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Les États-Unis au bord de la guerre avec la Corée du Nord

Par Peter Symonds
13 octobre 2017

Au milieu des préparatifs américains en vue d’un conflit avec la Corée du Nord, le vol de nuit d’hier effectué par deux bombardiers B-1B sur la péninsule coréenne a été conçu pour provoquer une réponse nord-coréenne qui pourrait servir de motif pour une guerre totale.

Les bombardiers supersoniques ont été rejoints par des avions de combat japonais et sud-coréens pour le premier exercice d’entraînement de nuit à pratiquer des exercices avec des missiles air-sol dans les eaux de la côte est de la Corée du Sud, puis au large de la côte ouest. Cette répétition pour une guerre avec la Corée du Nord a suivi une autre nouveauté : les deux bombardiers B-1B se sont rendus le plus loin vers le nord le long de la côte nord-coréenne depuis le début du siècle.

En même temps, le Pentagone est en train de rassembler une armada navale au large de la péninsule coréenne. Le sous-marin d’attaque nucléaire USS Tuscon est arrivé au large de la Corée du Sud samedi. Le porte-avions USS Ronald Reagan et son groupe de croiseurs et de contre-torpilleurs devraient arriver plus tard ce mois-ci pour des exercices conjoints avec la marine sud-coréenne. Deux frégates australiennes sont également en route vers les eaux coréennes.

La campagne implacable des menaces belliqueuses et des provocations militaires de l’administration Trump montrent clairement que le danger d’une guerre catastrophique qui pourrait entraîner des puissances majeures telles que la Chine et la Russie et dégénérer en un échange nucléaire est réel et imminent. Alors qu’il fait face à une crise politique grandissante à la maison, le président des États-Unis pourrait voir une guerre avec la Corée du Nord comme un moyen d’étayer son administration et d’écraser l’opposition politique nationale.

Du point de vue de la logique militaire, les États-Unis ont délibérément placé le régime de Pyongyang dans une situation impossible. Dans son discours fascisant à l’ONU le mois dernier, Trump a déclaré que la Corée du Nord était confrontée à une « destruction totale » à moins qu’elle ne capitule devant les exigences américaines. Il a carrément exclu toute négociation avec Pyongyang quand il a réprimandé le secrétaire d’État Rex Tillerson pour avoir « gaspillé son temps » à envoyer des signaux diplomatiques.

Le ministre des Affaires étrangères de la Corée du Nord a réagi au discours de Trump en déclarant qu’il s’agissait d’une déclaration de guerre et a averti que son pays avait le droit de prendre des contre-mesures, y compris l’abatage de bombardiers stratégiques américains dans l’espace aérien international. Pourtant, le Pentagone a continué à envoyer des B-1B pour mener des jeux de guerre à proximité de la Corée du Nord.

Confronté aux forces militaires les plus puissantes de la planète armées de milliers d’armes nucléaires, le régime de Pyongyang pourrait conclure qu’il doit attaquer d’abord, y compris avec son arsenal nucléaire limité, avant que son armée ne soit totalement détruite. Chaque vol B-1B pose la question immédiate aux généraux de Pyongyang : est-ce un autre exercice, ou le début d’une attaque tous azimuts ?

À Washington, l’armée est prête pour la guerre contre la Corée du Nord. Dans un discours sur les points essentiels adressés lundi aux officiers supérieurs de l’armée, le secrétaire à la défense, James Mattis, a insisté sur le fait que l’armée devait être : « prête à faire en sorte que nous ayons des options militaires que notre président peut employer si nécessaire ».

L’Army Association [association civile de soutient à l’armée] a paraphrasé le général Robert Abrams, dirigeant du Commandement des forces de l’armée américaine qui s’était exprimé au même séminaire en disant : « Envoyer des forces à se battre dans une guerre totale comme la Seconde Guerre mondiale signifierait faire face à une dure réalité : des soldats vont mourir, et en grand nombre ».

Mattis et le président du Comité des chefs d’États-majors interarmées, le général Dunford, ont rencontré Trump mardi pour examiner les options militaires, y compris « pour empêcher la Corée du Nord de menacer les États-Unis et leurs alliés avec des armes nucléaires ». En d’autres termes, l’administration Trump est sur le point d’une guerre d’agression illégale sous prétexte que le petit arsenal nucléaire de la Corée du Nord constitue une menace pour les États-Unis.

