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L'ONU avertit la grande entreprise: des soulèvements sociaux à l'horizon

L'insécurité économique croissante et la baisse des salaires, à côté de profits gigantesques des compagnies, sont en train de nourrir l`hostilité populaire à l'endroit des classes privilégiées et de créer les conditions pour des explosions politiques dans plusieurs pays, a averti l'ONU dans un rapport rendu public le 15 septembre.

L'étude en question, le rapport 1997 de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCD), arrive à la conclusion que «la faible croissance économique et la montée des inégalités deviennent des caractéristiques permanentes» du système de profit suite à la mondialisation croissante de l'économie mondiale.

Le capital peut circuler rapidement à travers le monde à la recherche des conditions les plus favorables pour la réalisation de profits, ce qui élargit le fossé social existant entre l'élite économique et la classe ouvrière internationale. Comme le souligne le rapport de la CNUCD:

* Les riches ont fait des gains partout, non seulement aux dépens des sections les plus pauvres de la société, mais aussi aux dépens des classes moyennes, qui ont beaucoup souffert dans plusieurs pays.

* L'abolition de tout contrôle gouvernemental sur la circulation du capital financier international a mené à une augmentation de la dette publique et privée et à la création d'une nouvelle classe globale de rentiers, qui profite du gonflement des flux de capitaux et de la hausse des taux d'intérêt. Ces parasites financiers achètent et vendent des biens existants, profitant de la spéculation sur les prix, au lieu d'investir dans le développement des forces productives.

* La part du revenu qui revient au capital a augmenté par rapport à celle qui va aux travailleurs, laquelle a baissé depuis les années 80 dans la plupart des pays dits en voie de développement. Le salaire réel a chuté jusqu'à 30 p. cent dans certains pays d'Amérique Latine, alors que la richesse nationale est de plus en plus monopolisée par les 1 p. cent les plus riches de la population.

* Dans les sept plus importantes économies capitalistes: les États-Unis, le Japon, l'Angleterre, la France, l'Allemagne, l'Italie et le Canada, le taux de rendement sur le capital est passé de 12,5 p. cent au début des années 80 à plus de 16 p. cent au milieu des années 90. Ce gain s'est fait aux dépens de la classe ouvrière.

* La hausse des taux d'intérêt a grugé dans les revenus des compagnies, entrainant des restructurations, des vagues de licenciements ( « downsizing ») et la diminution des salaires. Pendant ce temps, la croissance économique mondiale est trop lente pour absorber les travailleurs expulsés de leurs emplois.

La CNUCD est une agence vouée à la défense du capitalisme. Sa « solution » à la crise dont elle trace les contours dans des centaines de pages de statistiques est de subordonner encore plus directement l'économie mondiale aux exigences des compagnies transnationales.

Mais sa servilité au système de profit donne encore plus de poids à son avertissement que la croissance de l'inégalité et la dégradation du niveau de vie des travailleurs sont en train de créer les conditions d'un mouvement politique dirigé contre le capitalisme.

Le rapport vise clairement à alerter la classe dirigeante et à lui faire comprendre que sa propriété et ses profits sont en danger. « La hausse des profits, combinée à la stagnation des investissements, à la montée du chômage et à la réduction des salaires, suscite déjà un large mécontentement et pourrait amener beaucoup de gens à se demander s'il est acceptable de céder une part croissante du revenu national à une petite minorité. À moins que les revenus de la minorité ne soient utilisés pour créer une plus grande prospérité générale, ils risquent de perdre leur justification sociale. »

Le secrétaire-général de l'agence, Rubens Ricupero, a déclaré que les récents développements politiques étaient comme « des feux jaunes synchronisés à travers le monde » et qu'il fallait s'attendre à des contrecoups. « Les années 20 et les années 30 nous laissent un souvenir vif et troublant sur la rapidité avec laquelle la confiance dans les marchés peut être minée par les événements politiques », a-t-il affirmé.

