Les travailleurs français soutiennent les grandes grèves qui montent en Allemagne

Par V. Gnana and et Alex Lantier
5 février 2018

Vendredi, des journalistes du WSWS ont interrogé des ouvriers immigrés à Paris des grèves montantes des travailleurs de la métallurgie et de l’automobile en Allemagne. Les travailleurs ont déclaré leur soutien à cette grève pour des augmentations salariales importantes qui a perturbé les tentatives de l’élite dirigeante allemande de former un gouvernement de Grande coalition impopulaire et militariste entre les partis social-démocrate et conservateur.

Raja, un employé de magasin, a déclaré : « Je dis aux travailleurs allemands que je soutiens leur lutte, nous sommes tous confrontés aux mêmes problèmes. J’ai des amis en Allemagne, ils disent que la vie en Allemagne n’est pas comme c’était il y a dix ans. C’est comme pour nous ici, la vie des immigrés est très dure et dangereuse. Nous devons nous battre pour notre salaire, pour nos droits. Vraiment, je les soutiens. »

Les travailleurs étaient d’humeur combative, enthousiastes à la fois de l’avancée des métallurgistes allemands et de la possibilité d’une lutte européenne commune pour augmenter les salaires face à la richesse croissante des super-riches et à l’exploitation accrue de la classe ouvrière.

Thinesh a déclaré : « Je soutiens les travailleurs allemands. Nous et eux, tous, nous ne pouvons vivre que si nous travaillons. Par exemple, je travaille dans un restaurant. Si un travailleur est absent, nous devons aussi faire son travail. Il faut alors beaucoup plus de temps pour terminer notre travail. Cependant, nous n’obtenons aucune augmentation de notre salaire. »

Il a déclaré que l’émergence de luttes ouvrières de masse au cœur de l’économie européenne, bien que censurée dans les médias français, avait une grande importance. « Pour moi, c’est un grand événement, ce que vous expliquez. Je ne l’ai pas vu dans les médias. »

« Dites-moi si vous organisez une manifestation en faveur des travailleurs allemands », a-t-il dit. « Je participerai. Aussi, je vais informer mes collègues. »

Les travailleurs ont notamment soutenu la notion d’une lutte politique commune de la classe ouvrière contre le président français Macron, qui vise à coordonner étroitement ses politiques militaires et d’austérité avec une Grande coalition à Berlin, si celle-ci devait émerger.

Les ouvriers allemands de la métallurgie et de l’automobile entrent en lutte alors que la colère monte parmi les travailleurs français contre les attaques sociales de Macron en France. Il y a des suppressions massives d’emplois dans l’automobile et il en a annoncé aussi dans a fonction publique, il a permis la signature de contrats inférieurs au salaire minimum dans l’industrie pétrolière et a demandé d’importantes réductions des retraites et des dépenses de santé pendant son mandat. Macron travaille en étroite collaboration avec la bureaucratie syndicale, mais, en dehors de l’élite politique, dans la classe ouvrière il y a une opposition croissante.

Chandran, chômeur, a déclaré au WSWS : « Maintenant que vous me l’avez expliqué, ma sympathie va toujours aux ouvriers en grève en Allemagne. Nous vivons également dans une situation très difficile. Depuis que j’ai perdu mon travail, je dois faire un travail journalier et faire plusieurs emplois différents Sinon, mes enfants ne peuvent pas manger et dormir dans l’appartement en hiver. Les ouvriers allemands ont des familles, leur lutte est légitime. »

Il a ajouté que les travailleurs en France devraient soutenir la grève allemande, de sorte que les travailleurs allemands les soutiendraient alors contre Macron. Il a dit : « Partout, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes. Sous le gouvernement Macron, nos conditions de vie vont vraiment empirer. Je pense que si nous soutenons la lutte des travailleurs allemands aujourd’hui, ils soutiendront notre lutte demain. »

Les journalistes du WSWS ont également parlé à Florian, un lycéen dont le père travaille comme gardien d’immeuble à Paris.

« Je suis solidaire de leur action. Ce n’est pas juste… il n’y a pas de richesses », a déclaré Florian. Il a critiqué les riches qui sont les principaux bénéficiaires des politiques de l’Union européenne et a déclaré qu’il devrait y avoir un large mouvement de luttes ouvrières contre eux : « C’est de crevards, ce n’est pas trop juste ce qu’ils font. Il faudrait qu’on organise des réunions, qu’on se mette d’accord, que l’on fasse des grèves. »

Il a insisté sur le fait qu’il devrait y avoir une solidarité entre les travailleurs des deux pays : « Les deux pays, l’Allemagne et la France, c’est pareil, nous sommes en Europe ». Il a sévèrement critiqué Macron : « Macron, depuis qu’il est président, il ne fait rien du tout. La France n’a pas changé, tous les avantages qu’il avait promis avant d’être président ne sont pas là. »

Florian a également averti que les travailleurs ne devraient pas faire confiance aux syndicats, qui ont à plusieurs reprises vendu des grèves et des protestations en France dans les négociations avec les représentants de l’État et les fédérations patronales. Il a dit : « Les deux pays, l’Allemagne et la France, pareils on est dans l’Europe. Ils disent qu’ils vont donner tout, mais à la fin ils ne font rien. C’est comme s’ils se mettaient d’accord entre eux, derrière notre dos, les syndicats etc, et à la fin ça ne donne rien du tout, les syndicats. »

Il s’est opposé aussi fermement aux projets militaristes des partis de Macron et de la Grande Coalition à Berlin. Alors que Macron a appelé à un retour au service militaire et a promis d’augmenter les dépenses pour les armes nucléaires et les porte-avions, Berlin a lancé au cours des quatre dernières années un vaste programme de remilitarisation de sa politique étrangère pour la première fois depuis la défaite du régime des nazis dans la Seconde Guerre mondiale. Berlin et Paris ont l’intention de prendre les dizaines de milliards d’euros nécessaires pour financer leurs politiques militaristes sur le dos des travailleurs, avec des coupes sociales intensifiées.

Florian a déclaré que la jeunesse européenne ne devrait pas être appelée à se battre dans les guerres de l’OTAN en Afrique ou en Asie : « Aller tuer les Maliens, alors qu’eux ils sont en galère en ce moment, c’est la pauvreté, tuer les gens, non, ce n’est pas ce qu’il faut. […] Ce sont des guerres pour l’argent. »

(Article paru en anglais le 3 février 2018)