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Le débat Obama-Clinton en Ohio : pourquoi cette lutte acerbe au sein du Parti démocrate ?

Par Barry Grey
4 mars 2008

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L’observateur du débat démocrate du mardi 26 février à Cleveland en Ohio ne pourra qu’être surpris de l’incongruité entre d’un côté le caractère acerbe du conflit entre les camps d’Obama et de Clinton et de l’autre les faibles différences dans le discours des deux candidats eux-mêmes.

Alors qu’il ne reste qu’une semaine avant les primaires du Texas et de l’Ohio, qui pourraient signifier la fin de la campagne présidentielle de Clinton, il flottait un sentiment de désespoir dans les tentatives de la sénatrice de New York et ancienne première dame de distinguer clairement sa politique de celle de son adversaire.

Ces tentatives ont pris la forme bizarre au début du débat d’un échange de quinze minutes sur de minuscules différences dans les plans d’assurance-santé défendus par les deux candidats. En fin de compte, un Obama plutôt exaspéré a fini par protester qu’« il n’y avait pas vraiment de différence entre nos plans ».

Répondant à des questions des modérateurs, le lecteur de nouvelles de NBC, Brian Williams, et l’animateur de l’émission Meet the Press, Tim Russert, les candidats ont échangé des plaintes sur des tracts prétendument injustes et trompeurs du camp adverse, exagérant de façon plutôt absurde l’importance de tels détails dans la campagne électorale.

Le titre d’un article publié le lendemain du débat sur le site web de New Republic et écrit par Sean Wilentz, un historien et supporteur bien connu de Clinton, donne une idée de l’aigreur de la campagne : « L’homme de race : comment Barack Obama a joué la carte de la race et blâmé Hillary Clinton ».

L’intensité de la rhétorique et des récriminations d’un côté et le peu de différences politiques de l’autre amènent à la conclusion que les questions essentielles sont débattues en coulisse et qu’elles engendrent le conflit public entre Clinton et Obama.

Quelles sont ces questions ? On peut penser qu’elles sont dans l’intersection des questions soulevées par la crise économique et financière qui s’approfondit, du mécontentement social grandissant aux Etats-Unis et du déclin visible de la position mondiale des Etats-Unis après sept années de débâcles de la politique étrangère sous l’administration Bush.

La guerre en Irak, plus que toute autre question depuis le Vietnam, a divisé l’establishment américain des milieux politiques et des Affaires étrangères et joue clairement un rôle central dans le conflit au sein du Parti démocrate. Le soutien de Clinton pour l’invasion, tel que démontré par son vote en 2002 pour autoriser Bush à faire usage de la force militaire représente un immense fardeau politique que la campagne d’Obama a exploité avec succès. Une fois encore, Obama a utilisé dans le débat de mardi dernier le vote de Clinton en 2002 contre elle.

Clinton a cherché à peindre Obama, qui n’a obtenu qu’un seul mandat en tant que sénateur, comme trop inexpérimenté et naïf pour superviser la politique étrangère américaine et devenir commandant en chef. Lorsque cette question a été amenée par Brian Williams, Obama a répondu que le vote de Clinton d’autoriser l’usage de la force en Irak était une erreur de jugement « sur la plus importante décision concernant la politique étrangère depuis une génération ».

Il a ensuite continué en déclarant que l’invasion de l’Irak constituait « une erreur stratégique » pour laquelle Clinton portait une part de responsabilité politique. « Une fois que l’autobus se trouve dans le fossé, a-t-il dit, il n’y a pas des dizaines de façon de s’en sortir. La question est : qui a pris la décision d’amener l’autobus dans ce fossé ? »

Il a ajouté que Clinton avait « permis à cet individu (le président Bush) de prendre une décision qui a été nuisible stratégiquement pour les Etats-Unis ».

Il visait ainsi à courtiser l’opposition populaire à la guerre tout en envoyant un signal à ceux parmi l’establishment des Affaires étrangères et du Parti démocrate qui voient la guerre en Irak comme un désastre pour les intérêts impérialistes américains au Moyen-Orient et ailleurs.

Comme il l’a fait durant toute sa campagne, Obama a clairement affirmé que son opposition à l’invasion de l’Irak ne signifiait pas qu’il hésiterait à employer la force militaire afin de défendre les intérêts des Etats-Unis. Il a soutenu que la guerre en Irak nuisait à la guerre en Afghanistan et empêchait de s’attaquer efficacement à la situation du Pakistan. Il appelé à une augmentation des troupes américaines en Afghanistan et encore une fois à une action militaire unilatérale des Etats-Unis contre les camps retranchés d’al-Qaïda. Plus tard dans le débat, il s'est joint à Clinton pour exiger une politique plus musclée envers la Russie, laissant entendre qu’il appuierait une réaction militaire de l’OTAN à une attaque serbe, soutenue par la Russie, contre le Kosovo.

De plus, comme l’a répété Clinton mardi soir, depuis qu’Obama est sénateur il a à maintes reprises, tout comme elle, voté pour les crédits de guerre, et les deux candidats démocrates font bien attention de spécifier dans leurs appels à un retrait des troupes américaines que cela implique une présence continue de ces dernières dans la région.