Une attaque américaine contre la Corée du Nord conduirait inévitablement à une confrontation avec la Chine et la Russie, qui ont à plusieurs reprises appelé à un apaisement des tensions et à un retour aux négociations. Une guerre à leurs frontières et l’installation d’un régime fantoche américain à Pyongyang coupent directement leurs intérêts stratégiques en Asie. De plus, l’assujettissement de la Corée du Nord fait partie de l’ambition beaucoup plus large de Washington de saper, d’encercler et, si nécessaire, de faire la guerre à la Chine pour assurer l’hégémonie américaine en Asie et dans le monde.

Trump a accéléré le prétendu « pivot vers l’Asie » de l’Administration Obama contre Pékin sur tous les fronts – diplomatiquement, économiquement et militairement. Il a renforcé les liens américains dans toute la région, menacé la Chine d’une guerre commerciale et affronté Pékin sur le plan militaire non seulement sur la péninsule coréenne, mais aussi en mer de Chine méridionale. Mardi, un destroyer de la marine américaine a effectué une autre intrusion provocatrice près des îles Paracels chinoises pour contester les « revendications maritimes excessives » de Pékin ».

La poussée américaine vers la guerre n’est pas simplement le produit d’un président Trump fascisant. C’est plutôt l’expression de l’aggravation de la crise politique, sociale et économique de l’impérialisme américain qui a désespérément cherché à arrêter son déclin historique par son usage agressif de sa puissance militaire. Après avoir créé un désastre après l’autre au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique du Nord, Washington s’engage dans une surenchère et se prépare à un conflit direct avec ses principaux rivaux, la Chine et la Russie en premier lieu.

Le danger de la guerre est encore aggravé par l’agitation et les conflits immenses au sein de l’establishment politique américain, y compris à la Maison-Blanche, et plus largement, l’opposition populaire à la guerre et à l’austérité. Trump est publiquement en désaccord avec Tillerson et Mattis qui ont suggéré que les efforts diplomatiques doivent être épuisés avant toute attaque contre la Corée du Nord – non parce qu’ils sont opposés à la guerre, mais parce qu’ils craignent l’éruption immédiate d’un mouvement de masse anti-guerre en cas d’agression américaine non dissimulée.

L’âpreté des luttes intestines a été soulignée quand un article de NBC bien informé a révélé que Tillerson avait menacé de démissionner et a dit de Trump que c’est « un crétin » à la suite d’une réunion du Pentagone de haut niveau la semaine dernière.

Mercredi, NBC a rapporté que ce qui a incité Tillerson à faire cette remarque était une proposition de Trump de multiplier le nombre d’armes nucléaires américaines par dix, ce qui mettrait les États-Unis en violation de tous les traités nucléaires existants et en ferait effectivement un état paria.

Dans une expression effrayante du type de répression qui pourrait être imposée dans le contexte d’une nouvelle escalade contre la Corée du Nord, Trump a menacé dans un tweet de suspendre la licence de radiodiffusion de NBC à cause de cette histoire.

Les profondes divisions dans les cercles dirigeants américains qui alimentent la spéculation sur la destitution de Trump ont été résumées dans un éditorial du Washington Post mardi intitulé « Que faire avec un président inapte ».

Loin d’arrêter la poussée vers la guerre, la crise politique ne fait qu’aggraver le danger. Accablé par les conflits domestiques, Trump est poussé à s’en dégager en cherchant à projeter les tensions politiques et sociales contre un ennemi étranger. Ses détracteurs et ses opposants ne sont pas opposés à la guerre – nombre d’entre eux sont criminellement coupables des actes d’agression commis par les États-Unis au cours des 25 dernières années. Les divergences sont purement tactiques : comment attaquer et qui attaquer en premier.

Sans le développement d’un mouvement de masse anti-guerre de la classe ouvrière aux États-Unis et internationalement, la guerre est non seulement possible, mais inévitable. Un tel mouvement ne peut pas s’appuyer sur des appels aux pouvoirs en place, il doit s’appuyer une perspective socialiste révolutionnaire pour abolir l’ordre capitaliste malade qui menace de traîner l’humanité dans l’abîme.

(Article paru d’abord en anglais le 12 octobre 2017)