Le défilé samedi dernier à Grenade [Photo:
Alejandro Garcia Montoro]
Des centaines de milliers de personnes ont
participé samedi dans des manifestations de masse dans plus de 80 villes
partout en Espagne pour marquer le premier anniversaire du mouvement du 15-M
ou des indignados (indignés).
Il y a un an, des milliers de jeunes avaient
occupé les places publiques de 162 villes partout en Espagne pour protester
contre le chômage, la corruption du système politique et les mesures
d’austérité du gouvernement, imposées par le Parti socialiste espagnol (PSOE).
Depuis cette date, les conditions de vie n’ont fait qu’empirer.
Durant les
trois
premiers mois de l’année, 365.900 personnes ont perdu leur emploi. Le
chômage est à présent à 24,4 pour cent de la population active. Le chômage
des jeunes a atteint 50 pour cent, chiffre le plus élevé des 17 pays de la
zone euro.
L’actuel gouvernement droitier du Parti populaire
(Partido Popular, PP) a jusqu'ici imposé des mesures d’austérité totalisant
50 milliards d’euros (64 milliards de dollars), une « réforme » du travail
facilitant les licenciements et une augmentation de la TVA. Les
gouvernements régionaux ont poursuivi l’offensive contre les soins de santé
et l’éducation.
Une autre manifestation samedi [Photo:
Pollobarba]
La semaine passée le gouvernement a annoncé la
nationalisation partielle de la quatrième plus grande banque du pays qui
détient 32 milliards d’euros en actifs immobiliers dépréciés. Il a aussi
déclaré vouloir réaliser des audits de toutes les banques d’Espagne dans une
tentative de rétablir la confiance et d’éviter un éventuel effondrement.
Dans ces conditions, le gouvernement a mobilisé
2.000 policiers anti-émeute rien qu’à Madrid pour empêcher que les
manifestants n’installent des campements comme ils l’avaient fait l’année
dernière.
A Madrid, des dizaines de milliers de personnes
ont défilé en provenance de différents quartiers pour converger vers le
centre ville. Certaines contingents de manifestants avaient commencé à
défiler la veille à partir des banlieues de la capitale. Aucun chiffre exact
n’est connu. Le gouvernement régional a parlé de 30.000 manifestants, mais
la place principale, la Puerta del Sol, qui peut en contenir 40.000 était
pleine à craquer. Les rues adjacentes étaient bondées aussi.
Selon le journal Diagonal:
Les quatre blocs [de manifestants] de la
manifestation de Madrid ont dû avancer d’une heure l’heure d’arrivée à la
Puerta del Sol afin de faire de la place pour les gens qui attendaient sur
les places d’Atocha, San Bernardo, Cibeles et Ópera. La manifestation à la
Puerta del Sol a duré jusqu’aux premières heures de la matinée. »
Les protestataires ont occupé la Puerta del Sol et
ont ignoré l’heure limite fixée à minuit pour se disperser en scandant
« Non, non, non, ils ne nous représentent pas. »
Ce n'est que vers 5 heures du matin dimanche, une
fois la grande majorité partie, que la police a violemment dispersé les
manifestants restants, en interpellant 18 personnes. On pouvait entendre des
cris contre la police disant, « Maintenant ils sont bleus, avant ils étaient
gris. » En faisant référence à la Police nationale armée créée par le régime
fasciste du général Francisco Franco.
A Barcelone, la police régionale a estimé à 45.000
le nombre de participants à la manifestation. Toutefois, selon Directa
il y en avait au moins 136.000 et un maximum de 155.000 manifestants.
Les slogans entendus le plus fréquemment étaient
dirigés contre les banques, la monarchie, la répression policière et les
coupes dans les soins de santé et l’éducation. Il y avait aussi des slogans
pour la libération de la syndicaliste Laura Gómez, emprisonnée pour avoir
organisé un mouvement de grève durant la dernière grève générale.
On n'a pas vu l
es drapeaux
habituels des syndicats, des partis politiques et le drapeau national de
Catalogne. De nombreux manifestants brandissaient des banderoles faites à la
main telles, « Mettons fin à cette dictature, » « Sauvetage de Bankia ? Pas
avec mon argent, » « Ils ne nous représentent pas, » et « Les banquiers sur
le banc de touche ».
A Valence, où la maire, Rita Barberá, avait donné
l’ordre à la police de boucler la place principale devant la mairie pour
empêcher qu’elle soit prise par les manifestants, 20.000 personnes sont
descendues dans la rue. Des protestations identiques ont eu lieu à Séville,
à Malaga, Cordoue, Alicante et à Valladolid où des milliers ont manifesté.