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Raids du Service de l’immigration à Detroit: Arrestations de dizaines de personnes qui seront déportées vers une zone de guerre en Irak

Par Eric London et Niles Niemuth
16 juin 2017

Dans une série de raids dimanche, les agents de l’immigration et des douanes américaines (Immigration and Customs Enforcement – ICE) ont arrêté environ une centaine d’immigrants irakiens dans la grande région métropolitaine de Detroit, des musulmans mais aussi de nombreux catholiques chaldéens dont plusieurs ont été arrêtés à la sortie de la messe.

Des membres des familles de personnes arrêtées ont déclaré au World Socialist Web Site que les personnes arrêtées ont été envoyées à une prison à but lucratif qui se trouve à quatre heures de route près de Youngstown, en Ohio, où elles courent le risque d'une déportation immédiate vers l’Irak.

Une manifestation s’est déroulée lundi à l’église catholique Mother of God de Southfield au Michigan, où les amis et familles des personnes arrêtées en pleurs ont dénoncé bruyamment Trump et les agents de l’immigration.

Une femme irakienne dénonçant les raids menés par le Service de l’immigration

Les parents disent que ces déportations équivalent à une «peine de mort» en raison de la guerre et des conflits sectaires qui déchirent l’Irak depuis l’invasion américaine du pays en 2003. Même si ICE prétend n’expulser que les criminels dangereux, des proches disent que certaines des personnes arrêtées ont été condamnées pour des crimes aussi mineurs que la possession de marijuana et que beaucoup de ces infractions remonteraient à des décennies.

La décision de l’administration Trump d’expulser les réfugiés en Irak fait voler en éclats les allégations selon lesquelles les guerres américaines en Irak et en Syrie sont des interventions «humanitaires» visant à protéger la population. En violation du droit international, le gouvernement américain envoie les personnes arrêtées dans une zone de guerre active elle-même dans une région qu’il continue de bombarder. L’Irak a été réduit en ruines par les 25 années de guerre permanente menées par les États-Unis et ses morts se comptent par millions.

Au moment même où les raids de ICE étaient menés dimanche, le département de la Défense publiait un communiqué de presse annonçant que l’armée américaine avait mené sept frappes aériennes en Irak contre Bayji, Kisik, Mossoul et Tal Afar ces derniers jours.

Les membres des familles ont été informés que leurs proches pourraient être envoyés à la ville irakienne d’Erbil, située à moins de deux heures de route de Mossoul, une ville actuellement assiégée où les États-Unis ont déjà tué des milliers de civils et où l’actuelle force d’invasion qu'ils soutiennent vient d’être accusée d’utiliser des munitions chimiques au phosphore blanc contre la population.

Mossoul, qui a été largement démolie par le siège des États-Unis, est le siège du diocèse de l’Église catholique chaldéenne et le foyer des Chaldéens, une population assyrienne dont les racines remontent à plus de 5500 ans en Irak.

La minorité chaldéenne en Irak n’était pas ciblée par le régime laïque de Saddam Hussein, mais des persécutions ont commencé à la suite de la guerre du golfe Persique de 1990-1991 lorsque les États-Unis ont provoqué un conflit sectaire dans la région kurde du nord du pays dans le but de déstabiliser le gouvernement baasiste.

Une section des manifestants à l’église Mother of God de Southfield, au Michigan

Les conditions se sont considérablement aggravées après l’invasion par l’armée américaine qui a alimenté la guerre sectaire en mobilisant des forces chiites contre les insurgés dans les zones sunnites majoritaires. Les deux factions islamiques ont ensuite persécuté les minorités religieuses telles que les Yazidis et les Chaldéens. Plus de 80 églises chaldéennes ont été bombardées depuis le début de l’occupation américaine.

Depuis l’invasion américaine de 2003, la population chrétienne totale de l’Irak est passée de 1,5 million à 400.000 personnes en raison des morts et de l’émigration. Des centaines de milliers de chrétiens irakiens ont fui en Syrie après l’invasion américaine, pour se retrouver pris de nouveau au piège dans un autre conflit.

Afin de provoquer une guerre civile et de forcer l’éviction de Bashar al-Assad dans la Syrie voisine, les États-Unis ont soutenu l’opposition dominée par la branche syrienne d’Al-Qaïda, le Front d’Al-Nusra, qui a également commis des atrocités contre les Chaldéens tant en Syrie qu'en Irak . Al-Qaïda serait responsable de l’assassinat de l’archevêque chaldéen Paulos Faraj Rahno de Mossoul en 2008.