Ricupero a cité la grève à UPS aux États-Unis autour de la question du travail à temps partiel, les grèves françaises de novembre-décembre 1995 contre les coupures dans les pensions de vieillesse et d'autres programmes sociaux, ainsi que les récents revirements électoraux en Europe occidentale, notamment la défaite de gouvernements conservateurs en France et en Angleterre.

Tournant vers la récession

Le rapport de la CNUCD a été rédigé avant la dernière série de chocs économiques à l'échelle globale, à commencer par la crise financière en Asie du sud-est déclenchée par la dévaluation de la monnaie thailandaise le 2 juillet dernier. Depuis lors, une demi-douzaine de pays ont été forcés de permettre une dévaluation de leurs propres monnaies. Puis le 11 septembre il y a eu le surprenant rapport que l'économie japonaise s'est contractée à un taux annuel de 11,2 p. cent durant le deuxième trimestre de l'année.

En Europe occidentale et au Canada, le chômage reste à un niveau très élevé, le nombre total de sans-emploi atteignant en août dernier un nouveau record d'après-guerre en Allemagne. Le taux de chômage en France est encore plus élevé, et d'importants employeurs européens tels Philips, Electrolux et Kellogg's continuent d'annoncer des licenciements massifs.

Les conditions de vie de la classe ouvrière dans les pays sous-développés continuent d'empirer, alors qu'une couche privilégiée de la classe moyenne amasse d'immenses fortunes. Au Mexique par exemple, 22 millions de personnes, soit le quart de la population, vivent dans l'extrême pauvreté, ce qui représente une hausse de cinq millions rien que dans les deux dernières années.

Aux États-Unis, malgré l'euphorie officielle concernant la montée en flèche des indices financiers, la marge de profit des compagnies subit une pression constante due à la valeur croissante du dollar américain, qui mine leur compétitivité sur le marché global. Un analyste a écrit sur le danger d'un « effet ciseaux», où « la compétition amenée par une hausse des importations, combinée à une faible croissance à l'étranger », aurait pour effet de « fractionner les profits ».

La volatilité croissante du marché boursier, on enregistre couramment des hausses et des baisses de 100 points dans une seule journée, ou même une heure, est elle-même un indice historique du fait que la hausse effrénée du marché boursier touche à sa fin et qu'une récession pointe à l'horizon. Même en pleine « économie parfaite », pour reprendre l'expression adoptée par les médias capitalistes américains pour décrire le boum du marché boursier et le taux officiel de chômage de moins de 5 p. cent, la pauvereté et la faim touchent de larges couches de la population et continuent de croître.

Une récession majeure jetterait en peu de temps des millions de travailleurs dans la misère, non seulement aux États-Unis mais aussi au Canada, car le filet de sécurité sociale établi durant la période de l'après-guerre a été réduit en lambeaux sous les gouvernements Mulroney et Chrétien à Ottawa, et les Reagan, Bush et Clinton à Wahsington. La grève à UPS aux États-Unis, le large mouvement d'opposition aux féroces coupures du gouvernement conservateur de Mike Harris en Ontario, ne sont que les premiers indices du type de puissant mouvement de classe qu'une récession économique peut déclencher en Amérique du nord.

La mondialisation et la classe ouvrière

L'intégration globale sans précédent de la vie économique citée dans le rapport de la CNUCD est un processus historique objectif, alimenté par les développements révolutionnaires dans le domaine de l'informatique, des télécommunications et des transports, développements qui ont permis aux compagnies transnationales d'organiser la production à l'échelle de la planète.

La question qui se pose aux travailleurs est de savoir si la mondialisation va se faire sur une base capitaliste ­ c'est-à-dire en montant les travailleurs d'un pays contre leurs frères et soeurs de classe des autres pays, dans une compétition dégradante pour déterminer qui acceptera de vendre sa force de travail au salaire le plus bas ­ ou plutôt si la mondialisation va se faire sur une base socialiste, sous le contrôle de la classe ouvrière elle-même, qui utilisera l'énorme croissance de la productivité et des richesses pour le bien de tous.

