La campagne du SEP obtient du soutien dans le nord du Sri Lanka

Par notre correspondant
11 août 2015

Des membres et des sympathisants du SEP et des Etudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale (EJIES) ont fait campagne parmi les travailleurs, les pêcheurs, les femmes au foyer, les jeunes et les retraités pour la deuxième réunion électorale à être tenue dans le Nord du Sri Lanka. Le PES aligne 43 candidats, dans trois districts, pour l’élection générale du 17 août – à Colombo, la capitale, à Jaffna dans la zone nord et dans la zone de plantations de Nuwaraeliya. 

A section of the Jaffna meeting

Dans des discussions animées avec les membres et sympathisants du SEP des personnes interviewées à Karainagar ont souvent exprimé leur mépris pour et leur opposition au principal parti bourgeois tamoul, l'Alliance nationale tamoule (TNA), et de l'hostilité face à l'occupation militaire continue de la région Nord, plus de six ans après la fin de la guerre communautariste du gouvernement contre les séparatistes des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE). 

Karainagar est une île reliée à Jaffna par une longue chaussée. La moitié environ des habitants sont des familles de pêcheurs et le reste sont des travailleurs, des fonctionnaires et des agriculteurs. Beaucoup de familles déplacées par la guerre, y ont été parqués sans installations élémentaires, tandis que des camps militaires neufs ont été établis. Des maisons endommagées et des débris sont les symboles visibles de plus de deux décennies de guerre communautariste. Beaucoup de familles pauvres dépendent de la pêche à la crevette rose dans les lagons. 

La réunion électorale s'est tenue le 31 juillet dans le village de pêcheurs d'Oori, à environ 20 kilomètres de Jaffna. Plus de 50 personnes dont des pêcheurs, des agriculteurs, des enseignants, des femmes au foyer et des étudiants y ont participé, tandis que plusieurs centaines de personnes écoutaient à l'extérieur. 

Le principal orateur était le secrétaire général du SEP Wije Dias, le candidat du SEP V. Kamalathasan présidait la réunion. Les autres orateurs étaient Paramu Thirugnanasampanthar, qui dirige la liste du SEP à Jaffna, Pankaja Jayawickrema, représentant l'EJIES et le candidat du SEP Rasaratnam Balagowry. 

Thirugnanasampanthar a souligné que l'élection avait une signification internationale puisque le Sri Lanka était aspiré dans les préparatifs de l'impérialisme américains pour la guerre. L'orateur s'est référé au soutien américain pour Maithripala Sirisena à l'élection présidentielle de janvier dernier afin d'éliminer Mahinda Rajapakse, qui avait établi des liens étroits avec la Chine. « L'opération de changement de régime à l'élection présidentielle en janvier faisait partie de ces préparatifs et maintenant les intéressés cherchent à renforcer ce gouvernement dans cette élection générale, » a-t-il dit. 

Wije Dias

Wije Dias appelé à voter pour les candidats du SEP en soutien au programme socialiste révolutionnaire du parti. Il a expliqué que le PES ne cherchait pas à promouvoir l'illusion que les problèmes brûlants de la population pouvaient être résolus par une forme de régime parlementaire. Il a insisté sur le fait que seule l'abolition du capitalisme et l'instauration du socialisme pouvaient résoudre les problèmes auxquels faisaient face les travailleurs, les pêcheurs, les agriculteurs, les ménagères, les étudiants et les jeunes chômeurs.

« Pour renverser le capitalisme et instaurer le socialisme, il faut établir un gouvernement d' ouvriers et de paysans, sous la forme d'une république socialiste du Sri Lanka et de l'Eelam », a déclaré Dias. 

Il a expliqué que les séparatistes du LTTE ont été militairement écrasés à cause de leur perspective politique fausse, faire confiance à l’Inde et aux puissances impérialistes pour qu’elles s’accordent avec le gouvernement de Colombo pour obtenir des privilèges à l'élite tamoule. « Cette expérience a, une fois de plus, prouvé tragiquement l'incapacité de la bourgeoisie à réaliser les droits démocratiques des travailleurs. La bourgeoisie nationale, cingalaise et tamoule, s’oppose avec véhémence aux aspirations à l'unité de la classe ouvrière au-delà des divisions communautaires ».

