Trump lance un appel fascisant dans une lettre sur sa destitution

Dans un geste visant à rameuter ses partisans fascisants, le président américain Donald Trump a publié mardi une lettre belligérante de six pages accusant la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi de vouloir tenter un «coup d'État».

Dans la lettre, Trump accuse la majorité démocrate du Congrès d'avoir «violé [ses] serments d'investiture » ; « vous rompez votre allégeance à la Constitution et vous déclarez la guerre ouverte à la démocratie américaine», écrit-il.

Le président Donald Trump parle lors d'une conférence de presse avec le président finlandais Sauli Niinisto à la Maison Blanche à Washington, en octobre [source: AP Photo / Carolyn Kaster]

La lettre est, en d'autres termes, une menace qui se rapporte à quelque chose à quoi Trump a fait allusion au début du processus de destitution - la «guerre civile».

Le document est rédigé dans un langage incendiaire jamais utilisé par un président américain. Trump y accuse la présidente de la Chambre d’«actions malveillantes», qui montrent «un mépris absolu pour la fondation de l'Amérique». Il déclare que le président de la Commission parlementaire du renseignement, Adam Schiff, a «triché et a menti» et il se présente comme la victime d'une «conspiration démocrate».

Le fait qu'un tel langage puisse être utilisé contre la majorité du Congrès par un président témoigne de l'effondrement des formes constitutionnelles de gouvernement aux États-Unis.

Depuis son élection, Trump a systématiquement cherché à détruire toute limite légale et constitutionnelle à sa présidence; ce qui s’est exprimé le plus directement dans son appropriation de fonds militaires pour son mur frontalier au mépris du Congrès, en déclarant un «état d'urgence».

Trump a utilisé ces fonds pour créer des camps de concentration à la frontière avec le Mexique et pour effectuer des séparations familiales que les organisations de défense des droits de l’homme ont comparées à de la torture. Il a menacé à plusieurs reprises de rester au pouvoir au-delà des limites de mandat prévues par la Constitution et a indiqué qu'il n'accepterait pas comme légitime une élection qui conduirait à sa défaite.

Trump a systématiquement cultivé une base politique fascisante avec des ouvertures répétées et délibérées envers les suprémacistes blancs et les néonazis. Il a cherché à constituer une garde prétorienne dans l'armée, la police et la police des frontières, qui grouillent de ses partisans fascistes.

Il utilise maintenant le processus de destitution des démocrates comme un moyen de rassembler cette base fasciste dans l'action, avec des conséquences dangereuses et imprévisibles.

En se présentant comme la victime d'une «conspiration» pour renverser la constitution, Trump exploite le caractère frauduleux de la campagne de destitution des démocrates, qui se concentre sur les différends sur la politique étrangère entre les factions au sein de l'État.

L'élément le plus frappant du processus de destitution, et ce qui lui donne la qualité d'une révolution de palais, est son éloignement total de toutes revendications à caractère populaire et son indifférence à leur égard.

Si Trump cherche à exploiter la destitution pour rallier un mouvement d’extrême-droite, le Parti démocrate lui, a peur d’une mobilisation de l'opposition populaire de masse contre Trump et y est hostile.

Cela a créé une situation dans laquelle, loin de défendre la Constitution, les démocrates n'ont fait que faciliter une attaque des droits démocratiques de la part de Trump.

La lettre de Trump à Pelosi déclare: «Votre présidence de la Chambre et votre parti sont pris en otage par vos représentants les plus dérangés et les plus radicalement d'extrême gauche. Chacun de vos membres vit dans la peur d'un adversaire socialiste lors des primaires - c'est ce qui motive la destitution ».

Autrement dit Trump se décrit, en reprenant un trope fasciste, comme la victime d'un complot socialiste. La lettre cherche à qualifier l'opposition à l'administration Trump d’essentiellement criminelle - en tant que soutien à un «coup d'État» et à une attaque contre la Constitution.

Trump est immensément détesté, affichant une cote d'approbation inférieure à celle de tout autre président à un moment similaire de son mandat. Les sondages ont toujours montré que les vrais crimes de Trump - comme la torture de milliers d'enfants immigrés - sont la raison pour laquelle une partie importante de la population souhaite le voir démis de ses fonctions.

Le candidat Trump, qui, le jour du scrutin, afficha une cote de désapprobation plus élevée que n'importe quel autre candidat d’un grand parti de l'histoire, perdit le vote populaire - par 2,8 millions de voix. Le fait qu'il ait pu accéder à la présidence ne tenait qu’au caractère anti-démocratique du Collège électoral, qui favorise de manière disproportionnée les candidats droitiers.

Même alors qu’ils poursuivent leur campagne de destitution, les démocrates ont accordé à Trump une série de victoires législatives, notamment une augmentation massive des dépenses militaires, des réductions des limites qu’impose le Congrès à l'utilisation de la force militaire et le financement de son mur frontalier. En effet, le vote prévu sur sa destitution est accolé à celui sur l'adoption bipartite mardi de la loi sur l'Autorisation de Défense nationale et à l'adoption prévue aujourd’hui de l'accord commercial anti-chinois USMCA.

Les deux factions se caractérisent, dans l'intensification de la lutte au sein de l'État, par une crise et une désorientation profondes. Les commentaires de Trump relève du délire, dénonçant des éléments de son propre gouvernement comme étant impliqués dans une conspiration criminelle. Mais cela ne vaut pas moins pour les démocrates, qui ont passé des années à enquêter sur l'allégation que Trump était un traître de mèche avec les Russes.

À leur manière, les deux parties sont hantées par le spectre de la montée de la lutte de classe aux États-Unis.

Alors que Trump dénonce les démocrates comme socialistes - son euphémisme pour toute forme d'opposition populaire à son gouvernement, les démocrates sont terrifiés de faire quoi que ce soit qui pourrait susciter un soutien populaire plus large. Ils ont mené leur lutte comme une opération interne, s'appuyant pour s'opposer à Trump sur des factions au sein de l'État.

Aucune solution progressiste à la crise n'est possible dans ce cadre. Dans le cas d'un échec de la destitution, Trump en sortira politiquement renforcé. Si elle réussissait, elle manquerait de légitimité populaire auprès de larges segments de la population. Son seul effet direct serait d'intensifier le conflit américain avec la Russie.

Le fasciste de la Maison Blanche constitue un immense danger pour les droits démocratiques et doit être chassé du pouvoir. Mais cette tâche historique urgente ne peut pas être laissée aux mains des démocrates. Elle ne peut être réalisée que par une mobilisation indépendante de la classe ouvrière opposée sans concession à toutes les factions de l'oligarchie financière américaine.

(Article paru en anglais le 18 décembre 2019)

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