L'intégration croissante de l'économie mondiale signifie que les emplois et les conditions de vie des travailleurs américains, canadiens, allemands ou thailandais sont liées aussi solidement que jamais. Il est impossible de maintenir un niveau de vie et des salaires décents pour les travailleurs de n'importe quel pays sur la base des étroites méthodes syndicales, dans un contexte où le capital a acquis une mobilité sans précédent et peut déménager de plus en plus facilement là où il pourra exploiter une force de travail moins coûteuse et plus vulnérable. Ce qui est nécessaire, c'est une lutte politique contre le système de profit en son entier.

La classe ouvrière ne peut repousser les attaques des multinationales capitalistes en embrassant le programme réactionnaire du nationalisme économique et du protectionnisme, tel que prôné par les dinosaures politiques qui dirigent les syndicats canadiens et québécois, et le NPD. Leur opposition à la mondialisation ne contient rien de progressif, et ne fait que refléter les intérêts des sections les plus arriérées de la classe capitaliste, qui craignent d'être balayées par leurs rivaux internationaux, et avant tout leurs rivaux américains, depuis la signature de l'accord de libre-échange.

Au Canada anglais, les syndicats et le NPD cherchent à subordonner la classe ouvrière aux intérêts commerciaux des sections les plus faibles de la classe capitaliste sous la bannière du chauvinisme anti-américain, tout en s'accommodant au chauvinisme anti-québécois prôné par des populistes de droite comme le chef réformiste Preston Manning.

Au Québec, ils cherchent à faire des travailleurs une force politique docile au service de la section de la grande entreprise québécoise qui pense mieux tirer son épingle du jeu en se « ploguant » directement à l'économie globale par l'établissement d'un État québécois indépendant.

Le nationalisme canadien et le nationalisme québécois sont les deux faces d'une même médaille: ils servent tous deux à diviser les travailleurs au sein du Canada sur la base de la langue ou de l'origine ethnique, et à les isoler de leurs frères et soeurs de classe des autres pays.

Le Parti de l'égalité socialiste

La classe ouvrière se dirige vers de grandes luttes politiques contre le système de profit. Les vieilles organisations syndicales ne veulent, ni ne peuvent, mener une telle lutte. Le Parti de l'égalité socialiste a été fondé pour ouvrir une voie de l'avant à la classe ouvrière, en armant celle-ci d'un programme socialiste et internationaliste visant à unir les travailleurs canadiens avec les travailleurs des États-Unis, du Mexique, du Japon, d'Allemagne et d'ailleurs dans le monde.

Le Parti de l'égalité socialiste lutte pour bâtir un mouvement politiquement conscient de la classe ouvrière contre le système de profit sur la base de politiques socialistes, visant à garantir à tous un emploi décent et assuré, des soins de santé, une éducation et un logement de qualité.

La vie économique doit être réorganisée pour mettre fin aux privilèges de classe et créer une véritable égalité sociale et économique. Nous appelons à la transformation des principaux leviers économiques ­ les banques, les grosses compagnies transnationales, l'industrie lourde, les services d'utilité publique et le transport en commun ­ en propriété publique sous le contrôle démocratique des travailleurs.

Ces changements nécessaires ne peuvent être réalisés que par le biais d'une lutte politique au cours de laquelle la classe ouvrière arrive à prendre le pouvoir politique entre ses propres mains. Le succès d'une telle lutte requiert une nouvelle orientation et une nouvelle direction, une direction révolutionnaire, représentée par le Parti de l'égalité socialiste. Nous appelons les travailleurs à considérer les implications de la crise du capitalisme et à prendre la décision de joindre les rangs du Parti de l'égalité socialiste et à bâtir ce dernier en tant que nouveau parti politique de masse de la classe ouvrière.

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