Le candidat du NPA Philippe Poutou tient une réunion de campagne pro-guerre à Paris

Par Alex Lantier
22 avril 2017

Mercredi soir, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a tenu la dernière réunion de la campagne de son candidat à la présidence, Philippe Poutou, dans la banlieue nord de Paris. Environ 1000 personnes ont assisté à la réunion, où les membres du NPA ont soutenu la campagne pour la guerre dirigée par les États-Unis contre la Syrie et la Russie et ont proféré des critiques tactiques contre le parti socialiste (PS), en plein milieu de l’effondrement historique du PS, discrédité par le gouvernement de président François Hollande.

Le NPA parle au nom d’une couche de la classe moyenne supérieure qui a monopolisé pendant des décennies ce qui passait pour la politique « d’extrême gauche » en France, de la même manière que les médias ont faussement présenté les politiques de guerre et d’austérité du PS comme représentant le « socialisme ». Dirigé par des éléments du mouvement étudiant post-1968, le NPA attire différentes couches de la jeunesse. Certains qui préparant une carrière dans la politique officielle se sont posent de manière appropriée pour des entrevues télévisées en costume et cravate, et d’autres portaient des vêtements « alternatifs » coûteux ; une oratrice invitée d’Italie a présenté un projet sur la violence fondée sur le genre qu’elle proposera à l’État italien.

En ce qui concerne la classe ouvrière, cependant, le NPA est âprement hostile. Il a soutenu à maintes reprises l’élection des gouvernements pro-austérité du PS en France, ou de Syriza la « Coalition de la gauche radicale » en Grèce. Et surtout, il soutient férocement les guerres impérialistes par lesquelles la domination financière des puissances impérialistes principales et donc la richesse de la base électorale du NPA issue de la classe moyenne supérieure sont maintenues.

Cela a été le sujet de la première contribution principale au rassemblement de Poutou, par Christine Poupin, porte-parole du NPA, qui a présenté un rapport censé porter sur l’internationalisme, c’était en fait une défense complète des interventions impérialistes, en particulier en Syrie. Elle a lancé une dénonciation hystérique des grands gouvernements impérialistes en Europe et en Amérique du Nord pour ne pas être intervenu plus violemment pour renverser le gouvernement syrien.

Pour essayer de fabriquer un soutien pour les milices d’opposition soutenues par l’OTAN qui sont maintenant profondément impopulaires en Syrie, Poupin a été contrainte de tourner la réalité à l’envers. Elle a affirmé que, en raison des actions des puissances de l’OTAN, les milices anti-Assad avaient été « laissées sans aucun moyen de défense, en particulier la défense antiaérienne. Et toutes les interventions étrangères en Syrie ont réellement aidé [le président syrien] Bachar al-Assad à rester au pouvoir. »

C’est un tas de mensonges. La revendication de Poupin cache le fait que la principale intervention étrangère en Syrie était celle des puissances impérialistes de l’Amérique du Nord et de l’Europe, aidées par les pétromonarchies du golfe Persique. Les milliards de dollars qu’ils ont versés pour l’armement des milices d’opposition islamistes et nationalistes Kurdes en Syrie n’ont pas « aidé » Assad. Ils ont brisé la Syrie et son gouvernement, obligeant des dizaines de millions de personnes à fuir leurs maisons.

Les tentatives de Poupin de présenter la ligne pro-guerre du NPA comme de critiques « à gauche » de la politique des grandes puissances impérialistes étaient imprégnées de mensonges politiques. En faisant écho à la position du Parti démocrate aux États-Unis, Poupin a dénoncé la politique américaine en Syrie parce qu’elle n’est pas suffisamment agressive pour attaquer la Syrie afin de renverser Assad. Cela souligne simplement que le NPA a réussi à critiquer Trump depuis la droite : l’Administration qui se positionne le plus vers l’extrême droite de toute l’histoire américaine.

Poupin a dénoncé la frappe de missiles du 7 avril de Trump sur la Syrie, après l’attaque au gaz du 4 avril sur Khan Sheikhoun. Cette attaque – après plusieurs attaques chimiques par les forces d’opposition soutenues par l’OTAN qui ont été imputées au régime syrien, comme l’attaque de 2013 à la Ghouta – a toutes les caractéristiques d’une provocation de la CIA. Néanmoins, Poupin a attaqué l’acte d’agression de Trump contre la Syrie par la droite, non pour son illégalité, mais parce qu’il n’était pas assez sanglant pour détruire Assad, qu’elle a blâmé pour l’attaque de Khan Sheikhoun sans présenter de preuves.

« Et ce n’est pas le coup d’éclat de Trump qui va nous faire changer d’avis. Parce qu’à peine une semaine après l’atroce attaque chimique de Khan Cheikhoune, Trump laissait entendre qu’une entente avec Bachar al-Assad était envisageable dans le cadre de la fameuse guerre contre le terrorisme », à déclaré Poupin. « Un tel signal a évidemment encouragé le régime à poursuivre ses crimes. Alors oui, face à Assad, face à Daech, c’est au peuple syrien, et à lui seul, de décider de son avenir. »

Le soutien téméraire du NPA pour la guerre impérialiste, qui est devenu parfaitement clair en particulier depuis qu’il a appuyé ouvertement la guerre de l’OTAN en 2011 en Libye, l’expose comme un outil de l’impérialisme, hostile à la classe ouvrière. C’est aussi le produit final de la longue évolution du NPA et de sa relation avec le PS, le parti bourgeois qui a dominé ce qui s’est passé pour la gauche en France depuis la grève générale de 1968. À ce moment-là, il s’alliait avec le Parti communiste français stalinien (PCF), qui avait toujours une base électorale de masse dans la classe ouvrière, pour se présenter faussement comme socialiste.

