Référendum en Grèce: Des travailleurs disent ce qu'ils pensent

Par Robert Stevens et Christoph Dreier
8 juillet 2015

Depuis la manifestation de masse de vendredi contre l'austérité, l'ambiance à la capitale grecque Athènes a viré encore plus décisivement en faveur du vote «non». «Bon vote. J'espère que vous allez voter "non"», a dit une jeune femme dans un petit kiosque de rue aux clients qui se dirigeaient vers le bureau de vote dimanche matin. 

L'un d'eux a répondu: «Bien sûr que je vais voter "non", mais nous avons aussi à réfléchir sur les implications. Qu'est-ce qui se passera si Tsipras utilise le vote "non" pour obtenir un accord d'austérité avec les créanciers», a-t-il demandé.

«Alors le peuple grec va se révolter», a répondu la jeune femme.

Une file d'attente à un bureau de vote de Pagrati

La victoire décisive du «non» était l'expression d'une hostilité profonde dans la classe ouvrière grecque et la population paupérisée aux mesures d'austérité de l'UE. L'opposition sociale a été beaucoup plus forte que la campagne de propagande incessante de tous les médias privés et les menaces flagrantes des dirigeants de l'UE qui martelaient qu'un vote «non» conduirait à une catastrophe.

Même si de nombreux votants ont toujours des illusions dans le gouvernement Syriza et l'UE, le vote s'opposait distinctement aux tentatives répétées de Syriza de conclure un accord avec les institutions de l'UE. En fin de compte, le résultat du vote a représenté une explosion de la résistance sociale aux mesures d'austérité de l'UE.

Irini

«Je dis non à l'austérité, non au fascisme, non aux propositions qu'ils ont faites», a déclaré Irini dans un bureau de vote dans le quartier d'Athènes de Pagrati. «Si la Grèce était une banque, elle aurait été sauvée», a-t-elle ajouté. Irini a travaillé comme hôtesse de l'air et est maintenant à la retraite. Au cours des cinq dernières années, ses revenus ont diminué de moitié.

«J'ai vécu pendant la junte des colonels [entre 1967 et 1974]», a déclaré une femme âgée aux journalistes du WSWS. «Aujourd'hui, la situation est encore pire que sous la junte. Nous avons vraiment vu aujourd'hui à quoi ressemble le visage mauvais de l'Europe. Jusqu'à présent, nous avons dit oui, oui et oui. Maintenant, nous devons dire non.»

Spiros

Spiros était un autre électeur du camp du «non». Il a expliqué que son salaire mensuel est passé de 1300 euros en 2006 à 950 euros aujourd'hui. «Avec un vote "non", la crise se poursuivra pendant de nombreuses années.» Il pense que certaines réformes étaient nécessaires, «mais pas sur le dos de la population, pas de coupes dans les salaires ni les pensions». Il a dit qu'il croit encore en un avenir meilleur et espère que premier ministre Alexis Tsipras de Syriza pourrait parvenir à un accord avec l'UE, sans imposer plus d'austérité. «Il faut voter "non" pour montrer [aux dirigeants européens] que nous sommes des êtres humains, pas des numéros», a-t-il dit.

Eftichia est au chômage et compte sur la pension de son mari de seulement 300 euros. «Je ne fais pas vraiment confiance au gouvernement. Voilà pourquoi je ne n'ai pas voté pour Syriza en janvier. Je ne crois pas vraiment qu'il y aura une fin à l'austérité en votant "non".»

Andromachi

Outre les votants qui ont exprimé des illusions que Syriza mènerait une lutte contre l'UE et le FMI, de nombreux travailleurs ont exprimé des préoccupations similaires à celles d'Eftichia. «Je ne fais pas confiance à Tsipras ni au gouvernement, j'espère simplement que tout se passe pour le mieux», a déclaré Andromachi qui a, elle aussi, voté «non». «À la table du petit déjeuner, nous nous sommes demandé pourquoi ce référendum avait lieu. Nous avons déjà voté pour Syriza en janvier pour mettre fin aux mesures d'austérité. Pourquoi est-ce qu'ils nous le demandent encore maintenant?»

