Qui est responsable du déchaînement néonazi à Chemnitz en Allemagne?

Par Johannes Stern
31 août 2018

Dimanche et lundi, plus de 7000 néonazis ont défilé dans les rues de la ville est-allemande de Chemnitz, anciennement connu sous le nom de Karl-Marx-Stadt, agressant les étrangers, scandant des slogans nationalistes et brandissant des saluts nazis.

«J'ai vu des groupes énormes de personnes avec une mentalité raciste», a déclaré un témoin à Deutsche Welle. «C'était une foule de droite. Ils se promenaient librement dans le centre-ville. Ils poursuivaient des immigrés ... Ils ont envahi la ville.» Pendant tout ce temps, la police n'a rien fait pour contrôler, et encore moins arrêter, l'émeute fasciste.

Ces événements ont causé un profond choc en Allemagne, où la population garde une haine profonde et amère contre le nazisme.

D'autres manifestations étant prévues par l'extrême droite pendant le week-end, des personnalités au sein du gouvernement dirigé par la chancelière Angela Merkel, sont engagés dans une tentative complètement hypocrite et malhonnête de s'absoudre de toute responsabilité de ce qui s'est passé.

«Nous avons des séquences vidéo du fait qu'il y a eu des agressions racistes, il y a eu des émeutes, il y a eu de la haine dans les rues, ce qui n'a rien à voir avec notre État de droit», a déclaré Merkel.

Le président social-démocrate Frank-Walter Steinmeier a ajouté: «Je condamne fermement les attaques d'extrême droite.»

Michael Kretschmer le premier ministre de l'État de Saxe, membre de l'Union chrétienne-démocrate, a dit lors d'une conférence de presse au nom du gouvernement de l'État, «L'instrumentalisation politique par des extrémistes de droite est répugnante et nous nous y opposons ... Nous menons une lutte déterminée contre le racisme et la xénophobie dans l'État libre de Saxe.»

Ces individus ont l'impression que personne ne se rend compte du fait qu'il ont systématiquement encouragé ces mêmes forces fascistes dont ils condamnent désormais les actions.

Le gouvernement de la Grande Coalition du Parti social-démocrate (SPD) et de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) a adopté de fait les politiques xénophobes anti-réfugiés de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) fascisante. Un système de camps pour retenir les réfugiés est en train d'être créé dans toute l'Allemagne, des expulsions de masse ont lieu et les médias et tous les partis de l'establishment incitent à la haine contre les réfugiés.

Merkel, qui a longtemps été surnommée la «chancelière des réfugiés» par les médias, souligne maintenant dans toutes les déclarations du gouvernement qu'«une situation comme 2015 [où l'Allemagne a accepté des centaines de milliers de réfugiés] ne peut pas être répétée» et appelle à «une culture efficace de rapatriement en Allemagne», c’est-à-dire la déportation en masse de réfugiés.

La formation du gouvernement de la Grande Coalition a impliqué la décision consciente de faire de l'AfD, avec seulement 14% des voix, le parti d'opposition officiel au sein du parlement allemand.

Les événements à Chemnitz et la trajectoire de la politique officielle en Allemagne démasquent totalement toutes les apologies des historiens et politiciens selon lesquelles le régime d'Hitler était une aberration, qu'il n'était pas une excroissance de la crise de la société capitaliste, et qu'il était la réponse à «l'extrémisme de gauche» antidémocratique qui a déstabilisé la République de Weimar.

Bien qu'il n'y ait pas de mouvement socialiste de masse politiquement organisé en Allemagne, le nazisme est en train d'établir à nouveau une présence politique. Et il est incontestable que sa croissance a été encouragée et soutenue par la politique des grands partis bourgeois, appuyés par les médias.

La montée de l'extrême droite et l'adoption des politiques de l'AfD par la Grande Coalition et de fait, tous les partis de l'establishment, ont été systématiquement préparées idéologiquement et politiquement.

Au cours des cinq dernières années, remontant à 2013, il y a eu une campagne incessante pour réviser l'histoire, pour légitimer idéologiquement l'extrême droite et attaquer violemment ceux, en particulier le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP), qui ont cherché à révéler cette campagne de droite.