Aujourd’hui, près d’un demi-siècle plus tard, le PS se désintègre rapidement, profondément discrédité par les décennies d’austérité et de guerre qu’il a imposées aux travailleurs, et en particulier pendant le dernier mandat de cinq ans de Hollande. Le PS est divisé, approuvant les candidats présidentiels en compétition, l’ex-ministre de l’Économie PS, Emmanuel Macron, et le candidat présidentiel PS à la présidentielle, Benoît Hamon. Il est détesté et au bord de l’effondrement total, avec une spéculation croissante qu’il suivra bientôt le parti social-démocrate grecque Pasok sur la voie de la désintégration totale.

L’effondrement du PS soulève d’urgence la question de construire une véritable alternative socialiste révolutionnaire. Cependant, la couche petite-bourgeoise dans et autour du NPA ne veut pas toucher cette question. Fondé en 2009 sur la base d’un rejet avoué du trotskysme par son prédécesseur, la Ligue communiste révolutionnaire petite-bourgeoise (LCR), il n’a aucune perspective à offrir au milieu de l’effondrement des organisations sociales-démocrates et staliniennes d’Europe.

Le NPA n’avait rien à dire au sujet de sa relation pourrie, pendant près d’un demi-siècle, avec le PS, même si ce parti connaît un effondrement historique. Bien qu’ils n’aient pas reconnu ouvertement leurs liens étroits avec le PS, le PS pourrait toujours compter sur l’assistance politique du NPA. Poutou a appelé pour un vote de Hollande en 2012, et le précédent candidat du NPA, Olivier Besancenot, avait approuvé la candidate PS, Ségolène Royal, qui avait perdu les élections présidentielles de 2007.

Les politiques réactionnaires du NPA prises ensemble ont produit une situation où ce n’est pas le NPA, mais Jean-Luc Mélenchon, un ex-étudiant radical post-soixante-huitard, membre de longue date du PS, qui est considéré comme le meilleur espoir pour les électeurs « à gauche ». Il a rapidement grimpé dans les sondages, en particulier après la frappe du 7 avril sur la Syrie, à laquelle il a réagi en critiquant l’attaque de Trump. Néanmoins, ni Mélenchon ni le NPA n’ont des divergences fondamentales avec le PS ; les deux ont travaillé dans sa périphérie depuis des décennies.

Lorsque Poutou a discuté de ses différences avec Mélenchon lors de la réunion de Paris, il a attaqué Mélenchon sur des lignes populistes, comme un politicien, en s’appuyant sur la longue carrière de Mélenchon comme sénateur PS et sur la carrière de bureaucrate syndical de Poutou dans une usine de Ford à Blanquefort, près de Bordeaux.

Se plaignant que les politiciens aient des « mœurs plus que discutables », Poutou a mis en garde contre le fait de « tomber dans un piège qui nous est encore tendu, celui de la sauvegarde de la gauche institutionnelle, de la gauche gouvernementale. »

Poutou a ajouté que Mélenchon, « quels que soient les aspects sympas qu’il a, les aspects combatifs et anti-austéritaires, n’empêche que ce soit quelqu’un qui a fait de la politique toute sa vie, qui a été au Parti socialiste pendant trente ans, qui a été au gouvernement Jospin pendant quelque temps. »

Les déclarations moralistes de Poutou sont une démagogie vide. Le NPA mène en dernière analyse le même type de politique nationaliste et pro-impérialiste que Mélenchon l’ancien sénateur PS, ou bien que Jospin. Les tentatives de Poutou de prendre ses distances avec Mélenchon sont de mauvaise foi, dans la mesure où il est bien connu que les différences entre les politiques liées au PS de Poutou et celles de Mélenchon sont au plus marginales et que le NPA veut bien s’allier à Mélenchon.

En effet, quand on lui a posé des questions sur les différences entre le NPA et Mélenchon sur la chaîne de télévision public-Sénat peu avant le rassemblement de Poutou, Poupin a insisté sur le fait que le NPA et Mélenchon étaient des alliés proches. « Ceux qui s’apprêtent à voter Jean-Luc Mélenchon, qui votent Jean-Luc Mélenchon, c’est très bien. Si Jean-Luc Mélenchon arrive au second tour, c’est une très très bonne chose. […] Jean-Luc Mélenchon n’est pas notre adversaire. »

Ces remarques, indiquent non seulement que les dénonciations de Poutou des politiciens professionnels et ses tentatives de se présenter comme un critique révolutionnaire et anticapitaliste de Mélenchon et du PS, sont autant de fraudes. Les travailleurs et les jeunes qui cherchent une alternative à l’effondrement du PS seront obligés de lutter aussi contre la politique petite-bourgeoise et pro-guerre du NPA.

(Article paru d’abord en anglais le 21 avril 2017)