Baisse importante sur Wall Street en raison de la hausse des taux d'intérêt

Par Nick Beams
12 octobre 2018

Wall Street a connu sa plus forte baisse en huit mois mercredi, alors que les principaux indices ont chuté de plus de 3% à la suite du mouvement à la hausse des taux d'intérêt au cours de la période récente.

Les valeurs technologiques ont subi les plus fortes baisses, l'indice Nasdaq Composite ayant reculé de plus de 4% dans sa chute la plus marquée depuis juin 2016, après le référendum Brexit au Royaume-Uni. L'indice Standard & Poor's 500 a reculé de 3,3%, sa plus forte baisse depuis février. Elle est tombée pendant cinq jours consécutifs: sa plus longue chute enregistrée depuis que Donald Trump est devenu président.

Le Dow Jones a chuté de 832 points, soit une baisse de 3,2%, et l'indice de volatilité Chloe est passé à plus de 20, son plus haut niveau depuis avril, ce qui indique que davantage de volatilité est attendue.

Le principal facteur à l'origine de cette baisse semble être la flambée des rendements (taux d'intérêt) des bons du Trésor américain, qui ont fortement augmenté ces derniers jours pour dépasser 3%. La liquidation du marché obligataire et la hausse des taux d'intérêt (les prix des obligations et les taux d'intérêt ont une corrélation inverse) impliquent une baisse de la valeur des actions, puisque le rendement du Trésor est utilisé pour actualiser les flux de revenus futurs attendus.

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a atteint un plus haut niveau sur sept ans à 3,26% en début de semaine, reflétant la conviction que la Réserve fédérale américaine continuera à relever son taux de base en fonction de prévisions d'une croissance économique américaine plus élevée. Bien que cela ne soit pas explicitement indiqué, un facteur clé dans la décision de la Fed d’augmenter les taux d'intérêt est la pression croissante des travailleurs aux États-Unis en faveur de hausses salariales, la stagnation et la baisse des salaires étant un facteur clé dans la promotion du boom boursier au cours des neuf dernières années.

Dans son rapport sur cette baisse, le Wall Street Journal a souligné le fait que les grandes entreprises qui ont alimenté la hausse du marché par des rachats d'actions se tiennent actuellement à l’écart, peu enclines à s'engager dans de nouveaux achats avant la publication des résultats du troisième trimestre.

Le journal a rapporté que les sociétés du S&P 500 «ont dépensé 380 milliards de dollars en rachats d'actions au cours du premier semestre de cette année, Apple, Cisco et Facebook étant les acheteurs d'actions les plus actifs».

La chute à Wall Street a suscité un commentaire de Trump sur le resserrement des taux d'intérêt par la Fed. M. Trump n'a cessé de souligner que la hausse du marché boursier indiquait la vigueur de ses politiques économiques.

«Je pense que la Fed fait une erreur», a-t-il dit. «Ils sont si radins. Je pense que la Fed est devenue folle.»

Une déclaration de la Maison-Blanche publiée par l'attachée de presse Sarah Huckabee Sanders a également fait part de l'inquiétude de l'administration concernant la liquidation sur les marchés. «Les bases et l'avenir de l'économie américaine restent incroyablement solides,» a-t-elle dit. «Les politiques économiques du Président Trump sont à l'origine de ces succès historiques et elles ont créé une base solide pour une croissance économique continue.»

Mais comme l'ont souligné de nombreux commentateurs, si c'est le cas et que l'économie américaine est saine et en croissance, la Fed devrait augmenter les taux d'intérêt plus rapidement afin de les faire passer des creux historiques de la période suivant la crise de 2008 à des niveaux plus normaux.

En annonçant la dernière hausse en septembre, le président de la Fed, Jerome Powell, a déclaré que les taux d'intérêt étaient toujours «accommodants» et que la banque centrale se dirigeait vers une position où ils seraient neutres, mais qu'ils étaient probablement «loin d'être neutres» actuellement, ce qui indique que la Fed prévoit un nouveau resserrement.

Les commentaires de Trump et la déclaration de la Maison-Blanche sur le marché indiquent que l'administration craint que, loin de refléter la vigueur de l'économie américaine, le marché boursier en pleine expansion ne soit un château de cartes extrêmement vulnérable à un durcissement des conditions financières.

Si le résultat immédiat de la dernière chute n'est pas clair, de nombreux rapports sur l'état du système financier mondial dix ans après le krach de 2008 font état de la création de conditions propices à une nouvelle catastrophe provoquée par les mesures mêmes – taux d'intérêt extrêmement bas et injection de billions de dollars – qui ont servi à soutenir le système financier mondial.

Dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde, publié à l'occasion de sa réunion semestrielle qui se tient cette semaine à Bali, en Indonésie, le Fonds monétaire international (FMI) a déclaré que si les cadres réglementaires ont été améliorés et le système bancaire renforcé, «de nouvelles vulnérabilités sont apparues et la fiabilité du système financier mondial doit encore être vérifiée».

Le FMI a déclaré que les risques à moyen terme pour la stabilité financière mondiale demeurent élevés :

«Un certain nombre de vulnérabilités qui se sont accumulées au fil des ans pourraient être mises au jour par un resserrement brutal et soudain des conditions financières. Dans les économies avancées, les principales vulnérabilités financières comprennent des niveaux d'endettement élevés et croissants dans le secteur non financier, une détérioration continue des normes de souscription et des surévaluations d'actifs dans certains marchés importants.»

L'une des expressions clés des «surévaluations d'actifs» est la hausse record du marché boursier américain, stimulée par les faibles taux d'intérêt et le recours croissant aux rachats d'actions.

Le FMI a déclaré que si les banques avaient augmenté leurs réserves de fonds propres et de liquidités depuis la crise, elles restaient exposées à des entreprises, des ménages et des gouvernements très endettés et à ce qu'il a appelé leurs «avoirs en actifs opaques et illiquides».

Le rapport du FMI a averti qu'à mesure que les banques centrales retireraient les accommodements monétaires, les conditions financières se resserreraient, ce qui pourrait «exposer les vulnérabilités du système financier» qui sont apparues depuis la crise financière mondiale.

L'une de ces «vulnérabilités» est l'accumulation de la dette en dollars dans les économies de marché émergentes.

Dans un discours prononcé plus tôt ce mois-ci, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a souligné que la dette mondiale, tant publique que privée, a maintenant atteint un sommet historique de 182 billions de dollars, soit environ 60% de plus qu'en 2007. Cela a rendu les gouvernements et les entreprises «plus vulnérables à un resserrement des conditions financières».

Si ce resserrement devait s'accélérer rapidement, il pourrait entraîner des «corrections de marché», de brusques mouvements de taux de change et un affaiblissement des flux de capitaux. Le FMI a estimé que dans ces conditions, les marchés émergents, à l'exclusion de la Chine, pourraient faire face à une «sortie de portefeuille de dette» pouvant atteindre 100 milliards de dollars, un montant équivalent à celui de la crise financière il y a dix ans.

Rien que cela, a-t-elle dit, devrait servir «d’avertissement». La chute de mercredi à Wall Street et la réaction plutôt frénétique de la Maison-Blanche sont peut-être une autre indication de l'instabilité sous-jacente du système financier.

(Article paru en anglais le 11 octobre 2018)