président américain lance une diatribe belliqueuse contre la Chine

Par Bill Van Auken
8 octobre 2018

Le vice-président américain Mike Pence a prononcé jeudi une diatribe cinglante contre la Chine destinée à attiser les tensions économiques et militaires déjà intenses qui ont généré une guerre commerciale croissante et des affrontements de plus en plus dangereux entre les forces militaires américaines et chinoises en mer de Chine méridionale.

Le discours a été prononcé sur fond d’indications que le Pentagone s’apprête à lancer une série d’exercices militaires à la fois massive et provocatrice, centrés dans la mer de Chine méridionale et dans le détroit de Taïwan, le mois prochain, afin de poser un défi direct à la Chine.

Selon des sources militaires citées par CNN, le Pentagone envisageait une « démonstration de force mondiale comme un avertissement à la Chine et pour montrer que les États-Unis sont prêts à dissuader et à contrecarrer leurs actions militaires ».

Une concentration sans précédent de forces militaires américaines serait déployée lors d’exercices consécutifs organisés pendant une semaine, indique le reportage de CNN. Des navires de guerre américains, des avions de combat ainsi que des troupes au sol seraient mobilisés pour l’opération.

Alors que les responsables militaires ont reconnu que Beijing considérait des exercices encore plus modestes dans la région comme des provocations et qu’il y avait « des inquiétudes concernant les réactions de la Chine », le Pentagone n’a « aucune intention de croiser le fer avec les Chinois ».

Bien sûr, une telle déclaration d’intentions est en soi une reconnaissance du fait que l’impérialisme américain risque précisément cela : une confrontation militaire entre deux grandes puissances dotées d’armes nucléaires.

Le journal tabloïd de l’État chinois Global Times a publié une réponse inquiétante quant à l’information sur les exercices prévus : « A mesure que les États-Unis continuent de provoquer, ils seront confrontés à des réactions plus vives de l’ALP [Armée de libération du peuple], et les navires de guerre des deux parties seront amenées à passer de plus en plus près les uns des autres dans cette situation de confrontation. Si cela se produit, les relations stratégiques sino-américaines et la paix dans la région Asie-Pacifique seront entre les mains des pilotes, des commandants de navires et même des ingénieurs en chef. La paix et la stabilité pourraient être sur le point de s’effondrer à un moment donné. Si Washington veut jouer de cette façon, la Chine devra réagir en conséquence. »

Le discours de Pence servit de justification fourbe et réactionnaire aux plans de Washington pour une escalade militaire.

Répondant à l’allégation provocatrice du président américain Donald Trump devant le Conseil de sécurité des Nations unies la semaine dernière selon laquelle Beijing interviendrait dans les élections législatives de mi-mandat aux États-Unis, Pence a déclaré que la Chine « poursuivait une campagne complète et coordonnée pour saper le soutien au président, et à nos idéaux les plus précieux de notre nation. »

Il a prononcé le discours devant le Hudson Institute, un groupe de réflexion de la droite à Washington, DC. Ce dernier fut fondé par Herman Kahn, ancien stratège de la Rand Corporation, connu pour sa théorie d’une guerre nucléaire « gagnable » et réputé pour être l’inspiration réelle du personnage du film Dr Folamour. L’institut préconise depuis longtemps une attitude militaire agressive envers la Chine.

En mélangeant un anticommunisme grossier, un nationalisme économique et de menaces militaires à outrance, le discours de Pence ressemblait essentiellement au genre de diatribes prononcées par la droite républicaine McCarthyste au plus fort de la guerre froide.

Accusant la Chine « d’agression militaire », M. Pence a évoqué dimanche dernier un incident dans lequel l’USS Decatur, un destroyer lanceur de missiles guidés, avait délibérément navigué à moins de 12 milles du territoire revendiqué par la Chine dans le cadre d’une opération de « liberté de navigation ». Un destroyer chinois s’y est opposé, précipitant dangereusement les deux navires à seulement 14 mètres l’un de l’autre.

« En dépit de ce harcèlement inconsidéré, la marine américaine continuera à voler, naviguer et opérer partout où le droit international le permet et où nos intérêts nationaux l’exigent », a déclaré Pence. « Nous ne serons pas intimidés ; nous ne baisserons pas les bras ». En effet, comme l’indique le reportage de CNN, Washington prépare des provocations beaucoup plus massives et dangereuses.

« La Chine dépense maintenant autant sur le plan militaire que le reste de l’Asie, et Pékin a donné la priorité à ses capacités pour éroder les avantages militaires de l’Amérique – sur terre, en mer, dans les airs et dans l’espace », a déclaré M. Pence.

Bien entendu, le vice-président américain a négligé de mentionner que les dépenses militaires de Beijing ne représentent à peine qu’un tiers du montant alloué par Washington.

« La Chine a lancé un effort sans précédent pour influencer l’opinion publique américaine, les élections de 2018 et l’atmosphère qui précède l’élection présidentielle de 2020 » a déclaré Pence. « Pour parler franchement, la direction du président Trump fonctionne bien et la Chine veut un président américain différent. La Chine s’immisce de la démocratie américaine. »

« À cette fin, Pékin a mobilisé des intermédiaires qui avancent cachés, des groupes écrans et des moyens de propagande pour changer la perception des Américains à l’égard de la politique chinoise », a ajouté le vice-président.

