Les syndicats d'enseignants de la Virginie-Occidentale imposent un accord pourri pour mettre fin à la grève

Par Will Morrow
8 mars 2018

Mardi après-midi, le gouverneur milliardaire de l'Etat de Virginie-Occidentale, Jim Justice, a signé un accord annoncé plus tôt dans la journée par les législateurs pour mettre fin à la grève de neuf jours des enseignants et autres employés des écoles publiques dans tout l'Etat.

L'accord, que les syndicats ont approuvé et revendiquent comme une victoire, est une trahison de la lutte courageuse menée par 33 000 travailleurs scolaires.

Il ne répond en rien à la revendication centrale des grévistes: un financement garanti de la Public State Insurance Agency (PEIA – Agence de l'assurance publique des soins de santé) de Virginie-Occidentale. Il met en place un autre groupe de travail pour remédier au sous-financement chronique de la PEIA. Ce groupe de travail ne résoudra rien, car les deux partis politiques sont redevables aux puissants intérêts énergétiques et capitalistes de l'État et refusent de leur imposer des impôts permettant de financer les soins de santé.

Justice et les législateurs de l'Etat se sont félicités du fait que l'augmentation de salaire de cinq pour cent, qui couvre aussi tous les fonctionnaires de l'état, ne sera financée par aucune augmentation des impôts. Elle sera financée par des compressions budgétaires, y compris de l'assurance-maladie Medicaid, dont dépendent beaucoup d'employés d'école et d'élèves, et des milliers de travailleurs.

Les employés des écoles se sont battus pour le droit aux soins, non pas pour qu'on l'enlève aux pauvres. Les enseignants de cet Etat très pauvre savent bien qu'une augmentation de 5 pour cent serait plus qu'absorbée par les augmentations futures des coûts des soins.

Selon un article publié hier dans le Charleston Gazette-Mail, les augmentations seront financées par les réductions de 82 millions de dollars du budget 2018-2019 de l'État, dont 23 millions alloués à la réparation de bâtiments publics vétustes, 7 millions affectés aux frais de scolarité et aux lycées techniques, et des millions pour Medicaid. Le président des finances du Sénat de l'Etat, Craig Blair, a déclaré que le Sénat contrôlé par les républicains n'avait accepté la hausse des salaires qu'en échange de coupes "très profondes". Il a ajouté, "Il va y avoir de la douleur."

Dale Lee (second from left), Christine Campbell (third from left) and school support staff union president Joe White smile and applaud as governor Justice signs bill

Sachant qu'il y aurait une profonde opposition, les chefs syndicaux ont imposé l'accord aussi vite que possible pour s'assurer que les enseignants n'auraient pas le temps de se réunir, de discuter et de voter. Même avant que la législature de l'État n'ait approuvé le projet de loi, le ministère de la Justice avait tweeté que l'accord avait été conclu, et les médias ont déclaré la grève terminée. Avant que les responsables syndicaux et le gouverneur ne puissent signer l'accord, un appel automatisé avait été envoyé aux travailleurs leur ordonnant de reprendre le travail.

Les syndicats ont tiré des conclusions du mardi précédent, lorsqu'ils ont ordonné aux travailleurs de retourner à l'école après une journée «de réflexion». Cela a donné aux travailleurs le temps de s'organiser et de voter pour continuer la grève, malgré l'opposition des dirigeants syndicaux.

Le gouverneur Jim Justice a signé le projet de loi lors d'une conférence de presse aux allures de lune de miel entre le gouverneur milliardaire, les politiciens démocrates et républicains et les dirigeants syndicaux. Christine Campbell de la Fédération américaine des enseignants de la Virginie-Occidentale (AFT-WV) et Dale Lee de la West Virginia Education Association (WVEA) ont remercié le magnat du charbon quand il leur a remis des copies personnalisées du projet de loi.