Au cours des trois dernières années, l’État islamique a régulièrement détruit les églises chaldéennes, tué des responsables religieux et profané des ruines anciennes. Ce groupe islamiste s’est développé en Irak puis est apparu en Syrie grâce aux conditions créées par la politique délibérée des États-Unis d’alimenter un violent conflit religieux. En Irak, l’objectif est de maintenir la population divisée et plus facilement dominée par Washington. En Syrie, l’objectif est de faire tomber Assad.

La vague d'arrestations menée dimanche est le produit d’un accord conclu en mars par l’administration Trump avec le gouvernement irakien qui a supprimé le pays de l’ordonnance révisée de son administration interdisant les voyages en provenance de sept pays majoritairement musulmans. Selon les termes de cet accord, l’Irak a accepté de prendre des déportés des États-Unis, quelque chose que le pays n’a pas fait depuis des années.

Steve a déclaré : «S’ils emmenaient votre frère, votre père, votre sœur ou votre mère, comment vous sentiriez-vous? Que feriez-vous?

Beaucoup de Chaldéens présents lors de la manifestation lundi ont déclaré au WSWS qu’ils avaient voté pour Trump parce qu’il prétendait protéger les chrétiens en Irak et en Syrie. Un Chaldéen âgé dont le frère a été arrêté a déclaré: «J’ai voté pour Trump, ce n’est pas juste. C’est chez nous ici maintenant. Où allons-nous aller en Irak? Nous n’avons pas de pays, c’est pour cela que nous sommes venus aux États-Unis!»

Steve, un autre protestataire chaldéen dont le frère a été arrêté, a déclaré: «Trump a menti, il a dit qu’il s'en prendrait aux gens sans papiers légaux, mais tous ceux qui ont été arrêtés avaient des papiers. Mon frère s'est présenté pour un contrôle régulier aux autorités d’immigration, et il a été arrêté chez lui une semaine plus tard. S’ils emmenaient votre frère, votre père, votre sœur ou votre mère, comment vous sentiriez-vous? Que feriez-vous?»

Des scènes comme celle qui s'est déroulée dans le stationnement de cette église au Michigan lundi après-midi sont de plus en plus courantes aux États-Unis. Au cours des trois premiers mois qui ont suivi son investiture, l’administration Trump a arrêté plus de 40.000 immigrants, une escalade par rapport au nombre déjà élevé de personnes déportées sous Barack Obama.

Dans tout le pays, des parents de tous les horizons sont séparés de leurs enfants ou les uns des autres. Beaucoup de personnes, originaires notamment du Moyen-Orient, d’Amérique centrale et de l’Asie du Sud-Est vont être renvoyées dans des zones catastrophées et appauvries par l’impact des interventions impérialistes des États-Unis.

Le nombre de vies brisées par ces politiques se compte par dizaines de millions, et pourtant, le Parti démocrate garde un silence presque total à propos du programme de déportation massive de Trump.

Le Parti démocrate consacre plutôt toutes ses énergies politiques à lancer des affirmations néo-maccarthystes sans fondement selon lesquelles Trump est un agent de la Russie, le tout amplifié par des audiences du Sénat très médiatisées.

La tentative des démocrates de propager l’hystérie publique sur «l’ingérence étrangère» peut exacerber la confusion xénophobe et empoisonner davantage le climat politique en créant des conditions dans lesquelles les «étrangers» et les immigrants peuvent se retrouver victimes d’attaques physiques. La campagne antirusse des démocrates donne un tremplin aux groupes paramilitaires de droite et à la faction Bannon-Miller à la Maison-Blanche de Trump pour détourner la colère sociale contre les immigrants.

Si des audiences publiques étaient organisées sur le programme de déportation de Trump, les faits qui surgiraient choqueraient des dizaines de millions de personnes et les éduqueraient sur les conditions horribles auxquelles les immigrants sont confrontés.

Par exemple, le gouvernement met en place un réseau de camps pour accueillir des centaines de milliers d’immigrants, y compris ceux qui n’ont commis aucun crime. Le gouvernement a envisagé de mobiliser 100.000 soldats de la Garde nationale dans 11 États de l’Ouest et du Sud-Ouest pour incarcérer des millions d’immigrants. Les rangs de ICE et du Customs and Border Protection (CBP) – le service des douanes et de protection des frontières – pullulent de milliers d’agents fascistes qui trouvent «amusant» de battre et d’arrêter des immigrants. Les violations des droits des immigrants dans les procédures régulières sont tellement routinières qu’elles sont traitées comme allant de soi par les avocats de la Cour et les juges d’immigration.

Les démocrates n’ont pas exigé et n'exigeront pas d’audiences pour enquêter sur ces violations généralisées des droits démocratiques, en partie parce que l’administration de Barack Obama a commis des crimes semblables et déporté 2,7 millions d’immigrants. La tâche de faire en sorte que l’administration Trump soit traduite en justice pour les attaques contre les immigrants appartient à la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 13 juin 2017)