Les étudiants mobilisent contre la guerre et pour les cheminots contre Macron

Par Alexandre Lantier
14 avril 2018

Hier, les étudiants ont manifesté alors que les cheminots recommençaient deux journées de grève dans le dispositif des grèves «perlées» organisées par les appareils syndicaux. Dans cette 5e journée de grève, le caractère explosif de la situation sociale et international s’affirmait clairement. Les travailleurs et les jeunes étaient remontés contre l’entrevue d’Emmanuel Macron jeudi à TF1, où il a promis de continuer les attaques sociales sans s’inquiéter de l’opinion, tout en menaçant les forces syriennes et russes de frappes franco-américaines en Syrie.

Les étudiants ont critiqué la proposition de Macron, soutenue par La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon pour revenir au service militaire sous couvert de «service national universel», ainsi que le recours régulier à la casse des blocages des facs mobilisées contre la sélection. Ils établissaient le lien entre le militarisme et la répression, et la montée des inégalités sous le capitalisme.

A Paris, Maxime et son amie ont fait part au WSWS de leur opposition aux réformes de Macron, et à l’engrenage militaire lancé par Washington, Londres et Paris en Syrie. Il a dit, «On vit encore avec l'arme atomique de partout, et on part sur une escalade de la violence qui mènerait à une menace à la bombe atomique. Cela peut mener à rien, et c’est donc totalement stupide de laisser monter un conflit d'envergure mondiale.»

Maxime était dubitatif envers les arguments qu’il fallait intervenir en Syrie à cause d’une attaque chimique dont Washington et Macron veulent faire porter la responsabilité au régime syrien.

La France, a-t-il dit, n’aurait «pas le droit d'intervenir comme ça sans avoir l'accord de l'ONU, même s'il était avéré que les attaques chimiques en Syrie sont bien liées au gouvernement de Bachar el-Assad. … De toute manière, on a vu que toutes les guerres au Moyen-Orient sur les 30 dernières années en Irak, Afghanistan etc., les interventions de l'Occident ne servent pas à grand chose si ce n'est à faire monter la violence dans ces pays-là. Au final, c'est probablement juste pour rentabiliser notre budget et notre vente d'armes.»

Ils ont souligné leur soutien aux cheminots, face à la menace de privatisation: «Ce qu'ils font, c'est juste pour briser tous les services publics. Si on ne les soutient pas, cette loi elle va passer forcément. C’est bien aussi qu'ils soient avec nous, nous savons qu'il y a une vraie convergence des luttes qui est en route et là, on a vraiment un contre-pouvoir contre le gouvernement.»

Ils ont également relevé l’ autoritarisme de plus en plus violent du gouvernement: Macron «est complètement déconnecté des réalités» et fait appel à «la répression policière. Il y a des attaques à Rennes, à Montpellier, à Lyon, à Nanterre. Il est déconnecté des gens, de la jeunesse, déconnecté des idées des cheminots, de tout le monde.»

Livio, un étudiant en sociologie, a également relevé le danger imminent de guerre; «Beaucoup de gens pensent qu'il peut avoir et qui pourrait avoir un début de troisième guerre mondiale. On reste à l'affût, mais c'est vrai que le climat est très très dangereux.»

Il a ajouté que service militaire «a été enlevé il y a plusieurs années, et le remettre à jour en 2018 c'est scandaleux. … Les jeunes de nos jours, on n'est plus du tout dans une optique de s'engager dans l'armée et surtout si on ne soutient pas le gouvernement, c'est impossible.»

Livio a averti que si on impose la sélection aux universités, «Ça va être un système inégalitaire, comme les écoles payantes, malheureusement: ça va être ceux avec les meilleures notes et le plus d'argent qui s'inscriront à l'université. Ça va accentuer les inégalités de classe qui sont toujours présentes, et là ça va les accentuer encore plus. C'est dangereux.»

Adélaïde a souligné son opposition aux principes inégalitaires qui sous-tendent la sélection: «Pour moi, le principe de l'université, c'est de permettre une éducation pour tous. Et cette loi ... va empêcher le plus grand nombre d'avoir accès à la fac et à l'éducation. On n'a pas une éducation seulement pour avoir un diplôme et pour trouver un boulot, après c'est aussi un cheminement intellectuel. On a le droit de faire des erreurs dans notre parcours, de changer de cursus, de ne pas savoir ce qu'on fait.»

La réformes de Macron, a-t-elle ajouté, «empêcheraient bien sûr les plus défavorisés, ceux qui n'ont pas la chance d'avoir des parents pour les soutenir financièrement dans leurs études. Les étudiants qui travaillent aussi sont importants, je pense par exemple aux étudiants plus âgés qui décident de reprendre des études un peu plus tard.»

Et elle a appelé la population à soutenir les cheminots en lutte: «Oui, c'est énervant d'être 40.000 dans le métro et oui c'est énervant d'avoir ces trains supprimés, mais au final c'est un mal pour un bien … J'habite en banlieue, mais il faut savoir que les cheminots ne font pas ça par plaisir. Ça leur prend du temps de travail. Ils perdent de l'argent en travaillant pas, c’est un sacrifice qu'ils font, et je pense que l'on doit les soutenir.»

Ella, une étudiante, a attaqué les affirmations selon lesquelles le but de l’intervention de la France et de l’OTAN serait d’aider les Syriens contre le régime.

Elle a dit, «Dans ma ville, il y a le plus grand regroupement de Syriens en France. On les aide à démarrer une nouvelle vie, il faut comprendre que ces Syriens qui fuient la guerre, ils arrivent comme ça, ils n'ont plus rien. Je pourrais en parler pendant des heures: il y a des femmes enceintes qui n'ont même pas même pas de quoi se préparer à l'accouchement. Ils ont coupé l'électricité dans la ville, la maire de la ville a refusé le droit à l'éducation aux enfants syriens. … La plupart de la population syrienne n'a jamais voulu de cette guerre. Ils se retrouvent en France où ils sont réprimés, ils sont discriminés, ils sont montrés du doigt et rejetés par tout le monde.»

Sur le service national universel, elle a dit que les jeunes vont se «retrouver complètement contre ça, parce que déjà ça va augmenter les inégalités. Ils vont mettre de l'argent dans un nouveau truc de service militaire, alors qu'on n'en a déjà pas pour faire des études. Ce serait le fait d'entraîner des jeunes à faire le service militaire et de les obliger à s'entraîner, clairement, à la guerre … Les jeunes de 18 à 25 ans, on n’a pas à les entraîner à la guerre, à se faire en griller le cerveau par une armée qui prend juste de la chair à canon.»

Elle a aussi critiqué les priorités réactionnaires de Macron, en évoquant le cas de la milliardaire Liliane Bettencourt, décédée en 2017 avec un patrimoine de presque 36 milliards d’euros: «Je suis pour le partage des richesses de tous, enfin. … Il y a cette histoire de Liliane Bettencourt. Ça vous prendrait 2 millions d'années de salaire pour accumuler le patrimoine qu'elle avait, cela montre clairement qu'il y a un gros problème».

Elle a ajouté: «Il y a plein de gens qui viennent nous voir, plein de cheminots, de personnels de la santé. C’est le même combat. Moi, j'espère vraiment que au bout d'un moment, on arrivera à faire une grève générale. On espère qu'il y aura cette convergence et qu'on se retrouvera 10 millions dans la rue, comme ce qui s'est passé il y a 50 ans en 1968.»