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WSWS : Nouvelles et analyses : Europe

Le maire socialiste menace d’expulser de force des immigrés sans logement

Par Kumaran Rahul et Antoine Lerougetel
8 septembre 2006

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Jean-Yves Le Bouillonnec, député-maire socialiste de Cachan (Val-de-Marne) a déclaré le 1er septembre à la presse qu’il « n’hésitera pas » à saisir la justice pour faire évacuer par la force quelque 200 personnes qui se sont réfugiées dans un gymnase après avoir été expulsées d’un squat.

« Je tente de trouver une issue par le dialogue », a-t-il précisé, « mais cette possibilité de recours devant les tribunaux existe. Et je n’hésiterais pas à l’utiliser si je constate que le blocage perdure, si j’observe qu’on m’empêche de redonner au gymnase sa vocation ou si la situation sanitaire l’exigeait. » Lundi, c’était la rentrée scolaire et les locaux servent alors à l’accueil des élèves.

Les squatters sont des immigrés. Ils se sont réfugiés dans le gymnase suite à l’offre que leur avait faite Le Bouillonnec après leur éviction du bâtiment F, ancienne résidence universitaire de cinq étages, laissée à l’abandon, sur le campus universitaire de l’Ecole normale supérieure de Cachan. Sur ordre du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, une force massive de 500 CRS en tenue anti-émeute a été mobilisée le 17 août contre les squatters. Une grande partie des hommes s’étant déjà rendus à leur travail, il ne restait que les femmes et les enfants. La police se servit d’un bélier pour défoncer les portes et expulser 508 personnes, dont 141 enfants.

Le député-maire a expliqué qu’il avait accepté d’héberger provisoirement les familles et les enfants dans le gymnase « parce qu’ils étaient depuis deux jours dans la rue et sous la pluie. »

Le Bouillonnec et le Parti socialiste (PS) n’ont pas placé l’évacuation brutale des squatters du bâtiment F au centre de leur campagne contre la politique de Sarkozy qui consiste à expulser les gens, manu militari, des immeubles vétustes. Les premières expulsions de ce genre eurent lieu après les incendies de l’immeuble du boulevard Vincent Auriol, de l’hôtel Paris Opéra ainsi que d’autres incendies à Paris, au cours desquels une cinquantaine de travailleurs immigrés et leurs enfants ont trouvé la mort l’année dernière. Ils n’ont pas saisi non plus l’occasion pour s’opposer aux lois draconiennes contre les immigrés votées cette année. Au lieu de cela, ils se mettent dans le sillage de Sarkozy, président de l’UMP (Union pour un Mouvement populaire), le parti gaulliste au pouvoir, et candidat à l’élection présidentielle de 2007.

Le Parti socialiste aurait pu chercher à rassembler un soutien de masse pour réquisitionner des propriétés vides et résoudre ainsi immédiatement le problème, revendication majeure des sans logement. Une loi de 1945 le permet dans les situations d’urgence, comme c’est le cas pour le squat de Cachan. Mais, comme l’avait révélé l’année dernière l’incendie du boulevard Vincent Auriol, le Parti socialiste et ses alliés du Parti communiste (PC) et des Verts, ne sont ni disposés ni capables de défier les spéculateurs immobiliers qui se préoccupent avant tout de profiter de la flambée des prix de l’immobilier.

L’association Droit au logement (DAL) rapporte que dû à la spéculation, 409 491 logements sont vacants en Ile de France. Rien qu’à Paris, ce chiffre a grimpé de 20 000 en 1962 à 136 545 en 1999, soit 10,1 pour cent du parc des logements. La situation a empiré depuis.

Au 30 novembre 2001, 153 524 Parisiens, soit 7,5 pour cent, vivaient dans des conditions de surpeuplement extrême. L’on comptait 100 239 demandeurs de logements sociaux à Paris dont 89 831 étaient prioritaires. Par contre, seulement 8 000 à 10 000 logements étaient attribués par an. Le DAL fait mention d’une nette discrimination à l’égard des familles immigrées.

