Les conventions collectives arrivent à échéance dans les secteurs de l’automobile et de l’acier

Pour une offensive unifiée des travailleurs de l’automobile et des métallos contre l’assaut du gouvernement et des sociétés

Par Jerry White
25 août 2015

Les conventions collectives qui couvrent 30.000 métallos des usines d’ArcelorMittal et de US Steel aux États-Unis expirent le 1er septembre. Deux semaines plus tard, soit le 15 septembre, les conventions collectives prennent fin pour 140.000 travailleurs de l’automobile chez General Motors, Ford et Fiat Chrysler.

La semaine dernière, des métallos ont manifesté en Indiana, au Michigan, en Illinois, en Pennsylvanie et en Alabama. Des mineurs ont aussi participé à une grande manifestation à Virginia au Minnesota. Les travailleurs de Fiat Chrysler qui œuvrent dans des usines à travers le Midwest ont voté en faveur d’un débrayage. De nombreuses sections locales ont voté presque à l’unanimité.

Le fait que ces conventions collectives arrivent à échéance presque en même temps montre le potentiel et la nécessité d’une lutte commune contre les attaques du gouvernement et des sociétés sur la classe ouvrière, des attaques qui ont généré des profits et des cours d’action records ainsi que des niveaux d’inégalités sociales sans précédent.

La classe dirigeante américaine n’a pas l’intention de faire la moindre concession aux demandes des travailleurs pour des salaires et des conditions de travail décentes ainsi que pour une sécurité d’emploi après des décennies de fermetures d’usines, de coupes dans les salaires et les avantages sociaux et d’accélération du rythme de travail. Les travailleurs peuvent faire des gains seulement par la mobilisation de masse de leur puissance industrielle combinée à une stratégie politique pour repousser les attaques des deux partis contrôlés par la grande entreprise.

Le caractère impitoyable de l’élite patronale et financière est démontré par le lockout de 2200 métallos, répartis dans six États, par Allegheny Technologies Inc (ATI). Le 15 août, le fabricant d’aciers spécialisés a fermé l’entrée dans 12 usines et a fait appel aux services de briseurs de grève ainsi que de forces de sécurité militarisées. Un responsable syndical a décrit cela comme l’«assaut du jour J» contre les travailleurs. Le lockout touche 1100 travailleurs à Pittsburgh, le centre historique de la fabrication d’acier et l’emplacement des quartiers généraux de l’United Steelworkers Union (Syndicat des métallos, USW).

Les dirigeants d’ATI ont rejeté les offres serviles de l’USW qui voulait prolonger la convention collective et céder des dizaines de millions de dollars en nouvelles concessions. Après que l’USW n’a pas fait voter ses membres sur «l’offre finale, la meilleure» de la société, qui incluait encore plus de compressions draconiennes dans la santé, les retraites, les emplois et les conditions de travail, la société a décidé d’utiliser les travailleurs en exemple. US Steel et ArcelorMittal, le plus grand fabricant d’acier dans le monde, appuient cet assaut et feront des demandes similaires à celles d’ATI si ce dernier arrive à les faire accepter.

À travers les États-Unis et internationalement, un esprit de résistance grandit dans la classe ouvrière. Cela est reflété par une série de grèves en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Australie, au Brésil et dans d’autres pays. Dans les sept années qui ont suivi le krach économique mondial de 2008, les gouvernements ont injecté des billions de dollars dans les marchés financiers afin d’alimenter une nouvelle bulle spéculative. De vastes sommes ne sont pas utilisées pour la production, et encore moins pour améliorer les salaires des travailleurs, mais plutôt pour des paiements de dividende, des rachats d’action et des fusions d’entreprises qui enrichissent les plus riches tout en détruisant les emplois et les conditions de vie de la classe ouvrière.

Ces luttes sont systématiquement isolées et trahies par les responsables syndicaux. Ce n’est pas différent avec la United Steelworkers et la United Auto Workers. Aucun travailleur ne doit croire les bureaucrates syndicaux quand ils parlent de «lutter pour une convention collective juste» ou de «remettre la classe moyenne sur pied». Ils n’ont aucune intention de mener une lutte sérieuse.

Les conventions collectives d’environ cinq millions de travailleurs américains syndiqués prennent fin cette année. Plutôt que de lutter pour unir les travailleurs dans une lutte commune, les syndicats bloquent les grèves et prolongent les conventions collectives de centaines de milliers de travailleurs des postes, de Verizon et d’AT&T ainsi que celles des professeurs de Chicago, de Pittsburgh et de Detroit.

