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Le Kremlin accueille le centenaire de la révolution d’Octobre avec peur et hostilité

Par Clara Weiss
14 novembre 2017

L’oligarchie du Kremlin a accueilli le centenaire de la Révolution d’Octobre avec un mélange de peur et d’hostilité, falsifiant 1917 et l’attaquant sur une base nationaliste et d’extrême droite.

Il n’y a eu pratiquement aucune célébration officielle du centenaire. Le Kremlin a parrainé un défilé militaire sur la Place Rouge de Moscou qui a reconstitué un événement de la Seconde Guerre mondiale (de 1941). Le Parti communiste (KPRF), une organisation de droite qui glorifie les crimes du stalinisme et maintient des liens avec des groupes xénophobes interdits, a organisé la seule commémoration.

L’extrême hostilité de l’oligarchie à l’égard de1917 trouve son expression la plus nette dans la campagne télévisée financée par l’État contre la révolution et très particulièrement Léon Trotsky, qui n’était pas seulement, avec Lénine, le principal dirigeant du soulèvement et le fondateur de l’Armée rouge, mais aussi l’opposant marxiste central de la trahison nationaliste de la révolution par la bureaucratie stalinienne.

Une série de huit épisodes à gros budget sur Trotsky a été diffusée la semaine dernière sur la première chaîne, la chaîne de télévision la plus regardée en Russie. Elle a fait un usage flagrant de clichés antisémites et d’extrême droite, dépeignant Trotsky comme un obsédé sexuel et un égocentrique assoiffé de sang. Un autre « documentaire » sur la première chaîne, « Le Diable de la Révolution », relance les anciennes calomnies selon lesquelles les bolcheviks étaient financées par les Allemands.

Le président Vladimir Poutine, lui-même un multimilliardaire selon certains, s’est distancié de toutes les commémorations publiques de la révolution. Le mois dernier, il a exprimé son hostilité à la révolution, déclarant devant un groupe d’universitaires : « N’était-il pas possible de suivre une voie de réformisme pas-à-pas plutôt que de passer par une révolution ? Ne pouvions-nous pas avoir évolué par un mouvement en avant constant plutôt que par la destruction de notre État et la fracture impitoyable de millions de vies humaines ? »

Au cours de la dernière période, le Kremlin s’est donné beaucoup de peine pour trouver un moyen de faire face à l’héritage de la révolution russe. En traitant les événements et leurs implications politiques, il a oscillé entre trois tendances principales.

La première, une campagne néo-stalinienne, a trouvé son expression dans d’innombrables ouvrages faisant l’éloge de Staline et justifiant les crimes contre la révolution, y compris la terreur des années 1930. La seconde est celle de la propagation d’attaques antisémites d’extrême droite contre la révolution et ses dirigeants, donnant lieu à des publications dénonçant Trotsky comme un agent des « Rothschild » et le traitant de « mangeur d’hommes ». La troisième et la plus récente, a été un effort de la part du Kremlin de décrire la révolution comme un événement essentiellement national – une « grande révolution russe » – qui aurait eu comme objectif la sauvegarde de « l’État russe ». Cette falsification a été entérinée dans un nouveau manuel d’histoire destiné aux programmes scolaires dans tout le pays.

L’assaut contre 1917, qui dans de nombreux cas ravive des attaques contre la révolution et Trotsky qui étaient le fonds de commerce bien connu des armées blanches contre-révolutionnaires, est un signe de l’une extrême faiblesse économique et politique de l’oligarchie russe qui est issue de la restauration capitaliste.

La réimposition du marché en Russie a été un désastre absolu pour la grande majorité de la population du pays. Cela a créé une couche parasitaire d’oligarques qui règnent sur une économie très inégale et surtout dépendante des exportations d’énergie.

Selon un rapport de 2016, le décile supérieur du pays détient 89 pour cent de toute la richesse des ménages en Russie, en hausse de 2 pour cent par rapport à 2015. Pour comparaison, c’est 78 pour cent aux États-Unis et 73 pour cent en Chine. Pas moins de 122 000 Russes appartiennent au 1 pour cent le plus riche du monde ; il y a quelque 79 000 millionnaires et 96 milliardaires en dollars américains qui vivent en Russie.

Quelque 56 pour cent des travailleurs russes gagnent moins de 31 000 roubles (531 dollars) par mois ; 29,4 pour cent de la population – quelque 43 millions de personnes – vivent avec moins de 256 dollars par mois.

Le désespoir et le dénuement social trouvent une expression aiguë dans les épidémies dévastatrices de VIH et d’addiction à l’héroïne. Plus d’un million de personnes (environ 1 pour cent de la population) en Russie sont infectées par le VIH, un pourcentage qui n’est dépassé dans le monde que par l’Afrique subsaharienne. En 2013, il y avait près de 2 millions de consommateurs de drogues injectées dans le pays. Depuis 1991, plus d’un million de personnes se sont suicidées en Russie. La population a baissé à tout juste un peu plus de 140 millions d’habitants.

La Russie fait face à la menace d’un morcellement par les puissances impérialistes et tout simplement d’une guerre nucléaire. L’élite dirigeante du pays vacille entre bellicisme et appels désespérés aux impérialistes pour changer de cap.

Dans ces conditions, les idéaux centraux de la révolution russe – contre la guerre impérialiste et l’inégalité sociale – revêtent inévitablement une nouvelle attirance pour des couches importantes de la population. Ces sentiments, généralement exprimés dans une vague de nostalgie pour l’Union Soviétique, sont nécessairement confus. Après des décennies de falsifications historiques et les crimes du stalinisme – y compris surtout le meurtre de l’ensemble des membres du parti bolchevique, d’une grande partie du Komintern et de Léon Trotsky lui-même – les faits de base sur la révolution russe et la lutte de l’opposition de gauche contre le stalinisme ne sont pas connus.

C’est pourquoi l’oligarchie dirigeante, héritière historique de la bureaucratie stalinienne, fait tout ce qui est en son pouvoir pour embrouiller les gens sur les origines et le programme de la révolution russe, attiser le nationalisme russe et attaquer celui qui était le révolutionnaire le plus étroitement associé à la lutte contre la trahison nationaliste de la Révolution – Léon Trotsky.

Mais cette campagne de falsifications historiques est fondée sur un terrain extraordinairement instable. Qui accordera de la crédibilité à la moralisation sans mérite et aux attaques contre la révolution et ses dirigeants, venant d’une classe dirigeante imprégnée de criminalité et de parasitisme et aussi moralement dégénérée qu’elle peut l’être ?

À mesure que la crise socio-économique et géopolitique s’intensifie et que les couches de la classe ouvrière sont de plus en plus entraînées dans des luttes, une nouvelle génération de jeunes et de travailleurs se tournera vers l’événement le plus important de l’histoire russe et mondiale du 20ᵉ siècle.

Nous exhortons les travailleurs et les jeunes en Russie à étudier les textes produits par le Comité international de la Quatrième Internationale sur le centenaire de la révolution d’Octobre et à rejoindre la lutte pour la continuation de la révolution socialiste mondiale commencée en 1917 par les bolcheviks en Russie.

(Article paru en anglais le 13 novembre 2017)