Le candidat fasciste Jair Bolsonaro en tête de l’élection présidentielle brésilienne

Par Miguel Andrade
9 octobre 2018

Les élections générales brésiliennes qui se sont tenues dimanche ont abouti au Congrès le plus à droite depuis la fin de la dictature militaire soutenue par les États-Unis de 1964 à 1985 et ont donné à l’ancien capitaine de réserve fasciste, Jair Bolsonaro, comme vainqueur du premier tour des présidentielles.

Faute de remporter la majorité absolue des suffrages, Bolsonaro doit faire face à un deuxième tour le 28 octobre contre le candidat du Parti des travailleurs (PT), Fernando Haddad. Bolsonaro a remporté 46 pour cent des voix, à seulement 4 pour cent d’une victoire au premier tour. Haddad, un ancien maire de Sao Paulo, comptabilise beaucoup moins de voix, avec 29 pour cent, ce qui correspond à environ 30 millions de voix. Le nombre d’abstentions et de bulletins de vote nuls a atteint un niveau record, avec 40 millions de voix, un chiffre significatif compte tenu du fait que le vote est obligatoire au Brésil et que l’abstention répétée est punie d’amendes, de la rétention de passeports et, surtout, de l’exclusion de la fonction publique.

Douze pour cent ont voté pour Ciro Gomes, du Parti travailliste démocrate, le plus ancien parti bourgeois au Brésil, héritier de la politique corporatiste de 1937-1945 du dictateur Getúlio Vargas et associé à l’opposition bourgeoise au régime militaire de 1964-1985.

Geraldo Alckmin, de l’ancien parti de droite brésilien traditionnel, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), a vu l’anéantissement électoral de son parti, passant de 48 pour cent des suffrages lors du second tour de 2014 contre le PT à seulement 5 pour cent lors du scrutin de dimanche. Marina Silva, une ancienne ministre de l’Environnement du PT qui, depuis 2010, avait obtenu le soutien de secteurs importants tel que la puissante héritière de la plus grande banque privée du Brésil, Neca Setúbal, a vu son vote s’effondrer de 21 pour cent en 2014 à seulement 1 pour cent.

La principale opposition autoproclamée « de gauche » au PT, l’alliance pseudo-gauche Morenoite-Pabloïte, le Parti socialiste et de la liberté (PSOL), n’a recueilli que 0,6 pour cent des voix, contre 1,6 pour cent en 2014 et loin de la première élection en 2006, dans laquelle il a obtenu 7 pour cent des suffrages sur la base de ses critiques de la politique néolibérale du PT.

Les élections sont tenues sous l’ombre de la pire crise économique de l’histoire du Brésil. Le Produit intérieur brut (PIB) a chuté entre 2015 et 2016. C’était la chute la plus importante enregistrée depuis le krach de 1929. La reprise est la plus lente de l’histoire. Les économistes bourgeois prévoient que les niveaux médians de l’emploi et du revenu atteindront leurs niveaux de 2013 seulement d’ici 2027.

Le système politique dans son ensemble a été complètement discrédité par le scandale massif de corruption entourant le géant énergétique Petrobras, révélé dans l’enquête bizarrement nommée Lava Jato (lave-auto), qui a révélé jusqu’à présent douze milliards de Réals (presque trois milliards d’euros) siphonnés des fonds publics en pots-de-vin et en commissions occultes. En outre, cette manipulation a été démontrée comme faisant partie intégrante de la politique dite des « champions nationaux » consistant à favoriser les monopoles nationaux sur les industries, les infrastructures et l’agroalimentaire sur les marchés nationaux et internationaux, dont l’expansion a été rendue possible par le boom des produits de base de la fin des années 2000.

Après avoir supervisé le plan de corruption massive et le début de la crise économique, le PT a assisté à une désertion massive des électeurs de la classe ouvrière dans les régions où il avait toujours dominé, principalement dans le sud industriel du pays, y gagnant le plus petit nombre depuis sa création en 2002 avec le président Luiz Inácio Lula da Silva, plus connu sous le nom de Lula.

L’effondrement de l’appui au PT, associé aux grandes manifestations de la jeunesse et de la classe ouvrière contre le programme brutal d’austérité et de privatisation imposé par la présidente du PT, Lula, Dilma Rousseff, a débuté le premier jour de son second mandat avec la nomination de « Chicago Boy » Joaquim Levy (de l’école économique de Chicago), comme ministre des Finances, a encouragée l’extrême droite à plaider en faveur de la destitution de Rousseff en 2016. Alors que son éviction avait été initialement contestée par les banquiers, les chefs de l’industrie agroalimentaire et les industriels, elle a finalement obtenu leur soutien pour accélérer le programme d’austérité elle-même dont elle-même l’avait mis en œuvre.

Au fur et à mesure que l’enquête « lave-auto » se développait, les hommes d’affaires emprisonnés racontaient sans cesse que leurs relations avec les responsables du PT, y compris en premier lieu Lula, étaient corrompues, ce qui permettait d’affaiblir le PT et, enfin, de l’incarcérer de Lula lui-même. La condamnation de Lula pour avoir reçu un appartement en front de mer en échange de gré à gré des contrats de Petrobras a encore érodé la position du PT, forçant Lula à quitter la course électorale. Alors qu’il était au départ candidat au poste de président, avec un soutien de 30 pour cent, il a également fait face à un rejet de 50 pour cent par les sondages, alors qu’une majorité claire a indiqué son opposition à sa sortie de prison.