Voilà qui constitue le contexte du squat de Cachan au bout de 25 années durant lesquelles le Parti socialiste et ses alliés du Parti communiste et des Verts ont souvent été au gouvernement et occupé la fonction présidentielle.

Paris et un grand nombre de ses villes de banlieue, y compris Cachan, sont administrés par ces partis dans diverses combinaisons. Le bâtiment F abritait depuis 2001 des immigrés sans logement et est réputé pour être le plus grand squat de France, ses locataires s’appelaient eux-mêmes les « Mille de Cachan ». Nombreux étaient ceux qui venaient de la Côte d’Ivoire, du Mali et du Sénégal. Quelque 200 enfants y vivaient également. Ils étaient tous entassés dans 300 petites chambres d’étudiants (9 mètres carré) où l’électricité était improvisée et les conditions sanitaires déplorables.

En 2004, le CROUS, gestionnaire de la résidence, a obtenu du Tribunal administratif un jugement ordonnant l’expulsion et la destruction de l’immeuble pour le remplacer par un parking. Les élus locaux redoutaient une résistance de masse en cas d’évacuation forcée.

Un membre d’un groupe de soutien local pour les femmes, Mariama Diallo, citée par le journal anglais Guardian, donne une idée du désespoir qui a poussé des gens à s’installer dans un immeuble impropre à l’habitation. Elle a dit que les conditions à l’intérieur du squat « étaient faites pour mettre à l’épreuve les limites de l’endurance humaine… Quand j’en sors, je me lave, mais j’ai encore l’impression de sentir des poux. L’endroit n’a jamais été désinfecté par fumigation. Vous ne pouvez pas respirer tellement c’est humide, et tellement il y a de fuites dans ce bâtiment vétuste. C’est nauséabond. On y trouve des enfants couverts d’éruptions, des gosses qui souffrent d’allergie ou d’asthme, mais que peuvent faire les parents ? »

L’une des victimes de l’expulsion à dit à la presse, « On n’habitait pas dans un tel immeuble par plaisir… On est là par obligation, parce qu’on n’a pas trouvé de logement. »

Le 30 août, lors d’une manifestation organisée à Paris contre l’expulsion de Cachan, un manifestant a déclaré aux reporters du World Socialist Web Site que lui et sa femme et leur petite fille de trois ans, avaient été expulsés du squat et vivaient depuis dans le gymnase. « Je viens de la Côte d’Ivoire et je vis en France depuis 2002. » a-t-il dit. « Ma demande de permis de séjour a été refusée pour manque de preuve et donc je n’ai pas de papiers. Je suis venu en France parce qu’il y a la guerre en Côte d’Ivoire. Les autorités sont inhumaines et la brutalité policière est cruelle. Comme je suis illégal, je n’ai pas les moyens de pourvoir aux besoins de ma famille et donc je vis de l’aide de mes amis. Je ne peux même pas mettre ma fille à l’école maternelle parce que je n’ai pas d’adresse fixe. »

Selon un rapport du journal Guardian, seulement la moitié des squatters étaient des demandeurs d’asile ou des immigrés sans papiers. Le reste est en situation régulière, mais n’a pas pu trouver de logement en raison de la discrimination raciale. Certains ont un emploi : un électricien âgé de 25 ans vit en France depuis l’âge de 13 ans. Il a expliqué, « J’ai un emploi décent et je dispose de suffisamment d’argent pour louer un appartement. On pourrait croire que je suis en mesure de trouver un toit sans avoir à vivre dans un squat, mais pas en France. Je subis le racisme au quotidien dans tous les aspects de la vie. »

Les élus de la commune ont insisté en disant que l’éviction du bâtiment s’était « passée dans un calme relatif ». Cependant, un tract distribué par Le Rassemblement des collectifs des ouvriers sans-papiers des foyers et de l’Organisation politique, une structure composée d’ouvriers des foyers et de membres des collectifs, fournit le compte rendu suivant des événements :

« Le vendredi 18 août, les gens de l’immeuble rassemblés devant celui-ci et décidés à rester ensemble ont été chargés par la police, qui auparavant les avait totalement encerclés… dans les affrontements beaucoup de gens ont été frappés, plusieurs ont dû aller à l’hôpital. Quatre personnes ont été blessées, dont un bébé, une mère de famille (fracture du genou) et un père de famille (côtes cassées). »

On a rapporté qu’environ 60 personnes sans papiers ont été arrêtées, y compris des femmes enceintes, qui sont à présent menacées d’expulsion du territoire. Trois squatters sans papiers expulsés de Cachan ont déjà été déportés.

