Après le vote « non » des travailleurs d’UPS, la bureaucratie des Teamsters déclare la convention ratifiée

Par Jerry White
9 octobre 2018

Si des preuves supplémentaires du caractère anti-classe ouvrière des organisations qui se disent syndicats aux États-Unis étaient nécessaires, cela a été fourni ces derniers jours par le syndicat les Teamsters.

Vendredi soir, après que les travailleurs de United Parcel Service (UPS, service de livraison de colis) avaient rejeté la convention pro-entreprise soutenue par les Teamsters, le syndicat a annoncé qu’il déclarait néanmoins que celle-ci, conclue pour cinq ans et concernant un quart de million de travailleurs des entrepôts et de chauffeurs routiers était ratifiée. Selon les Teamsters, la raison en est une obscure clause antidémocratique dans la constitution du syndicat stipulant que si moins de la moitié des membres participe au vote (le taux de participation officiel était de 44 %), les deux tiers doivent voter “non” pour que la convention soit rejetée.

Indépendamment de cette logique intéressée, la vérité indéniable est que la base a voté contre la convention et que le syndicat des Teamsters ignore leur vote de façon despotique et impose celle-ci de toute façon. Cette action à elle seule définit l’organisation comme un outil des patrons et l’ennemi des travailleurs.

Dès qu’ils ont annoncé l’accord en juillet dernier, les Teamsters ont dépêché des responsables pour intimider les travailleurs, les menaçant de perdre des prestations médicales et même de recevoir des salaires plus bas s’ils refusaient la convention et se mettaient en grève. Les travailleurs avaient voté à 93 % pour autoriser une grève lorsque l’ancienne convention expirait le 31 juillet.

Les travailleurs sont à présent sceptiques à juste titre sur les chiffres du syndicat, à la fois sur le vote sur la convention et sur le taux de participation. Beaucoup pensent que le taux de participation était supérieur au chiffre officiel de 44 % et que le vote « non » était supérieur à la marge signalée de 54 %, contre 46 %.

La colère et le dégoût sont généralisés. Les travailleurs veulent lutter contre le complot de l’entreprise et le syndicat. Et il faut qu’un combat soit mené. Mais cela nécessite que les travailleurs créent de nouvelles organisations, leurs propres organisations, des organisations qu’ils contrôlent démocratiquement et utilisent pour susciter un soutien et pour préparer une grève à l’échelle nationale afin de renverser cet accord et pour rechercher un soutien et une action commune avec les travailleurs à travers le pays et de par le monde.

Le World Socialist Web Site, le Parti de l’égalité socialiste et le WSWS UPS Workers Newsletter (bulletin des travailleurs d’UPS du WSWS) proposent que les travailleurs d’UPS forment des comités de base des usines et des lieux de travail, totalement indépendants du syndicat contrôlé par le patronat.

Les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs d’UPS sont universels. Le vote contre la convention d’UPS, qui a coïncidé avec le rejet des accords appuyés par les Teamsters chez les travailleurs et les mécaniciens d’UPS Freight dans la flotte de fret aérien d’UPS à Louisville, dans le Kentucky. Il s’inscrit dans l’opposition montante de la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde.

Les travailleurs des hôtels mènent des grèves à Chicago, Boston, San Francisco et Detroit, et les métallurgistes et les enseignants de Los Angeles ont massivement voté pour une grève. Une vague de grèves d’enseignants au début de l’année a été suivie de grèves d’enseignants dans l’État de Washington le mois dernier et de votes pour l’autorisation de grèves dans d’autres régions du pays. Les travailleurs d’Amazon, les travailleurs de l’automobile et de la santé et les personnels de service recherchent tous un moyen de lutter contre les salaires de misère et les attaques sur les avantages sociaux, et la sécurité et les conditions de travail.

Au cours des dernières semaines, au-delà des frontières américaines, des pilotes et des membres du personnel de cabine de Ryanair ont déclenché des grèves dans six pays européens. Les travailleurs argentins se sont opposés aux politiques d’austérité du FMI. Des grèves et des manifestations ont également éclaté en Afrique, en Asie et en Australie.

