La pseudo-gauche australienne appuie l’avancée en Syrie d’islamistes appuyés par les États-Unis

Par Oliver Campbell
6 juillet 2015

Le groupe australien pseudo de gauche Alternative socialiste (Socialist Alternative) a une nouvelle fois fait la démonstration de sa politique pro-impérialiste. Un article publié le 9 juin sur son site web Red Flag applaudit les récents progrès militaires en Syrie d’islamistes soutenus par les États-Unis. De plus, il approuve explicitement les opérations de trafic d’armes des alliés de Washington dans la région, dont le régime despotique saoudien et la Turquie.

Intitulé « La marche en avant des rebelles en Syrie, » l’article de l’éditeur de Red Flag, Corey Oakley est dans la ligne du soutien public donné depuis 2012 par Socialist Alternative à l’opération de changement de régime des États-Unis contre le gouvernement du président Bachar al-Assad.

Le WSWS a commenté dans le passé la ligne proaméricaine de Socialist Alternative sur la Syrie. En août 2012, Oakley avait écrit, « L’époque du ‘réflexe anti-impérialiste viscéral’ est révolue, » et attaqué ceux qui s’opposaient aux machinations de Washington en Syrie et au Moyen-Orient, déclarant que « l’impérialisme américain n’est pas la question centrale. »

En 2013, au moment où les États-Unis fabriquaient un prétexte pour une intervention militaire directe contre le régime Assad, Socialist Alternative a promu la thèse, maintenant discréditée, que le gouvernement syrien avait utilisé des armes chimiques contre sa propre population. En fait, des preuves documentées par le journaliste d’investigation chevronné Seymour Hersh, ont révélé que c’était les groupes islamistes, salués par Alternative socialiste comme « rebelles » et « révolutionnaires », qui avaient mené l’attaque au gaz près de Damas.

Dans les conditions d’une escalade de la campagne américaine pour renverser le régime Assad, Oakley et Red Flag reprennent leurs mensonges sur la Syrie. Oakley commence son dernier article en déclarant : « Après quatre années dévastatrices de guerre en Syrie, le vent a tourné contre la virulente dictature Assad. »

Tenant coûte que coûte à occulter le caractère des forces d’opposition syriennes, Oakley cherche à établir une distinction entre les avancées militaires de « l’ultra-réactionnaire État islamique (EI)» et les avancées de « forces rebelles authentiques dans d’autres régions. »

Il cite en exemple la prise récente d’une bonne partie de la province d’Idlib, au nord-ouest du pays, par une « alliance de groupes rebelles. » Le caractère réactionnaire de ces « forces rebelles authentiques » saluées par Oakley fut démontré par un incident dans cette province le lendemain de la parution de son article.

Selon l’Observatoire syrien pour les Droits de l’homme, le 10 juin, un leader tunisien de l’islamiste Front Al-Nosra tentait de prendre une maison du village de Qalb Loz, appartenant à un membre de la communauté druze minoritaire. Quand les habitants s’y opposèrent, le chef d’Al-Nosra les aurait accusés de blasphème et ouvert le feu sans discernement, en tuant au moins vingt dont des personnes âgées et un enfant.

Voilà les « forces rebelles authentiques » d’Oakley! Le front Al-Nosra est officiellement aligné sur Al-Qaïda.

Après avoir cité favorablement des dirigeants de l’opposition se plaignant de ne pas avoir reçu assez d’armes des Etats-Unis, Oakley écrit: « les États-Unis prétendent s’opposer à la fois à Assad et à l’EI. En réalité, ils aident Assad dans son dernier sursaut pour retarder l’avancée des rebelles en renforçant l’EI dans le nord de la Syrie. Cela, vous ne pourriez vraiment pas l’inventer. »

En fait, c’est le scénario de Oakley qui est entièrement « inventé. » Tout au long de la guerre civile syrienne, Socialist Alternative a cherché à nier cette réalité largement reconnue que les soi-disant rebelles, dominés par diverses milices islamistes, ont été armés, financés et formés par les États-Unis et leurs partenaires subalternes de la région, pour essayer de renverser le régime Assad.

Un rapport secret de l’US Defense Intelligence Agency datant de 2012, publié le mois dernier en raison d’une requête s’appuyant sur la Loi sur la liberté d’information, documente cette réalité. Il déclare que « les salafistes [sic], les Frères musulmans, et l’AQI [Al-Qaïda en Irak] sont les principales forces motrices de l’insurrection en Syrie. » Il note également que l’ensemble « des pays de l’Occident, du Golfe et de la Turquie » appuient cette opposition.

Toutefois, Oakley est contraint de reconnaître qu’« un facteur important ayant facilité les avancées rebelles a été la disponibilité soudaine d’armes via l’Arabie saoudite et la Turquie. » Il tente d’opposer la réaction de ces « puissances régionales » à une réticence supposée des États-Unis à intervenir. En fait, un article de l’Observer intitulé « Au milieu des ruines de la Syrie, Bashar Al-Assad proche de la fin ? » et sur lequel Oakley base une grande partie de son article, réfute directement sa position.

