Mémo interne de Google: les firmes technologiques se «détournent de la liberté d’expression pour se tourner vers la censure»

Par Kevin Reed
12 octobre 2018

Mardi, le site internet d’extrême droite Breitbart News a rendu public un mémo interne confidentiel, écrit par des employés du géant de la technologie Google, qui parle ouvertement de censure politique.

Le document note que «les firmes technologiques se sont détournées progressivement de la liberté directe d’expression pour se tourner vers la censure et le contrôle». Ce faisant, Google, Facebook et Twitter ont cherché à mettre l’accent sur la création «d’espaces visant à garantir la sécurité et la courtoisie» et à minimiser le concept de «marchés d’idées sans intermédiaires».

Breitbart a déclaré que Google n’avait pas nié la véracité du document, mais il a écrit qu’«une source officielle de Google a déclaré que le document devait être considéré comme un exercice interne de recherche et non comme une position officielle de la compagnie».

Le document divulgué de Google cite le rédacteur en chef de MIT Tech Review, Jason Pontin: «À l’échelle mondiale, l’internet et les plates-formes sociales ont été un atout formidable pour la liberté d’expression. L’internet a permis à des milliards de personnes de s’exprimer et rendu la tâche presque impossible aux gouvernements – même dans les pays hautement contrôlés comme la Chine – qui veulent contrôler efficacement les échanges de vues entre les gens».

Mais la page suivante du mémo déclare que «les récents événements mondiaux ont sapé cette vision utopique».

Le document explique le «passage à la censure» en pointant du doigt des considérations «commerciales» et «gouvernementales». L’un des objectifs de la censure est de «protéger les annonceurs contre des contenus controversés [et] d’augmenter les revenus», indique le rapport.

Le mémo ajoute que «Google pourrait continuer à évoluer avec le temps, et changer sa position quant au degré de censure (à cause de pressions publiques, gouvernementales ou commerciales)».

Le document admet que c’est un changement par rapport à la «tradition américaine qui privilégie la liberté d’expression pour favoriser la démocratie, et non la courtoisie» en ce qui a trait aux entreprises de médias sociaux.

En août 2017, le World Socialist Web Site a publié une lettre ouverte à Google qui affirmait que les modifications apportées à ses algorithmes de recherche avaient entraîné une chute massive du trafic sur les sites Web de gauche, antiguerre et socialistes.

«La censure à cette échelle équivaut à la mise en place d’une liste noire politique», soutenait la lettre. «L’algorithme de censure de Google sert manifestement à bloquer les nouvelles que votre compagnie voudrait passer sous silence, et étouffer des opinions avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Ce type de fichage politique n’est pas un usage légitime d’éventuelles prérogatives de Google en tant qu’entreprise commerciale. C’est un abus grossier d’un pouvoir de monopole. Vous attaquez la liberté d’expression».

La publication du document interne fait suite à un rapport du 5 octobre publié par le Washington Post selon lequel le PDG de Google, Sundar Pichai, aurait rencontré en secret des responsables civils et militaires au Pentagone lors d’un récent voyage à Washington DC.

S’appuyant sur des entretiens avec deux sources anonymes au courant de la réunion, le Post a écrit que Pichai «cherchait à apaiser des tensions près de quatre mois après que l’indignation des employés a poussé le géant de la technologie à rompre un contrat de défense pour l’analyse de vidéos de drones», connu sous le nom de «Project Maven».

Le Post a rapporté que Pichai avait rencontré des responsables du Bureau du sous-secrétaire à la défense pour le renseignement, un département qui rend compte de questions relatives au renseignement militaire au secrétaire américain à la Défense, l'ancien général du Corps des marines des États-Unis, James Mattis. Le bureau est responsable du programme «Project Maven», qui développe des capacités en intelligence artificielle pour identifier les voitures, les bâtiments et d’autres objets enregistrés dans des vidéos par des drones survolant des zones de combat et d’autres paysages.

Ni les responsables du ministère de la Défense ni les représentants de Google n’ont publiquement commenté la réunion secrète. La résiliation du contrat de «Project Maven», après que plus de 3.000 employés ont signé une lettre pour protester contre la participation de la société au «commerce de la guerre», avait porté un coup dur aux efforts de Google pour renforcer sa collaboration avec le renseignement militaire.

En juin, en réponse à la lettre, la direction de Google a annoncé que le contrat de «Project Maven» ne serait pas renouvelé en 2019. Cependant, Pichai n’a pas tardé à publier un billet dans lequel il exposait les objectifs de Google en matière d’intelligence artificielle et expliquait que l’entreprise poursuivrait ses travaux avec le Pentagone sur «la cybersécurité, la formation, le recrutement dans l’armée, les soins de santé dispensés aux anciens combattants et les missions de recherche et de sauvetage».

(Article paru en anglais le 11 octobre 2018)