La révolte des enseignants de Virginie-Occidentale

Par Joseph Kishore
3 mars 2018

La grève de 30 000 enseignants de Virginie-Occidentale, qui entre maintenant dans sa septième journée, nécessite le soutien urgent et actif de toute la classe ouvrière. Les revendications contre lesquelles les enseignants se battent sont universelles : baisse des salaires, détérioration de l’infrastructure sociale, attaque contre l’éducation publique, inégalités sociales croissantes et hausse des coûts des soins de santé.

La répudiation par les enseignants de l’accord qui a été tramé à huis clos par les syndicats et le gouverneur de l’État, le milliardaire Jim Justice, porte un coup à la Fédération américaine des Enseignants, et à l’Association nationale de l’éducation, et à leurs affiliés dans cet État. Dès le début de la lutte, les syndicats ont cherché à réprimer, limiter et réorienter l’opposition derrière le Parti démocrate et les appels stériles aux législateurs de l’État. Ces manœuvres ont abouti à un accord avec Jim Justice, qui ne répondait à aucune des exigences de base des enseignants, lié à un ordre de reprendre le travail.

Mercredi, les enseignants ont tenu des réunions spontanées dans la capitale de l’État et ont décidé de rejeter l’appel à mettre fin à leur lutte. Les votes district par district dans chaque académie scolaire ont produit le même résultat : la grève se poursuivra ; les écoles resteront fermées.

Carte illustrant les fermetures d’écoles jeudi en raison de votes de grève

La revendication centrale des enseignants est pour un financement complet de la Caisse mutuelle de maladie des collectivités territoriales (PEIA), qui gère les soins de santé pour les enseignants et les employés du secteur public. L’effort pour transférer une part de plus en plus importante des coûts de santé aux travailleurs fait partie d’une politique nationale, soutenue à la fois par les démocrates et les républicains. Il y a un effort délibéré pour réduire l’espérance de vie de la classe ouvrière à travers la restriction de l’accès aux soins de santé – une campagne qui prend une forme particulièrement catastrophique dans les Appalaches, un centre de l’épidémie d’opioïdes alimentée par la crise sociale.

Une pression énorme est exercée sur les enseignants. La bureaucratie syndicale compte sur les menaces d’amendes et d’injonctions de la part de l’État, combinées à d’autres manœuvres à la législature de l’État, pour enterrer la grève. Cependant, quel que soit son résultat immédiat, la grève marque le début d’une recrudescence de la lutte des classes aux États-Unis.

Les événements en Virginie-Occidentale coïncident avec de nombreux signes de combativité croissante de la classe ouvrière aux États-Unis. Il y a des appels à la grève parmi les enseignants de l’Arizona, de l’Oklahoma, de Dallas, de Pittsburgh et de Minneapolis, ainsi que des conducteurs d’autobus de l’Oklahoma. Un vote d’autorisation de grève aura lieu lundi parmi les travailleurs des cantines scolaires, les chauffeurs d’autobus et les gardiens des écoles de Los Angeles. Des centaines de travailleurs des télécommunications de Frontier en Virginie occidentale pourraient faire grève après l’expiration de leur accord salarial samedi. Les travailleurs de l’automobile ont réclamé l’annulation des accords imposés par les dirigeants syndicaux qui recevaient des pots-de-vin des directions des entreprises.

Au-delà des frontières des États-Unis, il y a eu cette année des grèves dans la métallurgie en Allemagne et en Turquie, des travailleurs du transport aérien en France et des professeurs d’université au Royaume-Uni. En République tchèque, les travailleurs de l’automobile Skoda menacent de faire grève. Des manifestations de travailleurs ont éclaté en Iran, en Tunisie, au Maroc, en Grèce et dans d’autres pays.

L’émergence de la lutte des classes soulève des questions politiques fondamentales. Premièrement, elle réfute l’affirmation, soutenue par le Parti démocrate et les organisations de la classe moyenne qui orbitent autour, selon laquelle les divisions fondamentales de la société concernent les questions d’ethnie et de genre.

Les travailleurs des Appalaches – relégués par les démocrates au « panier des déplorables » et calomniés comme racistes et réactionnaires – se battent pour des questions de classe qui transcendent toutes les autres divisions. Sans surprise, la grève a été pratiquement ignorée par les organisations de la pseudo-gauche, viscéralement hostiles aux luttes collectives des travailleurs, qui contredisent le cadre d’ethnie, de genre et de préférence sexuelle de leur politique.