Lorsque les syndicats ont été forcés de déclencher des grèves, ils les ont rapidement isolées et trahies. Cela a été démontré plus tôt cette année par le sabotage de la grève des travailleurs du pétrole par la USW. Le syndicat a déclenché la grève pour seulement 6.500 des 30.000 membres de l’industrie affiliés à la USW, pour ensuite les forcer à capituler par attrition en refusant de leur donner leur indemnité de grève. À la fin, la USW a signé une entente qui renforçait les comités syndicats-patrons, mais qui ne prenait aucunement en considération les revendications des travailleurs pour des augmentations de salaire, des conditions de travail sécuritaires et un terme aux niveaux inhumains d’heures supplémentaires.

La USW et la UAW ont été complices dans la destruction de centaines de milliers d’emplois, dévastant des villes telles que Pittsburgh, Cleveland et Detroit. Les syndicats ont travaillé main dans la main avec les spéculateurs de Wall Street et le gouvernement pour transformer ce qui a jadis été les travailleurs industriels les mieux payés aux États-Unis en une main-d’œuvre bon marché.

Les travailleurs de l’automobile et les métallos doivent s’unir pour exiger une augmentation salariale de 30 pour cent, l’abolition du système de salaire à deux vitesses, la pleine indexation au coût de la vie, une sécurité à toute épreuve contre les mises à pied et les fermetures d’usine ainsi qu’un revenu décent pour les chômeurs.

Dans la lutte pour ces revendications, les travailleurs seront confrontés non seulement aux patrons de l’automobile et de l’acier, mais également à l’administration Obama, les deux partis de la grande entreprise et le système de profit capitaliste qu’ils défendent.

Obama a lancé l’assaut sur les salaires lors de la restructuration de l’industrie automobile en 2009 qui a réduit de moitié les salaires des nouveaux employés. L’Affordable Care Act, cyniquement intitulé, a été utilisé afin de transférer les coûts des soins de santé des employeurs aux travailleurs.

Loin de s’opposer aux suppressions d’emplois et aux autres attaques, le président de la USW, Leo Gerard, et le président de la UAW, Dennis Williams, ont été nommés par Obama pour siéger aux commissions gouvernementales dédiées à l’amélioration de la compétitivité des entreprises et à l’intensification de la politique de la «relocalisation», c’est-à-dire de sabrer les salaires aux États-Unis jusqu’au seuil de pauvreté et ainsi convaincre les multinationales de s’établir aux États-Unis plutôt qu’en Chine, au Mexique ou dans d’autres pays à bas salaires.

Ces hommes d’entreprise et laquais du gouvernement, avec leur salaire à six chiffres, sont terrifiés qu’une victoire d’une section de travailleurs puisse devenir le fer-de-lance d’un mouvement bien plus vaste de la classe ouvrière contre leurs maîtres de la grande entreprise et le commandant en chef des baisses de salaire, le président Obama.

Une lutte unifiée des travailleurs de l’automobile et de l’acier aurait un vaste appui, non seulement des travailleurs syndiqués, mais également des dizaines de millions de travailleurs qui ne font pas partie de ces organisations propatronales, des jeunes, des chômeurs, des travailleurs immigrants, des étudiants et des retraités – tous ceux qui sont confrontés à des salaires de misère, des niveaux d’endettement accablants, des coupures dans les retraites, la violence policière et les menaces de guerre.

La condition préalable à une lutte sérieuse est de retirer aux syndicats le contrôle des négociations, puis d’élire des comités d’action de la base à l’intérieur des usines. Ceux-ci doivent être démocratiques et hors du contrôle de la USW et de la UAW. Ces comités doivent tenter d’obtenir le soutien du plus grand nombre de sections de travailleurs aux États-Unis et internationalement.

La pauvreté et les inégalités sociales ne peuvent être éliminées que si les travailleurs s’organisent en tant que force politique indépendante et luttent pour la réorganisation socialiste de l’économie, y compris pour la transformation de l’industrie de l’acier et de l’automobile en des services publics sous le contrôle démocratique et la propriété commune de la classe ouvrière.

Le Parti de l’égalité socialiste a reçu une puissante réponse à sa campagne visant à mobiliser les travailleurs de l’automobile pour la lutte à venir. Nous exhortons les travailleurs de l’acier et tous les autres travailleurs à s’inscrire au Bulletin des travailleurs de l’automobile du World Socialist Web Site et à contacter le PES afin de construire la direction pour ce combat.

(Article paru en anglais le 17 août 2015)