Un éditorial paru dans le journal britannique
The Independent a qualifié ce sommet du G8 de plus important sommet de
ces trois dernières décennies, à un moment où l’aggravation de la crise
financière en Europe menace l’ensemble de l’économie mondiale. Le communiqué
paru après une journée de pourparlers à Camp David, la retraite
présidentielle américaine, a toutefois révélé qu’il n’existait pas de plan
pour faire face à la crise, mais juste une décision de présenter sous son
meilleur jour une situation qui ne cesse de se dégrader.
Il a débuté par deux mensonges manifestes – en
déclarant que « notre impératif est d’encourager la croissance et les
emplois » et que la « reprise économique mondiale montre des signes
prometteurs. »
A la fin du sommet, le président Obama a déclaré
« jusqu’ici, tout va bien » en affirmant « il y a maintenant un consensus de
plus en plus net sur le fait qu’il faut en faire plus pour créer de la
croissance économique et des emplois, tout de suite. » Dans un communiqué
suivant, il a mis en exergue le bilan de son gouvernement quant à la mise en
place de « certaines des plus importantes réformes financières depuis la
Grande Dépression » – une affirmation contredite par la perte récente de 3
milliards de dollars par JPMorgan Chase suite à des transactions sur des
produits dérivés.
Le communiqué visait à faire deux choses: donner
l’impression que les dirigeants du G8 avaient une réponse à la crise
mondiale et dissimuler les différents là où ils existent. La presse a
beaucoup parlé de l’accent mis durant le G8 par Obama et ses partisans sur
la « croissance » alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, est
dépeinte comme étant la principale partisane de la rigueur.
Les différences sont mineures et surtout d’ordre
tactique. Pour autant que les Etats-Unis préconisent la croissance, ils
veulent que davantage d’argent soit injecté dans le système financier
européen pour protéger les banques et donc les intérêts financiers
américains tout comme l’application de « réformes structurelles » pour tirer
vers le bas les salaires et les conditions de travail. Ils veulent aussi
voir des projets limités d’infrastructure afin de relancer l’économie
européenne, aidant ainsi les exportateurs américains.
Le communiqué a salué « la discussion en cours en
Europe sur la façon de générer de la croissance, comportant un engagement
ferme pour mettre en oeuvre la consolidation budgétaire qui doit être
évaluée sur une base structurelle. » En d’autres termes, les mesures
d’austérité, impliquant des réductions des dépenses gouvernementales ciblant
les programmes sociaux, seront poursuivies.
Alors que des différences mineures étaient
soulignées, tous les dirigeants du G8 étaient d’accord pour dire qu’il n’y
aurait pas de retour aux mesures de relance budgétaire de 2008-2009. Quoi
qu’il en soit, de telles mesures ne pourraient être appliquées face à une
opposition féroce de la part des marchés financiers mondiaux qui
représentent les intérêts des banques et des institutions financières.
Si l’Espagne, le Portugal et même la France
devaient mettre en oeuvre des mesures de dépenses visant à promouvoir
l’emploi, leurs obligations subiraient une vente massive sur les marchés
financiers, faisant grimper les taux d’intérêt et créant une crise
financière.
En ce qui concerne l’Allemagne, l’opposition de
Merkel à un assouplissement du programme d’austérité reflète la crainte du
capital financier allemand d’être entraîné plus profondément dans le
bourbier, si celui-ci est obligé de fournir plus d’argent aux opérations de
sauvetage.
Merkel a fait connaître son soutien pour l’appel
lancé dans le communiqué en faveur d'« investissements dans l’éducation et
dans l'infrastructure moderne, » mais a ajouté que « ceci ne signifiait pas
une relance dans le sens traditionnel. » Les responsables américains
l’auraient accepté en disant que la croissance ne requérait pas de dépenses
publiques directes mais pourrait prendre la forme d'un partenariats entre
les secteurs public et privé et le relâchement du crédit.
Des entretiens bilatéraux entre Obama et Merkel en
marge du sommet ont montré clairement qu’il n'existait pas de différences
fondamentales. Un responsable de la Maison Blanche, informant les
journalistes après la discussion, a dit qu’il était entendu que la promotion
de la croissance ne devait « pas se faire à la place de la réforme fiscale »
mais que les deux fonctionnaient en « tandem ».
