Les tribunaux suédois maintiennent l'ordonnance de détention contre Julian Assange

Par Thomas Gaist
22 juillet 2014

Un tribunal de Stockholm a maintenu l'ordonnance de détention contre le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, mercredi, rejetant la contestation de l'équipe juridique d'Assange. La juge Lena Egelin a délibéré pendant à peine une heure avant de rejeter la contestation juridique.

« Le tribunal estime qu'il y a un motif probable pour les crimes dont il est accusé » a dit Egelin. Les avocats d'Assange ont déjà annoncé qu'ils feront appel du jugement.

Ce 19 juin marque le deuxième anniversaire de la date où Assange a été forcé de se réfugier à l'ambassade équatorienne de Londres afin d'éviter son transfert vers la Suède suivi d'une extradition vers les Etats-Unis où on l'accuse d'espionnage, crime passible d'une peine de prison à perpétuité ou même de la peine de mort.

L'ordonnance de détention maintenue par la juge Egelin provient des allégations d'agression sexuelle, forgées de toutes pièces, relatives à deux femmes chez qui Assange était resté en août 2010.

Les avocats d'Assange ont soutenu que les procureurs manquaient de preuves suffisantes que leur client avait commis la moindre agression sexuelle et qui justifieraient une demande de rapatriement en Suède. Selon l'un des avocats d'Assange, les rapports de police suédois montrent que l'une des accusatrices avaient dit plus tard avoir été forcée par les autorités à faire les allégations d'agression sexuelle. Des documents versés au dossier par les avocats affirment également que des SMS envoyés par l'une des accusatrices indiquaient son opposition au lancement d'un mandat d'arrêt.

« Le message suggère fortement que l'arrestation est sans fondement, » ont écrit les avocats.

Un grand nombre de preuves soutient la position de l'équipe de défense d'Assange. Les femmes en question ont consenti à des relations sexuelles avec Assange à plusieurs reprises et ont eu d'autres rencontres même après les incidents qui fondent les accusations de viol.

Comme l'indique un programme produit par la Société de radiodiffusion australienne, « Sexe, Mensonges et Julian Assange, » Anna Ardin, l'une des femmes, a autorisé Assange à loger chez elle en Suède, a eu des rapports sexuels consentis avec lui et l'a hébergé cinq jours supplémentaires après que le viol présumé a eu lieu.

Ardin a insisté à plusieurs reprises pour qu'Assange reste chez elle, s'est vantée auprès d'une amie de passer un « week-end de folie » avec Assange, et s'est rendue à un dîner avec son supposé violeur deux jours après l'incident, où elle a tweeté, « Assise dehors, à 2 heures du matin, et même pas froid en compagnie des gens les plus cool et les plus intelligents du monde ! C'est génial ! »

Après qu'Ardin a échangé des mails avec une autre femme, Sofia Wilen, qui a également eu une relation avec Assange, toutes deux sont allées à un commissariat de Stockholm pour envisager la possibilité de forcer Assange à subir un test de dépistage de maladies sexuellement transmissibles. Les deux femmes n'ont pas fait d'allégations de viol à ce moment-là, et les autorités suédoises ont déterminé lors d'une première investigation qu'il n'y avait « aucune raison de croire qu'il a commis un viol. »

Néanmoins, l'incident a servi de prétexte pour décerner un mandat d'arrêt contre Assange, dont la révélation au grand jour des crimes de guerre des Etats-unis avait fait de lui une cible clé à châtier et détruire aux yeux de Washington.

Assange, qui a catégoriquement nié les accusations de viol depuis le début, n'a en fait pas été accusé du moindre crime. Les autorités suédoises disent plutôt qu'elles veulent simplement le questionner sur les incidents. Mais comme l'a fait remarquer son équipe juridique, Assange pourrait très facilement être interrogé par les autorités suédoises de l'endroit où il se trouve actuellement (ce qu'il a d'ailleurs lui-même proposé), si son ordonnance de détention avait vraiment pour unique objectif un simple interrogatoire.

« Le FBI s'est rendu en Suède pour des interrogatoires, alors pourquoi les procureurs suédois ne peuvent-ils pas aller au Royaume-Uni pour entendre Assange, » a demandé l'avocat Per Samuelsson pendant l'audience.

En réalité, le mandat a pour but de forcer Assange à rentrer en Suède, d'où il pourra être transféré aux Etats-Unis.