Les tentatives de Pence pour justifier ces accusations ont alterné entre l’absurde et la malfaisance. La pièce à conviction principale est un supplément payé de quatre pages souscrit par le gouvernement chinois – et identifié comme tel – dans le Des Moines Register, décrit par le vice-président comme « le journal de référence dans l’État de résidence de notre ambassadeur en Chine, et un État clé en 2018 [lors des élections] ». Bien que le contenu ait consisté principalement en des articles anodins sur« Les journées amusantes de Xi dans l’Iowa » et le Kung Fu, le supplément comprenait un seul article suggérant que les droits de douane imposés par le gouvernement Trump sur des marchandises chinoises d’une valeur de 250 milliards de dollars et la menace de les doubler encore nuiraient aux intérêts économiques des habitants des deux pays.

Cité par Pence comme un exemple de l’influence chinoise menaçante était la transformation numérique en 2012 d’un remake abominable d’une œuvre alimentaire stupide et réactionnaire de 1984, Red Dawn (L’Aube rouge), afin de transformer les méchants envahissant l’Amérique en Nord-Coréens plutôt que des Chinois, rendant ainsi le film commercialisable en Chine.

Cependant, Pence a également ciblé les plus de 300 000 étudiants chinois qui étudient aux États-Unis et des organisations étudiantes chinoises en tant que « écrans » potentiels à contrer, à mesure que Washington place les États-Unis sur le pied de guerre contre la Chine qui menace la domination économique américaine.

Les menaces et les brimades étaient émaillées de préoccupations hypocrites concernant les droits de l’homme en Chine et accusaient le Parti communiste chinois au pouvoir de quasiment mener un pogrom contre les chrétiens, en « déchirant des croix » et « brûlant des Bibles ».

Il a exigé que Google arrête immédiatement le développement de son moteur de recherche « Dragonfly » pour le marché chinois, au motif que cela faciliterait « la censure et compromettrait la vie privée » des utilisateurs, ignorant le fait que le gouvernement américain est engagé précisément dans de tels efforts – avec la complète complicité de Google et d’autres sociétés de technologie.

Pence a affirmé qu’un « vétéran haut placé de notre service de renseignement » lui avait dit que « ce que les Russes font est bien inférieur à ce que fait la Chine partout dans le pays ».

Certains médias ont interprété cette remarque comme une tentative de l’administration Trump de détourner l’attention de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur « l’ingérence » russe dans l’élection américaine et d’une possible complicité avec la campagne électorale de Trump.

Les autorités américaines ont été déchirées depuis l’élection de 2016 par un âpre conflit entre ces couches, centrées autour du Parti démocrate et de secteurs influents de l’appareil de renseignement américain, qui ont insisté pour que Washington mette en ligne de mire de préférence la Russie dans la lutte pour la domination au Moyen-Orient et la masse continentale eurasienne au sens large, et ceux qui exigent que la Chine, principal rival économique de l’impérialisme américain, soit la cible principale.

De manière significative, Pence a inscrit ses remarques dès le début dans les paramètres du document sur la « Stratégie de sécurité nationale » dévoilé par l’administration Trump en décembre dernier, qui faisait de la « concurrence des grandes puissances » et la riposte aux soi-disant « États révisionnistes », à savoir la Russie et la Chine, le nouvel axe de la stratégie globale des États-Unis, supplantant la prétendue « guerre contre le terrorisme ».

Il s’est vanté du budget de 716 milliards de dollars du Pentagone, déclarant : « Nous modernisons notre arsenal nucléaire, nous allons déployer et développer de nouveaux avions chasseurs et bombardiers à la pointe de la technologie, nous construisons une nouvelle génération de porte-avions et de navires de guerre, et nous réinvestissons comme jamais auparavant dans nos forces armées. Cela comprend le lancement du processus de création de la Force de l’Espace américaine pour assurer notre domination continue dans l’espace ».

Le discours de Pence et la révélation que le Pentagone prépare un ensemble sans précédent de manœuvres militaires provocatrices au large des côtes chinoises font suite à la déclaration de l’ambassadeur de Washington auprès de l’OTAN, Kay Bailey Hutchison, selon laquelle les États-Unis sont prêts à « éliminer » les missiles russes, soulevant le spectre d’une frappe préventive qui pourrait déclencher une guerre nucléaire totale.

La poursuite de la guerre commerciale par Washington et sa menace grandissante d’affrontement militaire direct avec les deux autres grandes puissances nucléaires du monde, la Russie et la Chine, constituent une tentative de plus en plus désespérée de l’impérialisme américain d’inverser son déclin économique prolongé par rapport à son ancienne position de domination mondiale.

L’imprudence et l’intimidation de Trump et Pence ne sont que l’expression politique de ce facteur extrêmement dangereux et déstabilisateur des affaires mondiales, qui ne peut être combattu avec succès que par la mobilisation internationale de la classe ouvrière contre la guerre et sa cause première, le système capitaliste dépassé.

(Article paru en anglais le 5 octobre 2018)