Travailleurs et retraités manifestent contre l’austérité en France

Par Anthony Torres
10 octobre 2018

Mardi 9 octobre, se tenait la première manifestation de la rentrée organisée par l’intersyndicale face aux attaques en préparation du gouvernement, 3 mois après la fin de la grève perlée des cheminots. Les travailleurs, les retraités et les jeunes battaient le pavé sur fond d’une profonde crise gouvernementale depuis l’Affaire Benalla, alors que les démissions de ministres se succèdent au sommet de l’État.

En même temps, une profonde méfiance des syndicats gagne de larges sections de travailleurs. Malgré l’opposition de 95 pour cent des personnels de la SNCF à la réforme du rail, les syndicats n’ont organisé qu’une grève «perlée» tout en continuant de négocier la privatisation avec Macron, avant de mettre fin à la grève cet été. L’incapacité des syndicats d’organiser une victoire malgré l’opposition ultra-majoritaire des travailleurs à un gouvernement faible et haï est une preuve accablante de leur faillite politique.

Cette expérience radicalise déjà les travailleurs. De plus en plus de travailleurs tirent la conclusion qu’une grève générale et une lutte révolutionnaire sont les seules formes viables d’opposition à Macron.

L'Université de Paris IV en grève

Au total une centaine de manifestations appelées par la CGT, FO et Solidaires – auxquelles se sont joints les organisations de jeunesse Fidl, UNL et l’Unef – se sont déroulées à travers la France. Ces manifestations n’ont rassemblé guère plus de monde que la dernière journée de mobilisation du 28 juin, après laquelle la direction des appareils syndicaux ont sonné la fin de la grève des cheminots.

A Paris où des débordements ont eu lieu entre une centaine d’individus et les forces de l’ordre, faisant un blessé et cinq arrestations, les syndicats ont compté 50 000 manifestants contre 21 000 pour le cabinet d’études Occurrence, lié à la police. En province, il y a eu entre 3.000 et 5.000 manifestants à Marseille, Lyon, Nantes ou au Havre, notamment.

Les reporters du WSWS ont pu discuter sur Paris avec une retraitée, Joyce habitant dans le Finistère et venue sur Paris pour exprimer son ras le bol: «On a des petites retraites, on ne nous les augmente pas. Par contre, on augmente très bien le minimum vieillesse, mais les petites retraites qui sont en-dessous ne sont pas remontées. Beaucoup de femmes ont eu les enfants à la maison, et après on a trouvé des petits boulots et si on a eu un accident de travail... on n’a pas des grosses retraites. Comment voulez vous vivre avec ça? On nous supprime tout, et après pour les travailleurs c'est pareil. Que ce soient les cheminots, on leur enlève tous, tous les acquis.»

Joyce a aussi dénoncé les guerres de Macron et de l’OTAN au Moyen Orient et l’augmentation des budgets militaires: «En Syrie, qu’est-ce qu’on a à faire là bas, en quoi ça nous regarde? Et ça ne nous regarde pas. Moi, je ne suis pas d’accord.»

Contre la politique de guerre et anti immigrés du gouvernement

Joyce a évoqué les pressions de plus en plus fortes sur les travailleurs sous Macron: «Moi je suis dans une famille où on a beaucoup d’infirmières. Elles sont débordées de boulot, comme ma belle fille.. On supprime des lits, on vous emmène dans un autre hôpital après, on vous emmène pour faire des examens, on vous fait refaire 200 kilomètres pour refaire d'autres examens.»

Interrogée sur la politique de Macron, Joyce a dénoncé le président comme étant «l’amis des riches» et continué: «Moi, j'estime que en France il y a beaucoup trop d'inégalités. Tout le monde devrait pouvoir vivre correctement, avoir de quoi manger, et un toit sur sa tête et ne pas en donner à des gens qui sont les amis de Macron, le CAC-40. On a un gouvernement qui de toute façon s'en fiche de nous on va manifester mais ça ne servira à rien. On aura beau tout faire il va falloir faire comme 1789, quoi. Allez tout casser, aller le chercher comme il a dit!»

Sur Marseille, les reporters du WSWS ont vu des cortèges de dockers, d’agents territoriaux, de la RTM, de chômeurs et du corps enseignant, en particulier dans les lycées professionnels.

Une banderole appelant à poursuivre la grève des cheminots contre Macron

Marc, professeur au lycée Diderot de Marseille, a dit au WSWS qu’il est «contre les réformes de Macron qui renforcent les inégalités sociales. Nous nous battons contre la réforme de la voie professionnelle, qui va non plus permettre de former des citoyens pour les intégrer et surtout avoir leur vrai place dans la société. En fait, le gouvernement a le projet de réduire les heures d’enseignement général pour en faire juste de la chaire à patron, juste bon à être employé sans être constitué d’esprit critique.»

Sur les démissions dans le gouvernement, il a expliqué: «On s’aperçoit que la vieille politique revient par la nouvelle porte. Colomb veut récupérer son fief dans le milieu qu’il appartenait et Hulot servait d’alibi à une politique qui n’a rien d’écologique alors que c’est le grand enjeu. Ce gouvernement a été mis en place par les puissants qui tiennent l’économie.»

Lorsque le WSWS lui a demandé quel bilan tirait il de la lutte des cheminots, Marc a dit que la grève était «légitime». Il a ajouté: «Les camarades de la SNCF ont essayé de changer leur moyen de grève et finalement ils n’ont rien obtenu de leurs revendications.»

Il a souligné son manque de confiance en les barouds d’honneur traditionnellement organisés par les appareils syndicaux: «Nous sommes dans une situation où les travailleurs et ouvriers sont livrés à eux mêmes. On n’arrive pas à trouver des moyens plus efficace qui passera peut être par les réseaux sociaux.»

Les reporters sur Marseille ont rencontré Graciela sans emploi qui «conteste la politique de notre cher président: les lois qu’il fait passer, la spoliation de nos droits et aussi les ponctions qu’il fait sur les plus pauvres alors que la plupart des politicards s’engraissent ainsi que les lobbyes.»

Graciela est également revenue sur la nécessité d’organiser de nouveaux moyens de communication afin d’organiser indépendamment les luttes: « La presse est muette, cela doit passer par les réseaux sociaux pour que les gens se regroupent.» Elle a dit espérer que l’armée soutiendrait les masses contre l’élite dirigeante en cas de crise révolutionnaire en France: «Vous savez, il y a des appels à l’armée, il y a des pétitions pour que l’armée rejoigne le peuple, qui disent que l’armée doit défendre le peuple, pas les politicards.»

Elle a aussi estimé que la réforme ferroviaire devrait être annulée: «Moi j’ai envie de croire que le peuple peut descendre dans la rue pour dire stop aux lois, on les rejette. Il faut que tout le monde sorte.»