Le dictateur égyptien al-Sissi signe des accords militaires et économiques à Paris

Par Kumaran Ira
6 décembre 2014
Par Kumaran Ira
6 décembre 2014

Lors de son premier déplacement en Europe, qui a commencé à Rome la semaine dernière, le dictateur égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’est arrêté à Paris les 26 et 27 novembre pour des pourparlers avec le président François Hollande, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, les dirigeants des deux chambres du parlement et des représentants du patronat.

Les gouvernements français et italien ont salué comme un partenaire stratégique celui qui a fait massacrer des milliers de manifestants dans les rues au Caire pendant son coup d’état de juillet 2013 contre le président Mohamed Mursi (des Frères musulmans – MB). Ce fut un feu vert explicite de la part des puissances impérialistes européennes pour laisser al-Sissi continuer d’utiliser les tueries de masse pour terroriser l’opposition politique et retarder la réapparition d’une offensive révolutionnaire de la classe ouvrière en Egypte.

La visite de al-Sissi à Paris a eu lieu au moment où des milliers de prisonniers politiques et leurs familles commençaient une grève de la faim contre la junte militaire égyptienne, et où des sidérurgistes débrayaient pour obtenir des salaires impayés. La junte militaire d’al-Sissi a tué plus de 1,400 personnes et en a emprisonné plus de 15.000. Elle a interdit les Frères musulmans et condamné plus de cinq cents de leurs membres à mort lors de parodies de procès, tout en imposant des mesures d’austérité à la classe ouvrière telles des hausses massives des prix de l’énergie.

Le gouvernement de François Hollande ne s’est pas caché de donner son soutien à la politique du nouveau Pinochet égyptien. Une source proche de Hollande avait dit à la presse avant la visite d’al-Sissi que: « Oui, on considère que Sissi est légitime. Pour autant, il y a beaucoup à dire. »

Des informations initiales avaient affirmé que Hollande soulèverait les questions de droits démocratiques avec Sissi le 26 novembre. L’ONG Reporters sans frontières a envoyé une lettre à Hollande lui demandant de soulever la question « du pouvoir [qui] exerce une terrible répression contre les journalistes sous la bannière de la lutte contre le terrorisme. »

Cependant, aucune de ces questions ne fut discutée lors de la chaleureuse réception de Sissi par Hollande à l’Elysée, où l’on s’est concentré sur la coopération économique et militaire. Suite à ces pourparlers, Hollande a fait les louanges de l’Egypte comme d’« un grand pays et grand partenaire de la France ».

« Nous souhaitons que le processus se poursuivre, ce processus de transition démocratique, et respecte la feuille de route permettant pleinement la réussite de l’Egypte » a dit Hollande lors d’une conférence de presse commune.

Ces remarques cyniques étaient prononcées au moment où des tribunaux d’Alexandrie condamnait un groupe de juvéniles ayant de 13 à 17 ans à des peines d’emprisonnement de deux à cinq ans pour appartenance « à un groupe interdit » suite à leur participation aux manifestations appelant à la chute de la junte militaire et organisées par les Frères musulmans.

Les pourparlers ont traité, outre des questions économiques et militaires, de la coopération sécuritaire. Quant à al-Sissi, il a déclaré que les pourparlers avaient été « fructueux » et avaient montré le consensus existant entre Paris et le Caire à propos des relations bilatérales, régionales et internationales.

Hollande annonça qu’il avait signé des accords économiques pour des centaines de millions d’euros en Egypte, parmi lesquels un marché de 700 millions d’euros en rapport avec le Canal de Suez et la rénovation du métro du Caire. Pendant le deuxième jour de cette visite, la délégation égyptienne avait rencontré des dirigeants patronaux hauts placés.

Malgré des efforts cyniques pour se démarquer un tant soit peu des crimes de la junte d’al-Sissi, Paris continue d’armer jusqu’aux dents des militaires égyptiens recouverts de sang. Le constructeur naval DCNS a signé un contrat d’un milliard d’euros pour fournir quatre corvettes à la Marine égyptienne. Les deux pays négocient également le renouvellement de la flotte de chasseurs Mirage 2000 de l’Egypte, de construction française.

« Ce projet ouvre des portes, car il suscite énormément d'intérêt chez les pays du Golfe », expliqua une source gouvernementale française. 

Sissi et Hollande discutèrent aussi de leur coopération dans « la guerre contre la terreur », et Hollande insista sur le fait qu’ils « dev[aient] agir ensemble pour lutter contre le terrorisme ».

« L’Egypte est un pays qui est frappé par le terrorisme, qui l’a été et qui l’est encore, et notamment dans le Sinaï », dit Hollande. « Dans le sud de la Libye s’installe un terrorisme qui menacerait l’ensemble de la région et qui menace déjà l’ensemble de la région. Nous en avons toutes les preuves. »

L’argument bidon de Hollande de la « guerre contre la terreur » est un prétexte pour défendre agressivement les intérêts impérialistes français au Moyen-Orient et en Afrique. La France mène actuellement une guerre au Mali et menace de lancer une nouvelle invasion en Libye.

Le chaos sanguinaire et la montée du terrorisme islamiste en Libye est le produit direct de l’intervention militaire de l’OTAN en 2011 faisant suite aux soulèvements de la classe ouvrière en Tunisie et Egypte qui ont renversés les régimes pro impérialistes. Les puissances de l’OTAN France en tête ont bombardé la Libye et armé de façon irresponsable les milices de l’opposition islamiste afin de chasser Mouammar Kadhafi et piller le pétrole libyen et sa richesse financière.

L’objectif de ces guerres, tout comme le coup d’Etat de Sissi en soi-même, est de terroriser et menacer la classe ouvrière de la région où les travailleurs avaient déjà renversé deux dictateurs sanguinaires.

Hollande et al-Sissi affirmèrent s’être mis d’accord sur le besoin d’établir un processus de paix entre la Palestine et Israël, ceci après que les deux gouvernements ont soutenu l’assaut israélien contre Gaza qui coûta la vie à des milliers de Palestiniens l’été dernier. Le Parti socialiste français avait pris la mesure extraordinaire d’interdire des manifestations contre la guerre à Gaza.

Hollande a déclaré : « Nous devons aller de nouveau convaincre de la nécessité d’une négociation pour chercher la paix entre Israéliens et Palestiniens. » En réalité ce « Plan de paix » cherche à maintenir la subjugation du territoire palestinien aux diktats d’Israël et de ses alliés impérialistes, tout en divisant la classe ouvrière arabe et juive suivant des lignes ethniques.

Le 27 novembre, al-Sissi visita l’Assemblée nationale entouré d’une garde d’honneur et y rencontra des députés du Parti socialiste et le président PS de l’Assemblée nationale Claude Bartolone. Celui-ci salua les « réformes » d’al-Sissi en faveur de la grande entreprise et contre la classe ouvrière égyptienne.

Il y a quelques jours, l’Assemblée nationale a voté à 339 voix contre 151 en faveur d’une résolution reconnaissant l’Etat palestinien. Le sénat devra voter sur cette résolution le 11 décembre.

(Article original paru le 3 décembre 2014)