L'orateur a rappelé que le LTTE avait détenu de force des membres du SEP pendant plusieurs semaines en 1998 dans la région de Vanni. C’était une tentative désespérée de bloquer la lutte pour le programme socialiste internationaliste de la classe ouvrière, seule capable de résoudre le problème des droits démocratiques des peuples opprimés. «Ce fut grâce à la mobilisation de la force politique de la classe ouvrière internationale, utilisant notre organe, le World Socialist Web Site, que nous avons réussi à obtenir que nos membres soient libérés indemnes de l'emprise du LTTE », a-t-il dit.

Dias a dénoncé la poursuite de cette politique communautaire réactionnaire par la TNA, qui auparavant fonctionnait comme le porte-parole parlementaire du LTTE. Il a cité le manifeste électoral de la TNA, qui déclare ouvertement sa volonté de collaborer avec les mêmes forces que celles qui ont opprimé le peuple tamoul et mené une guerre brutale contre lui pendant près de trois décennies.

L'orateur a cité le manifeste de la TNA: « Un programme complet pour le développement du Nord et de l'Est, y compris la création de possibilités d'emploi pour les jeunes, sera entrepris avec le soutien actif de l'Etat sri lankais, la diaspora tamoule et la communauté internationale ». Dias a expliqué que le terme « communauté internationale » fait référence aux grandes puissances mondiales.

La clameur communautariste allait inévitablement de pair avec un tel point de vue pro-impérialiste, a expliqué Dias. Ce fut la raison pour laquelle la TNA a déclaré que «les constitutions sri-lankaises ont été adoptées sans le consentement du peuple tamoul ». Dias a expliqué: «Les constitutions, de l'époque coloniale britannique jusqu'à présent, ont toutes été adoptées sans le consentement des deux peuples, cinghalais et tamoul. Ce fondement commun est obscurci par les bourgeoisies cingalaise et tamoule, car toutes deux craignent une lutte unifiée des deux communautés et s'y opposent, car elle soulève la question de la révolution sociale ». 

Un membre du SEP s’adresse à des jeunes

Des militants du PES ont visité le village de Thoppukadu, où la plupart des habitants de l'île se sont réinstallés après la fin de la guerre. Une femme a expliqué que ses difficultés l'ont empêchée même de penser à l'élection. « Le gouvernement a promis de fournir 500 000 roupies pour construire une maison, mais nous n’en avons reçu que la moitié ... Nous devons acheter de l'eau de la citerne, pour 600 roupies les 1000 litres à utiliser pour la construction et pour boire. Nous devons dépenser plus de 4000 roupies par mois, juste pour l'eau. Nous avons été réinstallés en 2010 et avant de terminer la construction, notre dette a augmenté à 350 000 roupies et l'argent alloué ne suffisait pas. C’est un énorme fardeau pour nous ».

Une mère a dit qu'elle avait perdu ses enfants dans la guerre. « Dans les batailles finales de 2009, le LTTE a recruté de force mes deux enfants, âgés de 18 et 20 ans. L'un est mort dans la bataille et l'autre a disparu. Les partis tamouls n'ont rien fait pour retrouver nos enfants. Ils font des promesses à chaque élection, mais ne tiennent rien. Même si nous ne recevons rien de la TNA, la plupart des gens votent pour eux, car ils représentent le peuple tamoul. Il se peut que je le fasse aussi ». Lorsque les partisans du SEP ont expliqué que la politique de la TNA représentait les intérêts de la bourgeoisie tamoule, elle a commenté: « Vous avez raison. Mais personne ne nous a expliqué cela comme ça ».

Saraswathy a dit que sa fille avait été tuée dans la guerre et que son fils avait été détenu pendant une longue période dans un camp de détention militaire. « Le Conseil provincial du Nord a annoncé l’existence d’un registre pour les familles qui ont perdu leurs proches, promettant de fournir de l'aide », dit-elle. « Nous nous sommes enregistrés, mais n'avons reçu aucune aide. Le gouvernement a aussi annoncé qu'il allait aider les anciens détenus, mais n'a rien fait. Nous vivons dans la pauvreté. Ils viennent nous rencontrer uniquement pendant la période électorale, puis ils nous oublient ».

Nages a travaillé dans l'usine Ceynor qui produisait du matériel de pêche avant la guerre. Il a perdu sa jambe à cause d’une mine. «Je suis sans emploi et vis dans la pauvreté », a-t-il expliqué. « Quand j’ai été licencié de chez Ceynor j’ai reçu 200 000 roupies. Ce ne fut même pas assez pour réparer ma maison. Je n’ai pas d'argent pour acheter des chaussettes pour ma jambe ... Après avoir entendu vos arguments j’ai décidé cette fois-ci de voter pour vous ».

(Article paru en anglais le 10 août 2015)