Il faut défendre les droits des travailleurs et des jeunes immigrants

Par Bill Van Auken
15 juillet 2014

L’administration Obama, le Parti républicain, les médias de la grande entreprise et tout l’establishment politique ont traité la récente hausse du nombre de familles immigrantes et de mineurs non accompagnés qui arrivent à la frontière sud des États-Unis comme une affaire criminelle qui doit être résolue avec une répression et une application de la loi plus sévères. Ils voient ces milliers de travailleurs et d’enfants avec la même hostilité qu’ils ont à l’égard de la classe ouvrière américaine.

Plus de 50.000 enfants non accompagnés sont détenus par les patrouilles frontalières après qu'ils ont tenté de franchir la frontière sud-ouest des États-Unis au cours des neuf derniers mois. Durant environ la même période, 39.000 adultes et enfants voyageant ensemble ont été saisis par les patrouilleurs.

La Maison-Blanche décrit cette arrivée massive d’immigrants comme une «crise humanitaire», mais réagit à la manière d’un geôlier et d’un policier.

À la fin du mois dernier, le Président Obama a annoncé qu’il était prêt à utiliser un décret exécutif devant le refus de la Chambre des représentants de faire passer la «réforme de l’immigration», même dans sa version la plus réactionnaire. Obama ne propose pas d’employer les pouvoirs présidentiels unilatéraux pour améliorer le sort de ces enfants appauvris qui ont pu atteindre la frontière américaine, mais plutôt pour les emprisonner et les déporter en masse.

Des milliers d’entre eux ont été placés dans des centres de détention inhumains, parfois entassés comme des sardines dans des entrepôts sans fenêtre, où les installations sanitaires, les soins médicaux ou les divertissements manquent. Nombreux sont ceux qui ont été séparés de leur mère et de leurs frères et sœurs et cela rend leur incarcération encore plus traumatisante.

Parmi les mesures proposées par Obama, il y a l’augmentation du nombre de patrouilleurs frontaliers et de juges de l’immigration à la frontière sud-ouest afin d’accélérer le processus de déportation. Il a demandé la somme de 2 milliards de dollars au Congrès afin de financer une «stratégie dissuasive agressive centrée sur l'exclusion et le rapatriement de ceux qui traversent la frontière». Cela impliquerait la création d’encore plus de centres de détention pour ces enfants.

Obama tente également de révoquer une loi signée par George W. Bush qui était apparemment destinée à protéger les enfants victimes de trafic humain. Il veut priver les enfants immigrants en provenance de l’Amérique centrale de leurs droits légaux en les plaçant dans la même catégorie que les enfants immigrants mexicains, qui peuvent être renvoyés directement vers le Mexique.

La semaine dernière, le porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest a annoncé que la plupart des enfants qui sont entrés récemment dans le pays «n’auront pas de statut légal pour demeurer dans ce pays et seront renvoyés». Un juge de l’immigration est censé prendre cette décision, mais la Maison-Blanche montre clairement que toutes les audiences seront utilisées pour approuver sommairement les déportations.

La plupart des experts en immigration croient que la majorité de ces personnes ont droit au statut de réfugié et à l’asile politique sous les lois internationales et américaines. Sur la base d’entrevues avec des centaines de ces enfants, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que quelque 60% d’entre eux pourraient se réclamer de ce statut.

Une grande proportion des enfants immigrants provient du Honduras, un pays dont le tissu social a été déchiré en lambeaux par des décennies d’interventions américaines, surtout avec le coup d’État de 2009 appuyé par les États-Unis qui a renversé le président élu. Le Honduras a le plus haut taux d'homicide dans le monde – le taux d'homicide chez les femmes a grimpé de 65% depuis le coup d’État. Nombreux parmi ceux qui se sont déplacés vers les États-Unis avaient reçu des menaces directes de morts et craignaient d'être tués par des gangs criminels ou des escadrons de la mort sanctionnés par l’État.

