L’état d’urgence en France et la montée de la lutte des classes en Europe

Réunion du PSG à Berlin-Wedding

Par Elisabeth Zimmermann
17 septembre 2016

Le Parti für Soziale Gleichheit (Parti de l’Egalité sociale, PSG) a tenu dimanche à Berlin-Wedding la quatrième d’une série de réunions dans le cadre de sa campagne aux élections au sénat de Berlin. Alex Lantier, un représentent du Comité International de la Quatrième Internationale, était venu de Paris prendre la parole à Berlin.

Christoph Vandreier, le vice-président du parti et candidat à l’élection de Berlin l’a salué en disant, « Pourrait-il y avoir une question plus brûlante en ce 15e anniversaire du 11 septembre, le jour des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ? Depuis lors, le bellicisme monte à travers le monde entier. Cette politique guerrière est liée aux attaques considérables menées contre la classe ouvrière. L’expérience des travailleurs français revêt la plus grande importance pour les travailleurs ici à Berlin, partout en Europe et mondialement. »

En France, plus que dans n’importe quel autre pays, il est évident que la course à la guerre et les attaques sociales contre la classe ouvrière sont incompatibles avec la démocratie. L’état d’urgence, prolongé à plusieurs reprises par le gouvernement Hollande, vise directement les grèves et les manifestations ouvrières contre l’odieuse loi travail, a ajouté Vandreier.

L’état d’urgence en France et la montée de la lutte des classes en Europe

Alex Lantier a débuté son discours en exposant en détail les attentats terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, qui ont fait 130 morts. Il a souligné le fait qu’un grand nombre des assaillants étaient déjà connus de la police et avaient pu franchir librement à plusieurs reprises les frontières françaises et de la zone Schengen durant les semaines avant les attentats.

Juste après les attentats, le gouvernement PS de François Hollande a imposé l'état d’urgence, qui suspend les droits démocratiques, dont le droit de réunion et de manifestation. L’état d’urgence a été voté à la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale et reste en vigueur. Tous les députés du Front de gauche dirigé par Jean-Luc Mélenchon ont voté l’état d’urgence en novembre dernier à l'Assemblée nationale.

Le Front de gauche est le parti frère du parti allemand Die Linke (La Gauche). Lantier a présenté une photo montrant le président du Front de gauche, Mélenchon, aux côtés d’Oscar Lafontaine, l’ancien président de Die Linke. Les deux hommes sont des amis de longue date.

Lantier a souligné, « L’état d’urgence ne vise pas l’Etat islamique, mais la population musulmane et la classe ouvrière en France. » Il a présenté des statistiques publiées en janvier par le ministère de l’Intérieur. Selon ces chiffres, 3.021 perquisitions furent menées, mais il y a eu une seule mise en examen pour terrorisme. 

Des milliers de logements de familles musulmanes ont été perquisitionnés. Aucune indemnité n’a été versée pour les dégâts causés, tels des portes enfoncées. Les militants écologistes qui voulaient manifester contre la conférence écologique COP21 furent assignés à résidence. En décembre, des grévistes à Sodexo furent licenciés et les ouvriers de Goodyear condamnés à la prison ferme.

Alors qu'il suspendait les droits démocratiques sous l’état d’urgence, le PS a imposé la loi travail de la ministre du Travail Myriam El Khomri, élaborée avec le concours du SPD et de Peter Hartz, l’auteur des tristement célèbres lois Hartz en Allemagne. La loi El Khomri allonge la durée hebdomadaire du travail, dégrade les conditions de travail, et abroge les droits démocratiques fondamentaux des travailleurs français.

En tentant d'inscrire dans la constitution la déchéance de nationalité des citoyens français, Hollande s’est inspiré des lois du régime de Vichy. 

Lantier a également montré que la mise en place d’un Etat policier en France était l’expression de la profonde crise du capitalisme et a pour objectif à se préparer à une explosions de la lutte des classes en France et à travers toute l’Europe.

Il a décrit en détail le mouvement social au printemps. En mars, des millions de travailleurs et de jeunes sont descendus plusieurs fois dans la rue pour manifester contre la loi El Khomri. Le 31 mars, 1,2 million de personnes ont rejoint les défilés. Le 5 avril, 130 manifestants furent interpellés. Le 15 juin, le premier ministre Valls a menacé d’interdire les manifestations contre la loi, faisant savoir que l’état d’urgence visait la classe ouvrière.

Lantier a exposé le rôle des organisations de pseudo-gauche et de leurs comparses universitaires, qui jouent un rôle crucial en soutenant l'état d’urgence et la préparation d'une dictature antiouvrière. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), le Front de gauche, et Die Linke en Allemagne sont des partis bourgeois qui défendent le capitalisme en lui fournissant une couverture de « gauche ». Ils représentent une couche de la petite bourgeoisie privilégiée hostile à la classe ouvrière, et qui est prête à tout pour empêcher une lutte révolutionnaire.

Lantier a terminé son discours en appelant à la construction d’un mouvement international contre la guerre et la dictature. L’allié le plus important des travailleurs et des jeunes en France dans la lutte contre la politique réactionnaire du PS sont les travailleurs et les jeunes d'Allemagne et de tous les pays. « Dans la lutte pour le socialisme et contre l’austérité et la guerre, le PSG et les partisans du CIQI en France luttent pour les Etats socialistes unis d’Europe, » a-t-il conclu.

Une discussion animée s’est ensuivie, concernant surtout le rôle joué par Die Linke.