Oakley cite la description par l’Observer de réunions en mars entre le roi saoudien Salman, le président turc, Recep Tayyip Erdogan et les responsables du Qatar et d’autres États du Golfe où fut décidée la fourniture à l’opposition de masses d’armes afin de renverser Assad. Mais Oakley omet délibérément l’information qui démolit toute son argumentation, à savoir, comme l’écrit l’Observer, que le roi Salman indiquait que son initiative avait reçu l’approbation préalable de Washington.

Si la Turquie, l’Arabie saoudite et les pays du Moyen-Orient poursuivent leurs propres intérêts, ils fonctionnent tous comme des garçons de course dociles quand il s’agit des diktats de Washington. La suggestion que leurs opérations en Syrie seraient menées sans consultation des États-Unis, ou même en opposition à ceux-ci est de toute évidence absurde.

Conscient de la fragilité de ses allégations, Oakley a recours à la grandiloquence pour essayer de dissimuler sa politique pro-impérialiste. « Ces informations », déclare-t-il, « sont bien sûr de l’eau au moulin de ces ‘gauchistes’ voués à la défense du régime fasciste d’Assad, de ses bombes barril et de ses cellules de torture. »

L’affirmation que l’opposition à l’intervention impérialiste revient à soutenir les régimes nationalistes bourgeois de pays opprimés démontre que Oakley, et Socialist Alternative, n’ont rien à voir avec les traditions marxistes de l’internationalisme socialiste.

Résumant l’opposition socialiste de principe à la guerre impérialiste, Leon Trotsky expliquait que, « dans la lutte entre une république démocratique, civilisée et impérialiste, et une monarchie barbare et arriérée dans un pays colonial, les socialistes sont complètement du côté du pays opprimé, nonobstant sa monarchie et contre le pays oppresseur, malgré sa ‘démocratie’. »

En 2003, les partisans de l’invasion américaine de l’Irak ont accusé ceux qui s’y opposaient de soutenir le régime « dictatorial » de Saddam Hussein. Le fait qu’Oakley emploie aujourd’hui ces mêmes arguments pour justifier l’intervention américaine en Syrie montre combien Socialist Alternative et toute la fraternité de la pseudo-gauche sont allés à droite au cours de la dernière décennie.

L’objectif politique des arguments de Oakley est révélé dans les lignes où il fait valoir que: « La vraie ‘intervention étrangère’ dans la guerre syrienne ont été les milliards de dollars d’aide militaire accordée au régime par l’Iran et la Russie. »

Le message ne pouvait être plus clair: s’il y a faute des États-Unis, c’est de ne pas mener une intervention assez importante; ceux qui sont responsables de la poursuite de la crise ce sont les régimes dans le collimateur de Washington, avant tout la Russie.

L’article de Oakley ne mentionne pas l’extension permanente de la nouvelle guerre menée en Syrie et en Irak par Washington et dans laquelle le gouvernement australien joue un rôle central. En fait, c’est le Moyen-Orient dans son ensemble qui a été transformé en foyer de conflits et de guerres sectaires, conséquence de plus d’une décennie de guerres, d’interventions et d’intrigues impérialistes sous leadership américain

Et de même que pour le changement de régime en Syrie, Socialist Alternative s’est aligné sur Washington contre la Russie au sujet de l’Ukraine. Le coup d’État soutenu par les États-Unis l’an dernier pour évincer le président Viktor Ianoukovitch était en partie motivé par l’opposition du président russe Wladimir Poutine aux actions américaines en Syrie. Les États-Unis ont depuis attisé une guerre civile en Ukraine, ils y ont armé, financé et entraîné les forces ukrainiennes, dont des forces fascistes et ils cherchent activement la guerre avec la Russie en plaçant des armes lourdes à proximité des frontières européennes de celle-ci.

Tout au long de la campagne américaine contre Poutine, Red Flag – en conformité avec la propagande de Washington – a mis la réalité à l’envers et décrit le coup d’État fasciste de Kiev comme une révolution populaire, décrié la Russie comme l’agresseur en Ukraine et maintenu un silence assourdissant sur les provocations des États-Unis et de l’OTAN en Europe de l’Est.

Dans les conditions d’une explosion du militarisme impérialiste qui menace le monde d’une nouvelle conflagration, les organisations de la pseudo-gauche comme Socialist Alternative, qui parlent pour des secteurs aisés de la classe moyenne supérieure, s’alignent de plus en plus ouvertement sur leurs propres gouvernements et leur course impérialiste à la guerre. Alors que le gouvernement Abbott et l’establishment politique australien jouent un rôle central dans les intrigues militaristes de Washington en Europe, en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient, les mensonges de Socialist Alternative visent à empêcher l’émergence d’un véritable mouvement anti-guerre de la classe ouvrière australienne et internationale, basé sur une perspective socialiste.

(Article paru d'abord en anglais le 27 juin 2015)