Le Guatemala et El Salvador sont les autres pays qui comptent le plus grand nombre d’enfants immigrants. Ces deux nations ont été ravagées par des décennies de dictatures appuyées par les États-Unis et de guerres sales dont les victimes se comptent par centaines de milliers.

Même si des démocrates comme Obama ou Hillary Clilnton, ainsi que des républicains importants, demandent que ces enfants soient renvoyés «chez eux», environ 80% traversent la frontière pour retrouver leur père, leur mère ou d’autres proches qui vivent aux États-Unis. En ce sens, l’apparente crise créée par des enfants qui tentent de retrouver leurs parents est vraiment un sous-produit de la vraie crise qu’une politique d’immigration draconienne a créé pour des millions de familles qui ont été divisées sans aucune considération pour les enfants.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, Obama a déporté plus de 2 millions de gens – plus que n’importe quel autre président et plus qu’en avait déportés George W. Bush pendant ses huit années entières au pouvoir. L’administration Obama a largement utilisé la méthode anticonstitutionnelle d’immigration «en détention», en demandant à la police et aux prisons municipales de détenir sans mandat des gens qui seraient soupçonnés d'avoir transgressé la loi sur l'immigration.

Depuis 2008, la police de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement ou ICE) a réalisé plus de 12.000 «assauts silencieux» – brandissant des formulaires I-9 qui retire aux employeurs le droit de travail de leurs employés – entraînant ainsi plus de 300.000 pertes d'emploi. Il n’y a pas eu d’autres périodes avec une répression aussi massive sur les lieux de travail.

Malgré ce bilan abject, le Parti républicain attaque l’administration Obama de la droite sur l’immigration, cherchant à alimenter des craintes xénophobes et à exploiter les inquiétudes liées aux emplois qui disparaissent et aux salaires qui s’abaissent en faisant des immigrants, une des sections les plus opprimées de la classe ouvrière, des boucs émissaires.

Cette campagne s'est reflétée dans les manifestations de la semaine dernière en Californie, dans lesquelles des manifestants brandissant le drapeau et chantant «retournez chez vous» tentaient de faire faire demi-tour à un autobus de la patrouille frontalière qui transportait des femmes et des enfants vers un centre de détention. Les médias ont cherché à amplifier et à légitimer de tels sentiments avec leurs reportages, même si beaucoup plus de gens ont manifesté en appui à ceux qui venaient de traverser la frontière. Plusieurs sondages ont démontré qu'il y avait un appui grandissant pour les sans-papiers, qui sont les membres de la parenté, les proches et les collègues d’un nombre croissant d’Américains.

La propagande anti-immigrante des politiciens et des médias de la grande entreprise est aussi fausse qu’elle est méprisable. Ce ne sont pas les immigrants, mais plutôt le système de profit capitaliste qui est le responsable de la destruction des emplois et du déclin du niveau de vie. Il y a amplement de ressources pour satisfaire les besoins de tout le monde – ceux qui sont nés au pays tout comme les immigrants – mais elles sont monopolisées par une couche de la finance et du patronat super riche qui trône au sommet de la plus grande croissance des inégalités sociales de l’histoire.

Le droit d’immigrer est un droit démocratique qui doit être défendu par toute la classe ouvrière. Les mesures d’État policier et de super exploitation employées contre les travailleurs immigrants seront utilisées contre la classe ouvrière dans son ensemble.

Les travailleurs doivent avoir le droit de travailler et vivre dans le pays de leur choix. Dans des conditions où le capital financier et le capital transnational des entreprises coulent librement à travers les frontières nationales à la recherche de main-d'œuvre bon marché et des meilleurs profits, la classe ouvrière peut se défendre seulement en faisant respecter ce droit et en luttant pour l’unité des travailleurs de l’Amérique du Nord, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud dans une lutte commune pour la transformation socialiste de la société.

(Article original paru le 8 juillet 2014)