Justice, qui pourrait écrire un chèque personnel qui financerait PEIA pendant plus de 30 ans, a prétendu être un ami des travailleurs. Mais il a trahi sa vraie pensée en déclarant que les enseignants avaient fait «des choses qui n'étaient peut-être pas la bonne chose à faire» et «peut-être que vous avez fait ça par frustration» mais que «le monde nous regardait en disant: eh bien, je ne sais pas si j'aime la Virginie-Occidentale en ce moment.»

En fait, la puissante grève de neuf jours en Virginie-Occidentale est devenue un pôle d'attraction et d'inspiration pour les travailleurs aux États-Unis et dans le monde entier.

Un journaliste du WSWS a demandé à Justice de commenter le fait que non seulement le projet de loi ne finance pas les soins de santé des enseignants, mais qu'il impose des coupes aux prestations pour les enfants pauvres. Justice a répondu qu'il n'y avait «aucune possibilité sur la planète» que de telles coupes ne se produisent, mais il a enchaîné en déclarant qu'il serait peut-être "prudent" de couper 10 millions de dollars du fonds de Medicaid de l'Etat, actuellement excédentaire.

Lorsque les enseignants ont entendu parler de l'accord, ils ont réagi avec scepticisme et méfiance. Lorene, une cuisinière d'école depuis près de deux décennies, a déclaré aux journalistes du WSWS à l'extérieur du Capitole juste après l'annonce de l'accord: «Je ne pense pas qu'ils [les syndicats et la législature] vont réparer la PEIA ... Ils ont menti auparavant. Ils ont rompu les promesses avant. Je le sais: si ce n'est pas réparé, nous reviendrons nombreux. "

Au Capitole, Melanie, qui enseigne depuis une décennie, a dit: «Je n'aime pas l'accord parce que ce 'compromis' va nous faire apparaître comme les méchants. Si on prend un centime à Medicaid, on dira que nous sommes avides et égoïstes et que nous ne nous soucions pas d'où ça vient. Mais je me soucie! Si j'avais un mot à dire, je dirais qu'il n'y a pas d'accord. Ce n'est pas juste.»

Avec la fin de la grève, il est essentiel que les travailleurs de la Virginie-Occidentale, des États-Unis et à l'échelle internationale tirent les leçons politiques des événements des deux dernières semaines.

La grève a démontré qu'avec la montée des conflits de classe, les travailleurs entreront de plus en plus en conflit avec les appareils syndicaux, qui fonctionnent comme une police industrielle pour les gouvernements et le patronat. C'est le refus par les enseignants de l'ordre des syndicats de reprendre le travail qui a galvanisé de larges couches de travailleurs et de jeunes.

Les syndicats, terrifiés, ont réagi en envoyant une petite armée de bureaucrates à la capitale de l'Etat pour maintenir le contrôle sur les travailleurs. Un facteur important dans leurs efforts pour mettre fin à la grève était le début de la grève des travailleurs des télécommunications de Frontier en Virginie Occidentale ce week-end et le soutien croissant pour la grève parmi les enseignants d'Oklahoma, de Kentucky et d'autres Etats.

Lily Eskelsen Garcia, présidente de la National Education Association, dont le salaire annuel est de plus de $300 000, a exprimé l'attitude des syndicats lorsqu'elle a déclaré catégoriquement que les syndicats ne voulaient pas voir une extension de la lutte à d'autres États.

Les efforts objectifs des travailleurs pour se libérer des appareils syndicaux doivent être consciemment organisés sous la forme de nouveaux organes de lutte, de comités de base élus par et parmi les travailleurs eux-mêmes.

Avant tout, il faut fonder les luttes à venir sur une perspective politique claire. La lutte des enseignants en Virginie Occidentale a démontré que la défense des droits sociaux de la classe ouvrière - santé, éducation et emplois décents - est centrée sur la question de savoir quelle classe sociale contrôle la richesse de la société et décide de son affectation: la classe ouvrière internationale, la masse écrasante de la société, ou une infime couche de milliardaires capitalistes. La garantie de tels droits nécessite la lutte pour exproprier les ressources de la société de l'élite capitaliste et la réorganisation socialiste de la vie économique dans l'intérêt de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 7 mars 2018)