La chasse aux sorcières des médias conservateurs prétend que le dirigeant travailliste Corbyn était un espion

Par Chris Marsden
22 février 2018

Une sale campagne anticommuniste a été lancée par le Sun and le Times de Rupert Murdoch – avec le Daily Mail et le Daily Telegraph – qui affirme que Jeremy Corbyn était un informateur rémunéré pour les services secrets tchèques dans les années 1980.

Ces mensonges contre Corbyn ont été repris par la première ministre Theresa May, le secrétaire à la défense Gavin Williamson et d’autres dirigeants conservateurs dans le but de discréditer et de délégitimer Corbyn dans les conditions d’une crise gouvernementale aiguë qui soulève la perspective que ce dernier formera le prochain gouvernement.

Le Sun a publié un éditorial, « Jeremy Corbyn a montré un manque de jugement choquant en “informant” un espion soviétique – et on ne peut pas lui laisser les clefs de 10 Downing Street. »

La campagne contre Corbyn repose exclusivement sur les déclarations d’un ancien espion de la police secrète Statni Bezpecnost (StB), le lieutenant Jan Sarkocy, qui dans les années 1980 a servi comme diplomate sous le nom de Jan Dymic.

Le Sun a rapporté qu’il avait découvert des fichiers dans les archives tchèques qui montrent que Corbyn, à l’époque un député de base, avait rencontré Sarkocy à plusieurs reprises en 1986 et 1987, y compris deux fois à la Chambre des communes et une fois dans le bureau de sa circonscription d’Islington North. Sarkocy a prétendu que Corbyn était un informateur payé, auquel on a attribué le nom de code « Agent Cob ». « Il travaillait pour nous. Il avait été recruté. Il recevait de l’argent de nous. » Il a affirmé que Corbyn l’avait averti du fait que MI5 sévissait contre les espions étrangers – trois ans avant que Sarkocy ne soit expulsé du Royaume-Uni par le Premier ministre conservateur Margaret Thatcher.

Sarkocy a ensuite étendu ses allégations à 15 députés travaillistes qu’il a déclaré être des informateurs rémunérés, y compris l’actuel chancelier fantôme John McDonnell et l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone. Ces députés, a-t-il affirmé, auraient été payés entre 1000 et 10 000 livres pour leurs informations et « voulaient beaucoup d’argent pour nous aider ».

Corbyn reconnaît avoir rencontré l’ambassadeur, qu’il connaissait sous le nom de Dymic, mais a nié savoir qu’il était « un agent, un employé ou un informateur de quelle agence de renseignement que ce soit ». McDonnell et Livingstone nient catégoriquement toute rencontre avec Sarkocy.

Les affirmations de Sarkocy sont clairement fausses et stupides.

Il prétend que Corbyn a été recruté avec la coopération de la Russie, qui a classé le député « numéro 1. » Il dit que la prétendue recrue secrète rendait visite à l’ambassade de Tchécoslovaquie deux fois par an, où on lui a assuré que si jamais il avait des ennuis « il pourrait aller vivre en Russie. » Une autre personne, actuellement un député de premier plan, a donné l’argent à Corbyn. La visite avait lieu sous protection russe », a déclaré Sarkocy.

Plus bizarre encore, il a déclaré à des médias slovaques que Corbyn lui avait donné des informations sur ce que « [la Première ministre Margaret] Thatcher aurait pour le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner, et ce qu’elle porterait le lendemain. » Développant le récit de son propre rôle, Sarkocy a prétendu avoir organisé personnellement le concert Live Aid en 1985, ou peut-être l’événement Libérez Nelson Mandela à Wembley Arena en 1988 – il reste vague sur lequel des deux est concerné.

Svetlana Ptacnikova, directrice des Archives des forces de sécurité tchèques, a déclaré que Corbyn « n’a pas été enregistré [par la StB] comme collaborateur, et que [sa collaboration alléguée] ne figure pas dans les documents d’archives. » Corbyn n’aurait pas su que Jan Dymic était un agent secret, confirma-t-elle, parce que cela lui était caché.

« Les fichiers que nous avons sur lui sont conservés dans un dossier qui commence par le numéro d’identification un. Les collaborateurs secrets avaient des dossiers qui commençaient par le numéro quatre. […] Il est resté dans cette catégorie de base – et en fait il est toujours décrit comme cela, en tant que personne d’intérêt, dans le rapport final publié par l’agent de StB peu de temps avant qu’il [Sarkocy] soit expulsé du Royaume-Uni. »

Rien de tout cela n’a empêché les conservateurs de se joindre à la chasse aux sorcières des médias.