Deuxièmement, la montée de la résistance place les travailleurs en conflit direct avec l’appareil syndical qui, pendant des décennies, a œuvré pour supprimer toute opposition à l’exploitation.

Rien qu’un jour avant la révolte des enseignants de Virginie Occidentale, un avocat de la Fédération américaine des Employés territoriaux (AFSCME) a explicitement articulé le principe sur lequel les syndicats fonctionnent. Lors d’une plaidoirie devant la Cour suprême dans l’affaire Janus contre AFSCME, David Frederick a déclaré que « la sécurité syndicale est la contrepartie de l’absence de grèves. » Sans mécanismes financiers pour garantir la stabilité des syndicats, il a déclaré qu’il y aurait « un spectre indescriptible de l’agitation ouvrière dans tout le pays ».

Loin d’être des « organisations de travailleurs », les syndicats sont des mécanismes d’une importance critique pour la suppression de la lutte des classes. Un mouvement pour défendre les intérêts des travailleurs exige la formation de nouvelles organisations – de comités de base d’usine, de travail et de quartiers, contrôlés démocratiquement et dirigés par les travailleurs eux-mêmes.

Troisièmement, chaque lutte séparée soulève l’impératif d’élargir sa base de soutien et d’impliquer de plus larges sections de la classe ouvrière. En Virginie occidentale, la menace d’amendes et d’injonctions doit être contrée par une mobilisation des mineurs de charbon, des employés des collectivités, des ouvriers d’usines, des travailleurs de la santé, des étudiants et des jeunes. La nécessité de contrer la classe dirigeante et ses agences soulève inexorablement le besoin d’une grève générale.

Quatrièmement, les luttes des travailleurs les mettent en conflit direct non seulement avec l’un ou l’autre employeur, mais avec les Partis démocrate et républicain et tout l’appareil d’État – les instruments politiques de la classe dirigeante capitaliste. Ce conflit est immédiat en Virginie-Occidentale, où les salaires et les avantages sociaux des enseignants ne sont pas déterminés par des négociations d’accords salariaux mais par des mesures législatives.

Les luttes de toutes les sections de la classe ouvrière soulèvent la même question fondamentale : Qui gouvernera ? Quels sont les intérêts qui détermineront la politique sociale et économique ? Ceux de l’élite patronale et financière qui contrôle les deux partis des grandes entreprises, ou ceux de la grande masse de la population, les travailleurs qui produisent toute la richesse de la société mais sont partout exploités et opprimés ? Dans la logique de toute lutte de classe, se trouve la nécessité de la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière et le renversement du système de profit capitaliste.

Dans sa déclaration de l’année dernière, « Révolution de palais ou lutte de classe », le World Socialist Web Site a noté que parallèlement aux conflits de plus en plus acharnés au sein de l’élite dirigeante capitaliste axés sur la politique étrangère, un conflit « tout à fait différent se développe – entre la classe dirigeante et la classe ouvrière, la grande masse de la population, qui souffre de diverses formes de détresse sociale et est complètement exclue de la vie politique ».

Ce conflit commence maintenant à éclater au grand jour. L’émergence de la lutte ouvrière aux États-Unis, centre du capitalisme mondial et de l’impérialisme, va bouleverser la politique internationale. Cela perturbera tous les calculs et les plans de l’élite dirigeante capitaliste. Cela affaiblira énormément l’influence du chauvinisme national et favorisera un sentiment de solidarité de classe internationale. Cela créera un nouveau pôle d’attraction pour les masses de travailleurs à la recherche d’un moyen de lutter contre l’inégalité, l’oppression, la guerre impérialiste et l’autoritarisme.

Malgré les efforts du gouvernement et des censeurs des entreprises, le World Socialist Web Site a obtenu une audience massive parmi les enseignants de Virginie-Occidentale. Notre appel à la répudiation de la trahison en Virginie-Occidentale a atteint des milliers d’enseignants dans tout l’État. La tâche du Parti de l’égalité socialiste (PES) et des Étudiants et jeunes internationaux pour l’égalité sociale (ÉJIES) est d’élargir le soutien aux enseignants dans toutes les sections de la classe ouvrière, d’élever la conscience de classe des grévistes, de clarifier les questions politiques soulevées par la lutte et d’expliquer le lien entre cette grève et la lutte contre le capitalisme et pour le socialisme, non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier.

(Article paru en anglais le 2 mars 2018)