La réaction du gouvernement britannique devant l'asile accordé à Assange par l'Equateur en 2012 avait été de menacer d'envahir l’ambassade équatorienne. Le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni William Hague avait déclaré que « Le Royaume-Uni ne reconnaît pas le principe d'asile diplomatique. »

L'ambassade d'Equateur est depuis encerclée par la police britannique 24 heures sur 24, pour un coût de plus de 6 millions de livres.

L'avocat d'Assange aux Etats-Unis, Michael Ratner, a dit mercredi : « la Grande-Bretagne a peut-être déjà les papiers lui permettant d'arrêter Julian à l'instant où il sortira de l'ambassade. »

Le gouvernement et la classe politique des Etats-Unis ont fait d'Assange la cible de diffamations et de calomnies, le vice président Josheph Biden l'ayant accusé d'être un « terroriste de la haute technologie » et les documents militaires des Etats-Unis parlent de lui en utilisant le terme d' «ennemi ». Des appels pour qu'Assange soit « traqué » et même tué sans procès ont été faits par des personnes appartenant à l'establishment politique et médiatique des Etats-Unis.

Une fois entre les mains des Américains, Assange subirait un traitement similaire à celui subi par Chelsea (Bradley) Manning, le soldat responsable d'avoir transféré des documents militaires confidentiels à WikiLeaks. Manning purge actuellement une peine de 35 ans d'emprisonnement après avoir été reconnu coupable l'année dernière en vertu de la loi sur l'espionnage. Avant d'avoir été jugé, Manning avait été placé pendant des mois en isolement cellulaire à la Marine Corps Brig de Quantico, en Virginie, dans des conditions inhumaines revenant à de la torture.

Les accusations de viol contre Assange participent d'une tentative de le faire taire, de museler WikiLeaks, et d'intimider toute opposition aux opérations criminelles de l'impérialisme des Etats-Unis dans le monde entier. Les mêmes méthodes ont été employées contre le lanceur d'alerte de la NSA Edward Snowden, qui a été contraint de chercher l’asile politique en Russie afin d'échapper aux autorités états-uniennes qui l'auraient soit conduit en prison, soit exécuté soit assassiné.

Sous la houlette de Assange et avec l'assistance cruciale de Manning, WikiLeaks a publié des centaines de milliers de notes militaires et de télégrammes diplomatiques qui révélaient les crimes de guerre et les machinations politiques secrètes du gouvernement des Etats-Unis.

Les notes des guerres en Irak et en Afghanistan publiées par WikiLeaks ont fourni une documentation importante concernant les meurtres de civils et d'autres abus des droits de l'homme de la part des Etats-Unis et de ses alliés. Parmi les documents publiés par Assange se trouvait la vidéo de « meurtre collatéral » qui montre un hélicoptère Apache des Etats-Unis ouvrant le feu sur une équipe de reportage de Reuters et des civils irakiens à Bagdad.

Le gouvernement des Etats-Unis a sans aucun doute exercé une forte pression en coulisses pour obtenir que le mandat d'arrêt soit maintenu par le tribunal mercredi dernier.

Les accusations de viol servent de plus en plus souvent à piéger des individus perçus comme gênant les objectifs de politique intérieure et étrangère des Etats-Unis, et plus généralement à anéantir les droits démocratiques. Les défenseurs d'Assange ont été calomniés par les médias institutionnels ainsi que par de nombreuses organisations de pseudo-gauche qui les présentent comme des « apologistes du viol, » en se moquant du principe démocratique de la présomption d'innocence. En Grande-Bretagne, le NUS, syndicat des étudiants, a interdit tout discours en faveur d'Assange, disant qu'il ne pouvait pas fournir une « plate-forme aux intervenants qui nient ou font l'apologie du viol, ou soutiennent des événements où de tels individus s'expriment. »

Le Parti de l'Egalité socialiste et le Comité international de la Quatrième Internationale ont infailliblement défendu Assange et se sont opposés à la chasse aux sorcières impérialiste contre lui.

Dans une résolution de janvier 2013, « Défendez Julian Assange et WikiLeaks, » le Parti de l'Egalité socialiste du Royaume-Uni a écrit : « Assange et WikiLeaks sont les victimes d'un complot international dans lequel le gouvernement britannique joue un rôle majeur. Son but est d'intimider et de réduire au silence tous ceux qui cherchent à contourner le mur de mensonges officiels utilisés pour cacher ou justifier les crimes de guerre et les complots contre les peuples du monde entier. »

« Assange est la victime d'un coup monté évident, conçu par les autorités suédoises de concert avec Washington, » a écrit le SEP.

(Article original paru le 17 juillet 2014)