Syriza lance la proposition d'un référendum pour imposer l'austérité en Grèce

Dans une longue interview télévisée lundi soir qui a duré jusqu'au petit matin de mardi, le premier ministre grec Alexis Tsipras a précisé que Syriza intensifierait les mesures d'austérité exigées par la troika – l'Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI). 

Il a déclaré que son gouvernement était « sur le point » de parvenir à un accord avec la troïka pour la fin de la semaine prochaine, afin que l'UE dégage les fonds de sauvetage qu'elle refuse de verser à la Grèce et qu'elle retire le blocage par la BCE des crédits destinés aux banques grecques. Parlant à la chaîne grecque privée Star TV, Tsipras a dit, « Je pense que le 9 mai, nous aurons un accord qui va permettre de dégager certains fonds de sauvetage. » 

Pour parvenir à un accord avec l'UE, Syriza prépare des coupes sociales profondes qui violeront de manière flagrante ses promesses électorales de mettre fin à l'austérité de l'UE. Tsipras a indiqué que Syriza pourrait organiser un référendum pour essayer d'obtenir un vernis de légitimité démocratique pour des politiques dictées par l'UE qui ont été massivement rejetées par le peuple grec. 

« Si la solution ne relève pas de notre mandat, je n'aurai pas le droit de le violer, et la solution à laquelle nous viendrons devra être approuvée par le peuple grec », a déclaré Tsipras. 

Visant apparemment à contrer la spéculation que son gouvernement pourrait tomber s'il ne parvient pas à un accord sur l'austérité avec la troïka, Tsipras a exclu des élections anticipées. « Les gens décideront - évidemment sans élections, je veux que ce soit clair, » a-t-il dit. 

Ceci est une fraude. Si Tsipras arrive à un accord avec l'UE approuvé par référendum, le peuple grec ne décidera de rien. Tsipras tient un fusil chargé à la tête des travailleurs et les menace: soit vous voterez les politiques d'austérité détestées de la troïka, soit l'UE étranglera le système financier grec, forçant une sortie de la Grèce de la zone euro, la faillite de l'Etat grec, ou les deux. 

Dans un tel référendum, la classe ouvrière se retrouverait avec seulement un choix sur la façon dont elle serait pillée par les marchés financiers. La deuxième option, l'effondrement du système financier de la Grèce, signifierait la préparation par l'Etat grec et le gouvernement Syriza de mesures militaires d'urgence pour réprimer les manifestations populaires. 

Le quotidien de droite Kathimerini a signalé que si le gouvernement décidait qu'un effondrement financier grec était inévitable, vraisemblablement le week-end pour minimiser l'impact sur les marchés boursiers mondiaux, il enverrait l'armée dans les rues. La Grèce « déployerait son armée dès tôt le samedi matin et fermerait ses frontières, convertissant les euros en drachmes comme solution provisoire, une fois qu’une annonce publique aurait été faite. » 

Tsipras calcule manifestement que le peuple grec rejettera finalement ce choix et approuvera la mort dans l'âme les politiques d'austérité de l'UE auxquelles il avait cherché à mettre fin en élisant Syriza. 

Les marchés financiers se sont réjouis de la proposition de référendum de Tsipras, qu'ils considèrent comme garantissant un flux régulier de profits provenant des coupes sociales et de la spéculation sur la dette grecque. Selon Bloomberg News, « les marchés adorent. Le rendement sur deux ans des obligations de la Grèce, qui souffrent le plus d'un défaut, ont chuté à 20,54 pour cent contre 30 pour cent il y a une semaine ... l'indice boursier local est en hausse de 13 pour cent ». 

La proposition de référendum de Tsipras est le résultat de plusieurs mois de concessions faites à la troïka depuis que Syriza a remporté les élections du 25 Janvier. 

Syrzia a été élu en faisant des promesses électorales frauduleuses qu'elle mettrait fin aux réductions de salaires et à l'austérité de l'UE. Sa perspective d'arriver à un accord pour alléger la dette et inverser partiellement des mesures d'austérité de l'UE s'est toutefois avérée totalement non viable : l'UE a insisté pour que l'austérité continue. A peine trois semaines après sa prise de fonction, Syriza a abandonné toutes ses promesses électorales et a rassuré l'UE qu'elle imposerait les réformes structurelles et les mesures d'austérité voulues. 

Maintenant Syriza contraint les administrations locales, les hôpitaux publics et les universités à remettre au gouvernement des milliards d'euros de fonds de réserve afin de payer la troïka. 

Cependant, cela est loin de suffire pour rembourser les €300 milliards de dettes de la Grèce, et la troïka réclame de nouvelles réductions. Afin d'obtenir un nouveau prêt de € 7,2 milliards de la troïka, Syriza se prépare à spécifier des coupes sociales détaillées, y compris dans les pensions et les soins de santé, et des réformes structurelles. Ces réformes comprennent des réformes réactionnaires du code du travail, des licenciements dans le secteur public, et des privatisations. 

Syriza est confronté à une colère montante dans la classe ouvrière. Après avoir atteint des taux d'approbation de plus de 70 pour cent après son élection, Syriza chute dans les sondages. Selon un sondage récent pour Proto Thema, 52 pour cent des Grecs sont déçus de sa performance. 

Alors qu'il discute comment imposer l'austérité avec l'UE, Tsipras a dit cyniquement à ses auditeurs que la « priorité du gouvernement grec est le paiement des salaires et des pensions ». 

En fait, Athènes doit gérer une crise de liquidités et payer €700 millions au FMI, le 12 mai. Elle envisage donc activement la suspension du paiement des pensions et des salaires du secteur public. 

Alors qu'une confrontation avec la classe ouvrière se profile, Syriza se rapproche des politiques d'austérité de l'UE. Tsipras a remanié l'équipe de négociation de Syriza suite à l'échec de la réunion de l'Eurogroupe le 24 avril. Les ministres européens des Finances auraient dénoncé le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, le traitant d' « amateur », de « joueur » et de « perte de temps ». 

Varoufakis, qui jusqu'à présent avait conduit les négociations avec la troïka, s'est vu remplacé par le ministre adjoint des Affaires étrangères, Euclide Tsakalotos. Certes, Varoufakis ne s'est pas opposé à l'austérité. Cependant, l'éditorialiste du Guardian Paul Mason confirme que son remplaçant prépare une coordination intensifiée avec la troïka. 

« En plaçant M. Tsakalotos, qui a été impliqué dès le début à la tête de l'équipe de négociation, le premier ministre grec Alexis Tsipras envoie le signal le plus fort possible qu'il veut un compromis pour maintenir la Grèce dans l'euro », a écrit Mason. 

Tsakalotos, un économiste stalinien qui a fait ses études à l'Université d'Oxford, est considéré comme un technocrate plus stable et plus fiable, totalement fidèle à l'UE. 

Selon Mason, « M. Tsakalotos vient de cette école du marxisme qui a appris à partir des années 1970 à faire des compromis avec la réalité capitaliste. Il est non seulement plus discret; il est très attaché à l'idée de Syriza comme un gouvernement réformiste et engagé à l'euro pour toujours. Qui plus est, en tant que membre de longue date de Syriza, il aura une compréhension plus sûre de ce que les membres du parti accepteront par rapport aux compromis qu'il devra façonner ». 

Cest-à-dire que Tsakalotos est mieux placé que Varoufakis pour unifier les factions de Syriza autour d'un accord réactionnaire avec l'UE pour attaquer les travailleurs.

 

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