May a déclaré que Corbyn doit être « prêt à être ouvert et transparent » sur les allégations contre lui. Le député David Morris a déclaré que M. Corbyn devrait être interrogé par le Comité spécial des affaires étrangères. Le député Ben Bradley a tweeté que « Corbyn a vendu des secrets britanniques à des espions communistes », avant d’être contraint par Corbyn de retirer cette diffamation sous menace d’une action en justice.

La réponse la plus sinistre était celle de Williamson. S’exprimant lors d’une réunion de l’OTAN à Bruxelles la semaine dernière, le secrétaire aux affaires étrangères a alimenté les allégations, déclarant : « Qu’il ait rencontré des espions étrangers est une trahison de ce pays. »

Corbyn a averti que Williamson donnait crédit à des « calomnies entièrement fausses et ridicules, qui, comme nous le savons du cas de Darren Osborne, peuvent avoir un effet potentiellement mortel ». Osborne a été emprisonné le mois dernier pour meurtre et tentative de meurtre après avoir conduit une camionnette louée contre des fidèles devant une mosquée de Finsbury Park. Il a avoué lors de son procès qu’il avait voulu tuer Corbyn ainsi que le maire de Londres Sadiq Khan.

Au milieu de leurs allégations selon lesquelles Corbyn était un agent, les conservateurs et les médias cherchent à diaboliser Corbyn pour son opposition à la guerre – citant ses déclarations plus radicales faites dans les années 1980 comme preuve qu’il est un traître, qu’il ait pris de l’argent ou non.

Le Sun, par exemple, s’est emparé des dossiers de la StB qui résument les perspectives politiques de Corbyn en 1986, dépeignant son point de vue comme une trahison : « Négatif envers les USA, ainsi que la politique actuelle du gouvernement conservateur » et « soutien de l’initiative de paix soviétique ».

Les médias supposément libéraux ont pleinement soutenu cette attaque contre le passé radical de Corbyn, concentrant leur propre vitriol sur la position anti-guerre de Corbyn. The Independent a déclaré que son véritable crime était l’association avec « la version trotskyste du communisme censée être plus douce et que certaines âmes mal orientées affectionnent ». Il était « trop disposé à prendre le risque d’une vague notion de » paix « et d’internationalisme » dans ses relations avec les régimes staliniens. Matthew d’Ancona, le Tory adoptif du Guardian a pontifié sur le même thème, en écrivant que Corbyn avait oublié que « En dépit de toutes ses erreurs et ses interventions terribles, l’Occident était toujours préférable à l’alternative totalitaire. »

Cependant, les conservateurs ne se contentent pas de revenir aux luttes politiques d’il y a trois décennies.

Quelques semaines après que Corbyn eut gagné la direction du Parti travailliste, le chef d’état-major, Sir Nicholas Houghton, déclara à la BBC que la déclaration de Corbyn selon laquelle il n’autoriserait pas l’utilisation d’armes nucléaires « m’inquiéterait si cette pensée était transférée au pouvoir ».

Les commentaires de Houghton ont été défendus par le Premier ministre David Cameron comme « raisonnables ».

Quelques semaines plus tôt, un « général en fonction haut placé » anonyme, dont le profil de carrière se lisait comme celui de Houghton, a déclaré au Sunday Times que si Corbyn devenait premier ministre cela apporterait « la très réelle perspective » d’une « mutinerie ». « Vous verriez une rupture majeure des conventions, les généraux supérieurs défieraient directement et publiquement Corbyn au sujet de décisions politiques vitales telles que Trident, le retrait de l’OTAN et tout projet pour émasculer et réduire la taille des forces armées. »

Cette dernière offensive du Parti conservateur et des médias marque un retour et une aggravation des menaces proférées par les hauts responsables militaires selon lesquels Corbyn ne doit pas être autorisé à former un gouvernement. Elles ne peuvent être comprises que dans le contexte d’une agressivité militaire croissante dirigée contre la Russie et la Chine, qui exige une disposition sans états d’âmes à appuyer sur le bouton nucléaire, et dans les conditions où cette marche à la guerre, la crise du Brexit et la perspective d’un deuxième krach économique rendent nécessaire une descente encore plus profonde dans l’autoritarisme de droite.

De larges sections de l’élite dirigeante ne voient pas dans Corbyn la figure politique complaisante qu’il s’est avéré être à maintes reprises, mais plutôt une indication vivante d’une radicalisation en cours de la classe ouvrière. Elles voient dans la montée de Corbyn un virage à gauche qui menace d’aller bien au-delà des platitudes réformistes qu’il avance, et qui menace directement un ordre social qui n’offre que des difficultés sociales croissantes, le militarisme et la guerre ; et qui soulève le spectre socialiste qu’ils pensaient enterré pour toujours. Cela indique la réponse impitoyable qu’un tel défi provoquera et la nécessité pour la classe ouvrière de réagir en conséquence.

(Article paru en anglais le 21 février 2018)