Certaines des 200 familles expulsées ont refusé d’être hébergées provisoirement dans des hôtels. Elles considèrent cette solution comme un moyen de les séparer sans fournir de solution à leur problème de logement.

Le Bouillonnec a déclaré que sur les 352 adultes qui se sont réfugiés au gymnase, « 190 ont indiqué être sans-papiers et 146 en situation régulière. » De plus, « sur les 254 personnes ayant accepté une solution hôtelière, 129 accompagnées de 61 enfants sont sans papiers et 121 adultes et 70 enfants sont en situation régulière. »

Depuis que Le Bouillonnec a permis aux squatters d’être hébergés au gymnase, il ne cesse de se chamailler avec Sarkozy quant à savoir qui est responsable de leur relogement.

Sarkozy a déclaré la semaine dernière, « Quand j’ai fait évacuer cet été le squat de Cachan, incroyable, des parlementaires se sont mobilisés alors qu’il y a une décision de justice qui remonte à 2004 et qui dit : c’est dangereux de laisser (les familles) là… Quand (les expulsés) se sont installés sur le trottoir, j’ai fait évacuer le trottoir, et le maire socialiste de Cachan a décidé de les accueillir dans le gymnase… eh bien maintenant, c’est son problème. »

Le Bouillonnec a répondu en demandant à la préfecture, qui dépend du ministre de l’Intérieur, de « réactiver sa proposition d’hébergement hôtelier provisoire pour les personnes en situation régulière et donc susceptibles d’entrer dans le dispositif de relogement qui a été engagé. » L’acceptation par l’administration socialiste de Cachan de recourir à une mesure de séparation des squatters entre squatters réguliers et sans papiers ne disposant d’aucun droit a été confirmé dans un communiqué de la préfecture auquel Le Bouillonnec se réfère et disant : « qu’aucune offre d’hébergement n’était recherchée, ni offerte aux personnes en situation irrégulière ».

Le PS, le PC et Verts qui ont participé au gouvernement Jospin de la Gauche plurielle (1997-2002) lorsque le squat avait débuté, font à présent preuve de solidarité avec le mouvement populaire contre la loi sur l’immigration de Sarkozy et pour le droit de séjour des enfants scolarisés et de leurs familles. Toutefois, le PS rejette d’un air indigné « la démagogie [de Nicolas Sarkozy] en accusant le Parti socialiste de vouloir régulariser tous les sans-papiers. » Un communiqué en date du 29 août dit : « Nous voulons une régularisation avec des critères clairs et objectifs, comme nous avons pu le faire sous le gouvernement de Lionel Jospin. »

Ceci est conforme au programme électoral du PS qui a été présenté en juin pour les élections de 2007, et qui réclame une immigration contrôlée en coopération avec des pays de transit. Bon nombre des sans papiers d’aujourd’hui étaient déjà en situation irrégulière sous le gouvernement Jospin.

Le 23 août marquait le dixième anniversaire de l’expulsion de 300 familles sans papiers et de leurs enfants de l’Eglise Saint-Bernard par le gouvernement gaulliste du premier ministre Alain Juppé. Les images des CRS forçant à coups de hache la porte de l’église et violant ce lieu d’asile ont choqué des millions de Français et restent bien ancrées dans leur mémoire. Le ministre gaulliste de l’Intérieur de l’époque, Jean-Louis Debré, face à une opposition de masse, décida de régulariser 20 pour cent des nombreux milliers de sans papiers qui réclamaient des titres de séjour. Sous Jospin, la loi sur l’immigration du ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, porta ce pourcentage à seulement 50 pour cent, livrant des milliers de personnes à leur sort : la persécution et l’expulsion.

(Article original anglais paru le 6 septembre 2006)

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