Dans tous les cas, les travailleurs sont confrontés non seulement aux entreprises, mais également aux syndicats contrôlés par les entreprises. Les syndicats d’enseignants ont isolé les luttes menées dans différentes villes et États, en imposant des accords qui ne répondaient pas aux revendications des enseignants. United Auto Workers (UAW) a été accusé d’avoir encaissé des millions de dollars en pots-de-vin en échange de passations de force de conventions favorables aux entreprises. Le syndicat UNITE HERE (Unissez-vous ici) fait tout pour séparer les employés des hôtels et pour empêcher une lutte unifiée. Le syndicat United Steelworkers (Métallurgistes unis) ignore les votes pour l’autorisation de grève alors qu’il se prépare à passer des accords favorables aux entreprises.

Au cours des quatre dernières décennies, les syndicats ont systématiquement œuvré pour supprimer toute opposition organisée à la contre-révolution sociale menée par la classe dirigeante américaine. Sur fond de niveaux historiques d’inégalités sociales, le nombre de débrayages majeurs de l’année dernière est le deuxième plus faible depuis 1947, année où ces chiffres ont été compilés pour la première fois.

Dans et autour des appareils syndicaux, de nombreuses organisations et groupes insistent pour dire que les travailleurs doivent accepter la domination organisationnelle de ces syndicats d’entreprise. Le rôle de ces groupes est exprimé dans la réponse aux développements de vendredi chez UPS faite par les Teamsters for a Democratic Union (TDU – les Teamsters pour un syndicat démocratique) et Teamsters United (TU – les Teamsters Unis).

Au cours des trois derniers mois, le TDU et le TU ont propagé le mensonge selon lequel un vote « non » convaincrait la direction du syndicat, dirigée par James P. Hoffa, de négocier un nouvelle convention. Maintenant, alors que le syndicat des Teamsters tente de réussir son opération antidémocratique, le TDU et le TU insistent pour que les travailleurs acceptent son autorité. Dans une déclaration servile, les responsables du TDU ont exhorté les travailleurs à signer une pétition appelant le Conseil exécutif général du syndicat à tenir une réunion d’urgence pour « résoudre cette crise » et demandant à Hoffa de retirer le négociateur en chef, « de retourner à la table des négociations et d’ordonner un vote sur la convention dès qu’une nouvelle proposition sera atteinte. »

La dernière chose qu’ils souhaitent, c’est la préparation d’une grève et d’une véritable lutte contre l’entreprise et son syndicat.

Nous nous opposons à cet exercice de tromperie et de futilité. Au contraire, nous exhortons les travailleurs à constituer des comités de base dans chaque site d’UPS pour discuter et mettre en œuvre un programme d’action. Les travailleurs doivent déclarer la convention nulle et non avenue. Des comités indépendants construiront le soutien pour une grève nationale pour fermer UPS jusqu’à ce que soient concédées les revendications des travailleurs : la suppression du système de chauffeurs hybrides, la transformation des travailleurs à temps partiel qui la souhaitent en travailleurs avec pleins salaires et avantages et aussi une augmentation salariale substantielle pour tous les travailleurs.

L’initiative relative aux comités de base doit être poursuivie, non seulement parmi les travailleurs d’UPS, mais dans toutes les sections de la classe ouvrière. Les comités d’usine et de lieu de travail, contrôlés démocratiquement par les travailleurs de base et responsables devant eux, doivent être construits afin de défier la dictature au travail exercée par les entreprises, appuyées par les syndicats. Ces comités devraient assumer les responsabilités depuis longtemps abandonnées par les syndicats, y compris traiter les griefs, s’opposer à la victimisation de travailleurs combatifs, mettre un terme à l’accélération du travail et à des conditions dangereuses, et lutter pour la démocratie industrielle.

Ces nouvelles organisations de lutte s’uniront à toutes les sections de travailleurs en lutte aux États-Unis et à l’échelle internationale contre l’érosion du niveau de vie et des conditions de travail aux États-Unis depuis plusieurs décennies et le transfert immense de richesses aux milliardaires supervisés par les administrations démocrates et républicaines.

Ce n’est pas une lutte contre un seul employeur ou un seul syndicat. C’est une lutte contre le système capitaliste dans son ensemble, qui subordonne les besoins de la société à l’enrichissement de l’élite des entreprises et des finances. C’est pourquoi une contre-offensive active de la classe ouvrière doit être armée d’une nouvelle stratégie politique : la lutte pour la transformation socialiste des entreprises comme UPS et Amazon en entreprises publiques, appartenant collectivement à, et contrôlées démocratiquement par, la classe ouvrière elle-même.

(Article paru en anglais le 8 octobre 2018)