« Il y a une prise de conscience plus grande du
besoin de prendre des mesures dans l’immédiat pouvant promouvoir la
croissance dans la zone euro… et aussi de poursuivre la consolidation
fiscale sur laquelle la chancelière Merkel et d’autres se sont focalisés, »
a-t-il dit.
En ce qui concerne la question cruciale de
l’avenir de la Grèce, la déclaration du sommet a seulement précisé que
« nous exprimons notre intérêt de voir la Grèce rester dans la zone euro
tout en respectant ses engagements. » en d’autres termes, les mesures
d’austérité qui ont plongé le pays dans des conditions économiques jamais
vues depuis les années 1930 devront se poursuivre.
Les dirigeants du sommet ont quitté Camp David
sans qu'aucune décision ait été prise pour faire face à la crise et sans que
quiconque s'engage à faire quoi que ce soit, en dépit de l’aggravation de la
situation.
La veille des pourparlers, le prévisionniste
économique en chef du gouvernement britannique avait mis en garde que
l’économie du Royaume Uni pourrait subir un « dommage irréversible » et ne
serait « plus jamais tout à fait à la hauteur » si l’euro s’effondrait. Le
chancelier britannique, George Osbourne, a dit que les « tempêtes » de la
crise de la zone euro menaçaient à nouveau.
Alors même que le sommet se déroulait, de
nouvelles craintes sont apparues sur la stabilité de l’Espagne avec la
nouvelle, tard vendredi soir, que son déficit public pour 2011 était
considérablement plus élevé qu’indiqué antérieurement en raison de la
révision des comptes dans trois régions du pays.
Le déficit public pour 2011 est à présent évalué à
8,9 pour cent du produit intérieur brut contre l’évaluation précédente de
8,5 pour cent. Cette nouvelle concernant la dégradation de la position du
gouvernement espagnol, augmentera la pression sur les taux d’intérêt des
obligations à 10 ans du gouvernement qui ont déjà dépassé les 6 pour cent,
atteignant des niveaux jugés insoutenables.
Sans avancer de mesure pour faire face à la crise,
les dirigeants du G8 ont néanmoins indiqué leur soutien aux Etats-Unis qui
insistent pour un changement de régime en Syrie. Ils ont salué l’actuelle
mission de l’ONU en Syrie et se sont engagés à « envisager d’autres mesures
aux Nations unies en fonction des besoins. »
L’alignement derrière les Etats-Unis s’est étendu
à l’Iran avec un communiqué exprimant une « profonde inquiétude face au
programme nucléaire de l’Iran » et appelant son gouvernement à « traiter
sans tarder toutes les questions en suspens concernant son programme
nucléaire. »
En matière d'économie, l'attention se reportera
sur l’Europe cette semaine où les dirigeants de l’UE tiennent un sommet
informel mercredi. Parmi les points devant être discutés, figure la
proposition de permettre au fonds de sauvetage de 500 milliards d’euros de
la zone euro de recapitaliser les banques européennes directement et
d’émettre des euro-obligations.
Ces propositions ont déjà circulé mais ont été
rejetées en raison de l’opposition allemande. Mais, à présent il existe des
craintes que ne se développe une ruée bancaire dans certaines parties du
système bancaire européen suite aux interrogations de la semaine passée sur
la stabilité des banques grecques et espagnoles.
Le Financial Times d’aujourd’hui consacre
deux commentaires à cette question.
Selon le chroniqueur Gavyn Davies: « Une ruée sur
les banques a lieu actuellement dans la zone euro. Jusque-là, elle a été
relativement lente mais il s’agit tout de même d’une ruée. Et la semaine
passée, elle présentait des signes d’une forte accélération, au point de
nécessiter une réponse urgente de la part des décideurs politiques. »
Le commentateur économique européen Wolfgang
Münchau a indiqué des rapports de presse selon lesquels les épargnants
espagnols avaient retiré 1 milliard d’euros du conglomérat Bankia en
difficulté. Il a fait remarquer que si ce n’était pas une ruée bancaire,
« c’en était peut-être le début. »
(Article original paru le 21 mai 2012)