Macron dévoile son offensive contre la classe ouvrière

Par Anthony Torres et Alexandre Lantier
1 juillet 2017

En présentant le jeudi 22 juin un projet de loi pérennisant les dispositifs de l'état d'urgence, et le mardi 27 un projet de loi d'habilitation permettant d'imposer des réformes sociales par ordonnances, Macron a partiellement dévoilé l'offensive qu'il prépare contre les travailleurs. La classe dirigeante prévoit des reculs sociaux et démocratiques sans précédent en France depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la destruction du régime collaborationniste de Vichy.

La pérennisation des mesures de l'état d'urgence marquerait la rupture la plus violente avec les normes démocratiques depuis le vote par l'Assemblée nationale des pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain en 1940. La police, dont de larges fractions sont acquises au Front national, pourrait désormais et de manière arbitraire

*assigner des individus à résidence ou dans « un périmètre géographique détermine » ;

*perquisitionner de jour comme de nuit ;

*exploiter les données hertziennes, notamment téléphoniques ;

*ordonner fouilles et palpations ;

*placer quelqu'un sous bracelet électronique.

Les ordonnances dynamiteraient la sécurité de l'emploi et permettraient au patronat de négocier des accords d'entreprise foulant aux pieds les droits légaux et constitutionnels des salariés. Elles visent à

*faciliter les licenciements abusifs en plafonnant les indemnités de licenciement ;

*permettre aux accords d'entreprise de déroger aux accords de branche et au Code du Travail ;

*créer un contrat indéterminé de projet, un emploi précaire dont la vocation est de remplacer de Contrat à durée indéterminé (CDI) ;

*mettre encore plus directement les instances de représentation sous la botte de l'employeur, en fusionnant comités d'entreprise, délégués du personnel, et comités d'hygiène et de sécurité ;

*installer un chèque syndical, une somme fournie par le patronat et que l'Etat obligerait les travailleurs à fournir à l'un des appareils syndicaux.

L'argument de la classe politique et des médias, selon lequels la police aurait besoin de ces pouvoirs extraordinaires pour lutter contre le terrorisme islamiste, est une fiction politique répugnante. Les réseaux islamistes en France et à travers l'Europe fonctionnent sous surveillance et sous protection des services de renseignement européens, afin de mener la sale guerre de l'Otan en Syrie. Ils servent de prétexte à la classe dirigeante pour doter l'Etat des capacités de répression qu'elle espère suffiront à étouffer l'opposition des masses.

Les 3.289 perquisitions menées sous l'état d'urgence jusqu'au 2 février 2016 n'ont débouché que sur cinq enquêtes liées au terrorisme, selon l'association Human Rights Watch. En plus, selon le vice-président du Conseil d'Etat, Jean-Marc Sauvé, le ministère de l'Intérieur a dû suspendre près de 40 pour cent des 863 mesures imposées sous l'état d'urgence, entre le 1er janvier 2016 et le 5 mai 2017, qui ont été contestées juridiquement. Les principales cibles de l'état d'urgence ont été non pas les réseaux islamistes, mais les travailleurs et les jeunes en lutte en 2016 contre la loi travail du PS.

Cette politique met en lumière les raisons pour lesquelles, le soir de son élection, Macron a adressé un « salut républicain » au FN. Alors qu'il tente d'anéantir les droits constitutionnels – dont le droit de grève et de manifestation – que les travailleurs ont acquis suite aux luttes contre le régime pétainiste, il ressent une nette parenté politique avec les chefs frontistes. Comme lui, ils considèrent que ces droits sont une entrave intolérable à la politique de l'impérialisme français.

Ceci confirme la justesse de l'appel du Parti de l'égalité socialiste (PES) à un boycott actif du second tour des présidentielles entre Macron et Marine Le Pen. Jean-Luc Mélenchon ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui laissaient entendre qu'entre Macron et Le Pen, les électeurs avaient un choix net entre un défenseur de la démocratie et une néo-fasciste autoritaire, disaient faux.

Macron – qui veut assurer les intérêts du capital financier français via une alliance militaire avec Berlin dans le cadre de l'Union européenne, dirigée contre Trump et contre Washington – vise tout autant que Le Pen à mettre en place un régime autoritaire. Il rencontrera rapidement une profonde opposition ouvrière.

Le PES a insisté que la principale question était d'établir une ligne politique pour la classe ouvrière qui serait indépendante des deux candidats, et qui la préparerait à s'opposer aux projets de Macron. L’abstention record de 57 pour cent au second tour des législatives constitue un verdict négatif sans appel des Français sur ce projet antidémocratique et antisocial, élaboré avec mépris pour l'opinion. 70 pour cent des Français se sont déclarés hostiles à la loi travail, même délestée des mesures les plus réactionnaires que Macron veut réimposer à présent par ordonnances.

La classe ouvrière sera précipitée, non seulement en France mais à travers l'Europe et le monde, dans de profondes luttes. La question principale qui confronte la classe ouvrière est de tirer les leçons de l'effondrement du PS et des profonds bouleversements de la politique internationale, et de construire le PES et le Comité international de la Quatrième Internationale en tant qu'avant-garde politique pour fournir une direction aux luttes révolutionnaires internationales qui se préparent.

Mélenchon, le NPA, et toutes les organisations petite-bourgeoises, antiléninistes et antitrotskystes qui pullulent dans l'entourage du PS entrent s'effondrent face aux profonds conflits de classe qui émergent de la crise politique et économique internationale. Leur orientation vers le PS dès sa fondation en 1971, peu après la grève générale de Mai-juin 1968, était un signe de leur profond rejet du marxisme et de la classe ouvrière.

Pendant toute une époque histoire depuis la dissolution stalinienne de l'Union soviétique, elles ont enfermé la lutte de classes dans le carcan de divers barouds d'honneur syndicaux qui n'avaient finalement qu'un impact mineur sur les réformes menées par les différents gouvernements. Après avoir organisé tant de défaites face aux réformes des retraites et aux fermetures de sites, elles sentent monter tout autour d'elles la méfiance et l'hostilité des travailleurs. Elles sont à présent terrifiées par l'effondrement du PS.

Le journal stalinien L'Humanité est un exemple classique. Il s'inquiète des projets de Macron :« ces accrocs à l'Etat de droit, tolérés en période d'urgence, vont-ils devenir la règle quotidienne? C'est ce que redoutent associations, magistrats, et élus progressistes. » Toutefois, L'Humanité s'inquiète surtout à l'idée que l'opposition que provoqueraient ces mesures bloquerait les rouages de la police ; le journal cite ensuite un bureaucrate CGT qui attaque Macron sur sa droite pour n'avoir pas doté la police des pouvoirs dont elle aurait besoin pour son espionnage de masse.

« On ne voit aucune volonté de donner plus de moyens au renseignement territorial, qui tisse des contacts de terrain auprès des associations, des sociétés de gardiennage, et détecte les signaux faibles », déclare Alexandre Langlois, secrétaire général de la CGT-Police, à L'Humanité. La CGT-Police a d'ailleurs participé avec le syndicat d'extrême droite Alliance à une manifestation de défense des policiers contre les manifestants contre la loi Travail.

Ce qui se prépare n'est pas une lutte syndicale, mais une lutte politique entre la classe ouvrière et une classe dirigeante qui veut absolument briser les acquis les plus fondamentaux des travailleurs. En ce centenaire de la révolution d'octobre, la voie qui leur reste ouverte est de renouer leurs liens avec les traditions de lutte de leurs frères et sœurs de classe en Russie il y a un siècle. Le PES se donne la tâche de se construire afin d'offrir une direction révolutionnaire aux luttes à venir.