Les syndicats cherchent à casser la grève de Radio France

Par Stéphane Hugues
16 avril 2015

Suite à une nouvelle assemblée générale de grévistes tenue à huis clos hier, et ne réunissant qu'une petite minorité de 50 grévistes, les syndicats ont annoncé la levée de tous leurs préavis de grève pour Radio France à 13h aujourd'hui. Sans le préavis de grève des appareils syndicaux, la grève se verrait obligée de basculer dans l’illégalité pour continuer.

Comme lors de la grève des pilotes d'Air France l'automne dernier, les syndicats sont intervenus pour étrangler une grève lorsque les grévistes se trouvaient dans une position de force. 

Après quatre semaines, les syndicats et le gouvernement voyaient que la détermination des grévistes de combattre la restructuration de Radio France était encore plus forte qu'au début de la grève. Des millions de gens écoutent les différentes stations de Radio France, et de nombreuses personnes suivaient cette grève. Le gouvernement et les syndicats craignaient que cette grève fasse boule de neige et les dirigeants syndicaux sont donc intervenus pour tenter d'étouffer légalement la grève. 

Lors d'une assemblée générale dans l’après-midi du mardi 14 avril, tous les syndicats ont appelé à l'arrêt de la grève dans une salle chauffée à blanc favorable à sa reconduction. Quatre syndicats (CFDT, SNFORT, UNSA et SUD) ont carrément levé leurs préavis de grève. La veille, UNSA s'était fait copieusement huer quand son représentant s'était prononcé pour la fin de la grève. 

Les syndicats ont tenté sans succès pendant deux heures ce mardi de convaincre la salle de mettre fin à la grève. Un rapport de Télérama décrivait l'ambiance ainsi: « le déchaînement des applaudissements, à chaque intervention pro-grève, ne laissait planer aucun doute sur la détermination des présents à continuer. 'On vote! On vote!' s’est mise à scander la salle, impatiente de constater sa force dans une forêt de bras levés ». 

Quand le dernier syndicat, SUD, qui aime cultiver une réputation de « syndicat contestataire », a pris la parole, « [L]a salle a regardé Jean-Paul Quennesson, de Sud, approcher à son tour du centre de l’estrade. Le musicien ... a commencé par rappeler l’unanimité de l’intersyndicale, la force du collectif. Là encore, ça sentait le rétropédalage à plein nez. 'Nous avons fait voter nos adhérents', s’est-il justifié, et il est apparu que ces adhérents ne suivaient plus. » 

Mais c'était à la CGT de donner le coup de grâce. Télérama continue: « Jean-Matthieu Zahnd de la CGT s’est levé. Il a pris le micro et, de sa voix de basse, a prévenu : 'Il va y avoir des appréciations différentes… Ce que je peux dire de notre point de vue, c’est qu’hier on a voté la reconduction parce qu’on voulait la prolongation de la médiation (…) Aujourd’hui, pour faire pression sur la tenue du conseil d’administration, et par rapport aux échéances politiques de demain [mercredi, le conseil des ministres et les questions au gouvernement, ndlr], notre position est de reconduire la grève. Mais on se ralliera à l’intersyndicale'. » 

La position de la CGT exprime l'unité des bureaucraties syndicales qui travaillent avec la direction et l'Etat pour tenter de mettre fin à une grève jugée dangereuse par le gouvernement PS. Elle n'a accepté de reconduire la grève pour la journée d'hier que parce qu'elle craignait que le contrôle de la grève n'échappe complètement aux syndicats. 

Face à la colère des travailleurs, la CGT a simplement préféré attendre un jour avant de compléter sa trahison. Car, selon Télérama, « [L]a salle grondait. Ivre de sa colère, furieuse de se voir emmenée sur le terrain de la capitulation. 'Rentre chez toi', entendait-on dans les travées ; 'Ah, ça retourne sa veste, maintenant' ; 'C’est parce que tu pourrais pas partir en vacances si la grève continue, c’est pour ça que tu veux arrêter?'. » 

Un autre hurle: « Vous préparez vraiment les funérailles de cette grève… », « Tu vas me laissez finir, oui? », « C’est affreux ce que vous faites ! » 

Cette grève démontre l'énorme colère qui monte dans la classe ouvrière contre la politique d'austérité du PS et de l'Union européenne, et le gouffre de classe qui sépare les travailleurs des forces petite-bourgeoises qui dirigent les appareils syndicaux. 

En France, les cotes de popularité du Président Hollande et de son gouvernement sont à un niveau historiquement bas. Malgré trois énormes déculottées électorales depuis un an, Hollande garde le cap vers l'austérité. 

Ce mécontentement fait partie d'une colère sociale plus large qui monte parmi les travailleurs de toute l'Europe après six ans de crise économique et d'austérité imposée par l'UE. En Grèce, après seulement quatre semaines au pouvoir, le gouvernement de Syriza (la « Coalition de la gauche radicale ») s'est engagé auprès de l'UE à approfondir les mesures d'austérité en Grèce. 

Hostiles à une victoire qui pourrait entraîner une mobilisation beaucoup plus large de la classe ouvrière contre le PS, les syndicats et leurs soutiens politiques dans les partis de la pseudo gauche interviennent pour écraser les grèves. 

Lors de la grève des pilotes d'Air France l'année dernière, le gouvernement et le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) sont intervenus pour mettre fin à la grève en prétextant que si les pilotes ne capitulaient pas, ceci nuirait aux intérêts financiers d'Air France. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) s'est chargé de présenter cette défaite comme une victoire. 

La seule façon d'aller de l'avant à Radio France comme pour l'ensemble de la classe ouvrière est de lutter pour une mobilisation plus large des travailleurs en France et à travers l'Europe, dans une lutte politique contre l'austérité. Ceci ne peut arriver que si on enlève le contrôle des grèves et des luttes ouvrières aux syndicats et aux partis de la pseudo gauche, tels Syriza et le NPA, qui feront tout pour écraser les revendications ouvrières.