Les États-Unis : le pays de la pauvreté

Par Jerry White
17 septembre 2011

Les statistiques du Bureau du recensement rendues publiques mardi, révélant le plus grand nombre d'Américains vivant dans la pauvreté depuisle début de la publication de ce rapport en 1959, constituent une véritablemise en accusation du capitalisme américain et du système politique dans son ensemble.

En 2010, 46,2 millions de personnes, près d'un résident sur six, vivaient sous le seuil officiel de pauvreté, dont 16,4 millions d'enfants. Selon le rapport, près de la moitié de ces personnes, soit 20 millions, vivent dans une misère profonde, subsistant avec moins de la moitié des revenus que le gouvernement américain juge nécessaires pour les besoins essentiels : l'alimentation, un logement, des vêtements, l'électricité et le gaz.

Actuellement, le seuil de pauvreté établi par le gouvernement, soit 22 000 $pour une famille de quatre personnes et 11 000 $ pour une personne seule de moins de 65 ans, est insuffisant pour maintenir un niveau de vie décent.Une mesure plus juste serait deux fois le seuil de pauvreté officiel, soit environ 44 000 $ pour une famille de quatre personnes. Plus de 100millions d'Américains, soit un sur trois, vivent sous ce seuil.

Le principal facteur expliquant l’augmentation de la pauvreté est la crise de l'emploi, qui n'a fait qu'empirer depuis 2010, un an après la supposée fin dela récession. Des dizaines de millions de travailleurs sont au chômage ou sont contraints de travailler à temps partiel, dans des emplois à bas salairequi sont insuffisants pour les garder hors de la pauvreté.

La jeune génération est la plus durement touchée. Le revenu médian des15-24 ans a chuté de 9 pour cent l'année dernière. Pour les 25-34 ans,près de 6 millions d'entre eux ont dû partager une résidence avec des parents ou amis afin d’économiser de l'argent, soit 25 pour cent de plus qu'avant la récession. Parmi ces derniers, le taux de pauvreté était de 8,4pour cent, mais le taux aurait augmenté à 45,3 pour cent si les revenus de leurs parents n’étaient pas pris en compte, selon une analyse du rapport du recensement par Bloomberg Businessweek.

L'explosion de la pauvreté au cours des trois dernières années, avec les saisies immobilières, l'itinérance, la faim et le nombre croissant depersonnes non assurées, prend place aux côtés de l'accumulation deniveaux incroyables de richesse pour l'aristocratie financière qui contrôlel'économie et le système politique.

Cela est le point culminant d’un processus qui dure depuis trois décennies, au cours duquel la classe dirigeante, tant sous les démocrates que sous les républicains, a mis en oeuvre une politique consciente de transfert d’une part de plus en plus grande de la richesse de la société dans les mains de l’élite économique et financière. Au nom du libre marché, ils ont réduit les impôts pour les entreprises et les riches, déréglementé l’industrie et les banques et soutenu une offensive de la grande entreprise contre les emplois et les niveaux de vie de la classe ouvrière.

Trois ans après l’effondrement de la firme d’investissement Lehman Brothers, basée à Wall Street, le 15 septembre 2008, le gouvernement a octroyé des billions de dollars aux banques sans condition. Les entreprises et les banques reposent maintenant sur une montagne d’argent de 2 billions de dollars et refusent d’embaucher des travailleurs.

La classe dirigeante poursuit une politique délibérée de chômage élevé pour abaisser encore plus les salaires et les avantages sociaux et afin d’augmenter leurs profits. Par exemple, dans l’industrie de l’automobile, les entreprises, avec l’appui de l’administration Obama et des syndicats, tentent de ramener les conditions de travail au niveau de celles qui existaient durant les années 1930. Les travailleurs nouvellement embauchés gagnent des salaires de misère et ne bénéficient pas des droits et des protections les plus élémentaires.

Devant la pire crise sociale depuis la Grande Dépression, l’administration Obama n’a rien fait, répondant avec une indifférence complète à la détresse sociale sans cesse grandissante. Les nouvelles statistiques sur la pauvreté n’ont même pas mérité une mention lors de la courte visite du président en Caroline du Nord, où il a fait la promotion de son projet de loi bidon sur l’emploi, qui permettra de nouvelles baisses d’impôts et d’autres subventions à la grande entreprise.

Loin de fournir de l'aide, les démocrates et les républicains s'engagent à réduire les programmes sociaux qui ont aidé à des millions de personnes de se sortir de la pauvreté au 20e siècle de plusieurs billions de dollars. Un des programmes qui est visé par le comité bipartite d’Obama sur la réduction du déficit est la Sécurité sociale. L’année dernière, ce programme a maintenu 20 millions de personnes âgées et d’adultes handicapés hors de la pauvreté, selon le recensement.

Le but ultime de l'élite patronale et financière est clair : abolir ces programmes et tout ce qui ne contribue pas directement à accroître leur richesse.

Des mesures immédiates doivent être prises pour réagir à cette crise. Le Parti de l'égalité socialiste exige :

1. le lancement d'un programme de travaux publics qui créerait de l'emploi pour 20 millions de travailleurs afin de rebâtir les infrastructures du pays et qui garantirait aux travailleurs et à leur famille le droit à un revenu décent.

2. la réquisition de la richesse de l'élite financière en imposant une taxe de 90 pour cent sur tous les revenus au-delà de 500 000 $. Les 2 billions de dollars aux bilans des grandes sociétés et des banques doivent être confisqués et placés dans un fonds sous contrôle public qui aurait pour but de créer des emplois et éliminer la pauvreté.

3. la fin de l'emprise de l'aristocratie financière par la nationalisation des banques et des grandes industries et en transformant celles-ci en entités publiques qui seraient contrôlées démocratiquement par la classe ouvrière.

Le combat auquel font face les travailleurs aux États-Unis fait partie d'une lutte internationale. Le pillage des avoirs de la population américaine se déroule au moment même où les gouvernements capitalistes à travers le monde mènent une contrerévolution sociale; que ce soit en Grèce, en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique latine ou en Asie. Partout dans le monde, ces gouvernements prétendent qu'il n'y a pas assez d'argent pour les besoins sociaux essentiels.

Rien ne peut être fait si la classe ouvrière n'engage pas une lutte sociale et politique de masse. Aucune des avancées sociales précédentes – des salaires décents, la prestation de soins de santé, une éducation publique, des pensions – n'a été gagnée sans une lutte acerbe contre la résistance de l'élite dirigeante. Pour contrer la détermination de l'élite dirigeante à ramener les conditions sociales comme elles l'étaient dans les années 1930, les travailleurs de tous les lieux de travail, usines et quartiers du pays doivent se mobiliser.

Les droits sociaux de la classe ouvrière dépendent de la réorganisation de la société, basée sur un plan scientifique et élaboré démocratiquement – dans le but de satisfaire les besoins sociaux et non le profit privé. Voilà en quoi consiste la lutte pour le socialisme.

Le Parti de l'égalité socialiste est le fer de lance de cette lutte et nous appelons tous les travailleurs et les jeunes à adhérer à notre mouvement et à bâtir la direction révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 15 septembre 2011)