Andromachi a travaillé comme professeur de ballet par le passé, mais est maintenant au chômage. Avant elle avait eu trois emplois différents en même temps.

Parmi ceux qui se sont abstenus, l'humeur contre le gouvernement était parfois encore plus forte. «Voter "oui" signifie un nouveau mémorandum et voter "non" signifie aussi un nouveau mémorandum», a déclaré Nick, qui étudie la biologie et travaille comme chauffeur de taxi la nuit. «La crise dure depuis cinq ans et elle ne sera pas réglée avec le référendum. Les travailleurs doivent contrôler les moyens de production, a-t-il ajouté. Je crois que nous devons sortir de l'euro.»

Iro

Iro a exprimé un point de vue similaire: «Que j'aie voté "oui" ou "non", nous serons encore en Europe puisque notre gouvernement veut être en Europe. Donc, ce vote est une farce.» Elle a parlé avec passion de l'aggravation de la situation, à laquelle elle a dû faire face après des années de mesures brutales qui ont dévasté la société grecque.

«Si vous me demandiez s'il y a une démocratie en Grèce, je vous répondrais que non. Ils ne nous ont jamais demandé si nous voulions tout cela. Maintenant, mes enfants et leurs enfants auront à payer pour cela. Je ne pense pas que ce soit juste et c’est pourquoi je suis en colère. Dites-le à tout le monde, s’il vous plaît. Je suis en vie, mais je suis morte. Je n’ai pas d’avenir. Je pense que les gens du Royaume-Uni, de l'Espagne, de la France comprennent cela, mais pas les politiciens.»

Interrogée sur ce qu'elle pensait des travailleurs et les populations les plus pauvres qui paient pour l'enrichissement continu des plus riches depuis le krach financier de 2008, elle a répondu: «Vous avez tout dit. Ce sont les pauvres qui paient pour les gens riches. C'est la même situation qu'aux 18e et 19e siècles. Il y avait une chanson des Dead Kennedys qui s'appelait "Kill the Poor" (Tuez les pauvres). C'est comme ça en Grèce aujourd'hui».

Même parmi ceux qui ont voté «oui», il y avait une forte opposition aux mesures d'austérité. Beaucoup ont été intimidés par la campagne dans les médias traditionnels qui a été organisée pour menacer les gens qui avaient l'intention de voter «non». Certains ont dit qu'ils ont voté «oui» comme une protestation contre le gouvernement.

«Si "non" voulait dire de ne pas soutenir le gouvernement, je voterais "non" afin de faire comprendre aux Européens qu'ils ne peuvent continuer de cette façon-là. Mais je tiens à voter contre le gouvernement, a déclaré Yanis. Nous avons déjà voté pour eux pour mettre fin à l'austérité. Pourquoi est-ce qu'ils nous demandent de voter à nouveau?»

Roi

«Je connais les conséquences d'un vote "oui", et elles seront très, très difficiles et affreuses, a déclaré Roi, qui travaille dans un hôtel. «Mais je ne connais pas les conséquences d'un vote "non". Le pire serait le retour à la drachme. Tsipras le nie, mais c'est ce que dit le reste de l'Europe. Ils ont fait peur à beaucoup de gens plus âgés. Et je suis moi-même assez confuse. Dites à Schäuble [ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble] de ne pas venir en Grèce. Il n'y a plus austérité possible, ils ont déjà tout pressé le jus.»

Roi a expliqué qu'elle travaillait dans une usine de crème glacée, mais que son salaire a été réduit de 60 pour cent. « Ils nous ont embauchés et licenciés comme bon leur semblait. À la fin, je me suis retrouvée avec un contrat zéro heure». À son nouvel emploi, le salaire est très irrégulier. Elle a dit que les travailleurs de l'hôtel où elle est employée n’ont toujours pas été payés pour le mois dernier. «Je ne peux plus supporter de voir les retraités debout faisant la queue devant les banques», a ajouté Roi.

(Article paru en anglais le 6 juillet 2015)