Un membre du public ayant vécu et travaillé en RDA (République démocratique allemande) a dit être tombé sur le PSG en faisant des recherches en ligne sur les mots « guerre » et « Allemagne ». Plusieurs articles s’opposant à la guerre étaient apparus et c’est pour cela qu’il était venu. Il a demandé si, au vu des préparatifs de guerre très avancés, le PSG ne devait pas s’aligner sur des représentants de Die Linke tels Bodo Ramelow ou Sahra Wagenknecht, pour être moins isolé. La Quatrième Internationale n’estt après tout pas très bien connue des masses, a-t-il dit.

Andy Niklaus, qui vit à Wedding et qui est le candidat du PSG dans la 7e circonscription électorale, a répondu, « Comment peut-on s’allier à un parti qui invite le général Kujat à une réunion du parti ? Lors de notre campagne électorale et de notre lutte contre la guerre, qui est pour nous la question centrale, nous recueillons un énorme soutien ».

L'opposition contre la guerre et les attaques sociales monte, mais elle est systématiquement étouffée par les syndicats, Die Linke et leurs partisans de pseudo-gauche. La classe ouvrière ne peut être mobilisée que dans une lutte contre ces organisations, a déclaré Niklaus.

Niklaus a précisé qu'il travaillait depuis 25 ans pour la société de transport en commun de Berlin (BVG) et a expliqué le rôle joué par le syndicat : en coopération avec le SPD et Die Linke, il avait imposé d’importantes coupes et des attaques contre les conditions de travail. Dans le cadre de la campagne électorale, Niklaus avait rédigé un appel à ses collègues du BVG et aux travailleurs de Berlin, pour qu'ils s’organisent indépendamment de Ver.di et d'autres syndicats et mettent en place sur les lieux de travail des comités de soutien pour le PSG. 

Alex Lantier est intervenu pour dire, « Nous ne sommes pas encore une organisation de masse en France, mais je ne me sens pas isolé pour autant. C'est le PS de François Hollande qui est isolé. De nombreux travailleurs partagent cet avis. Si nous cherchions des alliés auprès du NPA ou du Front de gauche, nous nous isolerions de la classe ouvrière. Il n’y a pas de soutien dans la classe ouvrière française pour justifier le régime de Vichy, pour les coupes sociales, ou pour la guerre ».

Ulrich Rippert, président du PSG et candidat tête de liste aux élections de Berlin, a dit durant la discussion, « Le discours que nous avons écouté aujourd’hui montre très clairement qu’un mouvement d’opposition de masse s’est développé contre le gouvernement PS au sein de la classe ouvrière française. C’est ce que les syndicats, le Parti communiste stalinien et toutes les organisations de pseudo-gauche bloquent systématiquement. La lutte pour l’indépendance politique de la classe ouvrière doit être menée contre ces tendances ».

Rippert a décrit le rôle joué par Die Linke et son prédécesseur, le PDS (Parti du socialisme démocratique), qui était intervenu il y a 25 ans pour restaurer les relations capitalistes en RDA. Son orientation pro-capitaliste fait partie de son ADN politique. De plus, Die Linke porte une lourde part de responsabilité pour la montée de l’AfD. D’abord, Die Linke a appliqué les attaques sociales de manière brutale partout où elle exerçait le pouvoir. Le parti a ainsi créé la misère qu'exploitent les démagogues de l’extrême-droite à présent. C’est parce que die Linke a pratiqué cette politique droitière au nom de la gauche, qu’elle a nourri la frustration qui fait monter l’AfD.

Endrik Bastian, qui a lui aussi grandi en RDA et qui est candidat dans la 5e circonscription de Berlin Mitte, a concentré ses remarques sur le rôle de Die Linke : « Le PDS et Die Linke ont toujours été appelés à faire partie du gouvernement lorsque des attaques contre la classe ouvrière devaient être imposées et que ni le CDU ni le SPD n’auraient pu les appliquer à eux seuls. » 

Il a rappelé le modèle de Magdebourg (Madgeburger Modell), qui avait garanti au gouvernement minoritaire SPD en Saxe-Anhalt le soutien du PDS. « Sa politique a eu pour conséquence un taux de chômage de 20 pour cent et une transformation massive d’emplois à plein temps en emplois précaires. Ce fut le précurseur de Hartz IV et d'attaques plus larges. S’il est question aujourd’hui de faire entrer Die Linke au gouvernement une fois de plus, ceci doit servir d’avertissement que les milieux dirigeants préparent de sévères attaques sociales pour la période à venir ».

Enrico, un étudiant de 29 ans en histoire et philosophie à l’université de Potsdam, a participé pour la première fois à une réunion du PSG. Il a dit au WSWS : « J’ai trouvé que la conférence a été très bonne. Elle a démontré de manière convaincante que l’évolution vers un Etat policier en France est déjà très avancée, et que l’état d’urgence vise en premier lieu la classe ouvrière. »

« Une bonne partie des sujets abordés m’avait déjà traversé l’esprit. J’ai reçu l’invitation d’aller à la réunion à un stand d’information du PSG. Mon impression est que vous êtes le seul parti de gauche sérieux. C’est ce dont nous avons vraiment besoin, en particulier en raison du virement à droite en Europe ».

Interrogé sur le danger de guerre, il a dit, « La militarisation ciblant la Russie et les développements en Turquie, ça fait peur. » 

Une autre réunion, intitulée “Votez contre la guerre et le militarisme”, a conclu la campagne électorale du PSG. C'était le jeudi, 15 septembre, à l'Ufa-Fabrik, (Theatersaal), Viktoriastraße 10-18, 12105 Berlin.

A la réunion, des représentants du CIQI et du PSG ont discuté d'un programme pour la construction d'une société socialiste qui reliera l'opposition à la guerre à la lutte contre l'inégalité, le renforcement de l'appareil d'Etat el la xénophobie.

(Article original paru le 14 septembre 2016)