Les médias tentent de légitimer la relativisation historique du Troisième Reich, présentant le régime nazi comme une réponse légitime à la menace posée par l'Union soviétique et le bolchevisme.

Le principal chef de file idéologique et bénéficiaire de cette campagne est l'historien de droite Jörg Baberowski, professeur à l'université Humboldt de Berlin. Les médias l'ont félicité en tant que plus grand érudit d'Allemagne et l'ont transformé en une célébrité des émissions-débats télévisées et des médias. La déclaration provocatrice de Baberowski dans Der Spiegel en 2014 selon laquelle «Hitler n'était pas brutal» a été soit ignorée, soit rationalisée.

En même temps, le SPG fait l'objet d'une campagne incessante de calomnie dans les médias, précisément en raison de son exposition de Baberowski et la tentative systématique de réécrire l'histoire allemande et banaliser les crimes de l'impérialisme allemand.

Cette campagne de droite a été approuvée par l'administration de l'Université Humboldt, qui a protégé Baberowski et couvert ses liens avec l'extrême droite, bien que Baberowski lui-même ait été un chef de file de la démagogie anti-réfugiés.

En mai 2016, lors du Phil.Cologne, un festival international de philosophie, Baberowski a affirmé que les «hommes en Allemagne» étaient impuissants face à la violence des immigrés parce qu'ils ne pouvaient plus se battre. Cela aurait été supposément visible le soir du Nouvel An 2016, à Cologne, quand, a-t-il dit, les hommes allemands n'avaient pas défendu leurs femmes contre des agressions présumées.

«Nous voyons que les hommes en Allemagne n'ont plus aucune idée de comment faire face à la violence», a déclaré Baberowski. Ses déclarations ont été citées et promues par Breitbart News aux États-Unis et dans d’autres médias d’extrême droite.

Les réflexions académiques de Baberowski sur la «violence» ont été mises en pratique par les nazis qui se sont déchaînés à Chemnitz.

L'inscription du SPG sur la liste officielle des organisations subversives par l'Office fédéral de la protection de la Constitution (BFV) de l'Allemagne, le nom du service secret allemand, est le résultat direct des efforts déployés pour supprimer les révélations sur l'extrême droite. Le rapport actuel du BfV, publié en juillet avec un avant-propos de Horst Seehofer, ministre de l'Intérieur (CSU), inclut le SGP en tant qu'«objet d'observation» parce qu'il se bat contre «le nationalisme, l'impérialisme et le militarisme» et proteste contre l'extrémisme de droite.

En d'autres termes, du point de vue du gouvernement de coalition et du BfV, qui entretient des contacts étroits avec l'AFD elle-même, ce ne sont pas les néonazis, mais leurs adversaires, à savoir, la grande majorité de la population, qui sont le vrai problème

Ce n’est pas une coïncidence si la foule extrémiste de droite a réussi à traverser Chemnitz presque sans être dérangée par la police dimanche et lundi. En Saxe, les liens étroits entre les extrémistes de droite, la police et le gouvernement sont légion. Sûrs de bénéficier d'un soutien de haut niveau dans l'État, les nazis intensifient leurs provocations politiques.

Les développements dangereux en Allemagne montrent que, malgré tous les crimes commis par les nazis entre 1933 et 1945, l'élite dirigeante allemande est toujours aussi réactionnaire et la démocratie allemande toujours aussi fragile. Son inclination naturelle est historiquement à l'extrême droite, surtout quand elle perçoit le mécontentement populaire et voit la nécessité de faire revivre ses ambitions stratégiques impérialistes.

Mais le fait que le fascisme soit de nouveau en marche pas seulement en Allemagne, mais dans toute l’Europe et dans le monde montre clairement que ce processus mondial, loin d’être un accident, exprime la tendance fondamentale du système capitaliste.

Seulement la construction d'un véritable mouvement socialiste révolutionnaire permettra de vaincre la réémergence du nazisme et du militarisme impérialiste. Le moment est venu de faire renaitre les grandes traditions de Marx, Engels, Luxembourg, Liebknecht, Lénine et Trotsky, défendues uniquement par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) et ses sections. Le SGP appelle tous les travailleurs et jeunes à rejoindre leurs rangs et à lutter contre le capitalisme, le fascisme et la guerre.

(Article paru en anglais le 30 août 2018)