La rhétorique d’anti-corruption, avec une agitation ultranationaliste s’opposant à la « vente » des actifs brésiliens à la Chine et aux investissements chinois dans les pays d’Afrique et d’Amérique latine (condamnés comme de l’« assistanat »), combinés à une démagogie intransigeante et anti-immigrée qui a constitué le fond de la croisade d’extrême droite contre le PT. Cela a été consciemment dirigé vers la classe ouvrière négligée, en particulier dans les régions industrielles en déclin ou en difficulté.

L’enquête « lave-auto » est devenue un outil majeur pour un virage violent à droite. Après la destitution de Rousseff en 2016, son vice-président et successeur, Michel Temer, a imposé une réforme du droit du travail permettant un usage sans entrave des intérimaires dans les entreprises tout en décimant les réglementations en matière de santé et de sécurité. Son gouvernement a ensuite imposé un gel des dépenses de 20 ans au moyen d’un amendement constitutionnel. Face à chaque attaque, le PT était réticent et incapable de mobiliser la classe ouvrière. Aux côtés de la CUT, sa confédération syndicale affiliée, il a annulé à la dernière minute une série de grèves générales, même face à un immense militantisme de la classe ouvrière, renforçant ainsi les appels ultranationalistes d’extrême droite aux travailleurs.

La classe dirigeante brésilienne étant déterminée à mener une guerre de classe contre les travailleurs, Bolsonaro a recueilli le soutien décisif du monde des affaires, qui oscillait autrefois entre le PSDB et le PT, principalement le groupe dit « bible, bœuf et balles » composé du tiers des membres du Congrès au cours des 13 années de règne du PT, a fourni à ses gouvernements un soutien décisif en faveur de la politique de droite à de nombreuses reprises.

Plus important encore, ce groupe était le terreau du fasciste Bolsonaro, qui siège depuis 1991, sept termes durant, à la Chambre basse en tant que représentant de l’État de Rio de Janeiro.

En 1999, il a exprimé son désir « d’audience » avec feu le président vénézuélien Hugo Chávez, le proclamant « un espoir pour l’Amérique latine » et déclarant que ni lui ni Chávez n’étaient « anticommunistes ». Pour ces prétentions « nationalistes », non seulement Bolsonaro a été toléré dans l’alliance du Congrès dirigée par le PT, mais a également été considéré comme un vote important contre les mesures néolibérales que le gouvernement du PT a lui-même imposé pendant plus d’une décennie, comme la réforme des retraites de 2003, lui permettant de façonner un appel de droite populiste et nationaliste frauduleux.

En venant de Rio de Janeiro, la ville que le PT a transformée en un quasi-protectorat fédéral afin de mettre en place l’infrastructure nécessaire à l’organisation de la Coupe du monde de football en 2014 et les Jeux olympiques d’été 2016 face à une opposition massive aux expulsions, au sous-financement de la santé, et de la sécurité, l’éducation, et les opérations militaires dans les quartiers populaires, Bolsonaro a pu exploiter une perception répandue de la trahison des travailleurs par le PT en faveur des grandes entreprises. Il a également lancé un appel à la peur du crime par le biais d’une rhétorique extrême en faveur des armes à feu – le geste de signature utilisé par le candidat et ses partisans a été de pointer du doigt comme s’ils tiraient avec des armes à feu. Bolsonaro a demandé qu’il soit plus facile pour la police de tuer des criminels, dans un pays où la police a tué plus de 5000 personnes l’année dernière.

Bolsonaro est face à un taux de rejet de 45 pour cent dans les sondages, contre 40 pour cent pour son adversaire du PT, Haddad. Si ce rejet généralisé de Bolsonaro s’avère suffisant pour que Haddad le défasse le 28 octobre, il en résultera un retour au pouvoir du PT, à la tête du gouvernement le plus à droite depuis la fin de la dictature militaire.

Bolsonaro a indiqué que sa défaite dans les urnes serait illégitime et a ouvertement fait appel à l’armée – qui est récemment intervenue dans la politique d’une manière sans précédent depuis la fin de la dictature – pour obtenir son soutien.

Tout en faisant appel au soutien des grandes entreprises et en cherchant à concocter une « alliance antifasciste » englobante des politiciens « démocrates » de droite démoralisés du PSDB et même des conglomérats médiatiques ayant publié des reportages anti-Bolsonaro, tels que le réseau « O Globo » droitier, et le magazine Veja, le PT lui-même, un parti profondément bourgeois, aucun d’entre eux n’est ni capable ni désireux de faire appel à la classe ouvrière.

La politique du PT ne fera que renforcer l’extrême droite et la menace d’un retour à une dictature encore plus sanglante que celle qui a dirigé le pays pendant deux décennies à partir de 1964.

La seule réponse à ces dangers est la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire dans la classe ouvrière à travers la construction d’une section brésilienne du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru d’abord en anglais le 8 octobre 2018)