Mais comme toujours dans la politique américaine, les symboles jouent un rôle immense, et le vote de Clinton en 2002 est devenu un symbole dans la conscience populaire de la complicité du Parti démocrate dans une guerre largement impopulaire.

Il semblerait que des sections de l’establishment politique et des Affaires étrangères qui sont profondément inquiètes et amères face au fiasco politique en Irak, et frustrées par leur incapacité à provoquer un changement de politique à travers les dirigeants établis du Parti démocrate, ont soutenu Obama et se sont ralliées à sa campagne afin de forcer un changement de cap en Irak et au Moyen-Orient en général.

L’importance qu’a prise la question de l’Irak dans les primaires démocrates cette année est bien différente que lors des élections précédentes. Dans l’élection législative de 2002, les démocrates tentèrent d’exclure de la campagne les préparatifs de Bush pour la guerre en Irak. Ils accueillirent un vote sur une résolution en octobre, qui autorisait l’utilisation de la force, afin que cette question ne soit pas soulevée juste avant l’élection de novembre.

Lors de l’élection présidentielle de 2004, le candidat démocrate John Kerry fit tout ce qui était en son pouvoir pour distancer sa campagne de l’opposition populaire à la guerre.

Pour les élections législatives de 2006, les démocrates ne purent ignorer la question de l’Irak. La déroute des républicains et leur retour au pouvoir dans les deux chambres du Congrès étaient dus au large sentiment anti-guerre qu’ils n’avaient ni encouragé ni accueilli.

Dans la foulée des élections de mi-mandat en 2006, le Groupe d’étude sur l’Irak, un groupe bipartite, fut formé pour faire la promotion publique d’un changement de politique, y compris une initiative diplomatique qui incluerait l’Iran et la Syrie. Ce groupe ne fut pas formé dans le but de mettre fin à la guerre, mais pour éviter une défaite américaine complète et sauver ce qui pourrait être sauvé de cette aventure coloniale.

Mais les espoirs de ces lobbyistes démocrates bien connectés quant à un changement de cap furent anéantis par le refus des dirigeants démocrates du Congrès de considérer les recommandations du Groupe d’étude sur l’Irak ou de mener une opposition sérieuse à la politique guerrière de Bush. De plus, la lâcheté du Congrès démocrate et sa complicité dans la guerre ont soulevé une immense colère parmi les électeurs démocrates et ont intensifié la crise à l’intérieur de l’establishment du parti.

Incapables de produire un changement de cap par des pressions internes, ces forces sont évidemment en train d’amener, par la campagne d’Obama, leur lutte de factions dans la sphère publique et de faire un appel à la population. Ils se sont ralliés derrière Obama parce qu’ils voient Clinton comme étant intimement liée à la désastreuse guerre en Irak. Comme plusieurs commentateurs démocrates l’ont expliqué, ils voient dans Obama, un afro-américain avec moins de bagage politique que son adversaire, une occasion pour présenter une nouvelle image de l’Amérique au monde entier.

Il faut toujours garder en tête que ceux dans l’establishment du parti démocrate qui font pression pour un changement de direction ne soutiennent en aucun cas qu’il faut rompre avec l’impérialisme ou répudier l’utilisation de la force militaire en tant qu’instrument de politique étrangère. Plutôt, les conseillers d’Obama et les critiques de la guerre en Irak comme Zbigniew Brzezinski cherchent à rendre la politique impérialiste des Etats-Unis plus efficace. Une préoccupation majeure dans ces cercles est le besoin d’avoir un président qui peut rallier le soutien de la population à un moment où les intérêts de l’élite dirigeante américaine pourraient demander des actions militaires dans d’autres parties du monde.

Les platitudes abrutissantes d’Obama, ses slogans vides pour « l’espoir » et le « changement » et ses références au « rêve américain », ne peuvent répondre aux contradictions profondes du capitalisme américain et aux crises qui l’entourent, autant aux Etats-Unis qu’à l’étranger. De plus, il y a le danger que, du point de vue de l’élite, sa candidature pourrait involontairement servir de catalyseur pour la radicalisation politique de larges couches de travailleurs et de jeunes.

Si Obama devient le candidat présidentiel démocrate, comme ça semble de plus en plus être le cas, les divisions dans l’establishment du parti démocrate vont demeurer et la table sera mise pour une élection qui pourrait sévèrement polariser la population.

Le candidat républicain, le sénateur John McCain, se présente comme un partisan de la guerre en Irak et menace de l’étendre à l’Iran. Sa campagne « pas d’abandon face au terrorisme » est destinée à mobiliser l’armée et les sections les plus à droite et les plus arriérées de l’électorat et à stigmatiser les critiques démocrates de la guerre comme étant des renégats qui mettent en danger la sécurité du peuple américain.

Cela peut seulement intensifier les crises et les divisions dans le parti démocrate, à une période où des masses de gens demanderont de plus en plus non seulement de mettre un terme à la guerre, mais aussi des réponses face à la crise sociale et économique grandissante.

(Article original anglais paru le 28 février 2008)

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